S'abonner
Économie· Analyse

Reprise brisée : la guerre efface la meilleure année économique du Liban depuis 2019

En 2025, le Liban a signé sa plus forte croissance depuis l'effondrement de 2019, avec un produit intérieur brut en hausse de 4,2 %. Le dernier rapport de la Banque mondiale, publié le 21 août 2026, table désormais sur une contraction de 6,4 % : le retour de la guerre a effacé la reprise. Un écart de 10,4 points qui chiffre précisément ce que le conflit coûte au pays.

Vue de la ligne d'horizon de Beyrouth, capitale du Liban

Vyacheslav Argenberg / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Le chiffre a quelque chose de brutal dans sa symétrie. En 2025, l'économie libanaise a progressé de 4,2 %, sa meilleure performance depuis le début de l'effondrement financier de 2019. Un an plus tard, la Banque mondiale table sur une contraction de 6,4 %. Entre les deux, une seule variable a changé : le retour de la guerre.

C'est le constat du dernier Lebanon Economic Monitor, publié le 21 août 2026 sous un titre qui dit tout, « A Conflict-Torn Economy » (une économie déchirée par le conflit). Le document confirme ce que les Libanais vivent depuis mars : une reprise réelle, enclenchée par eux-mêmes, brisée net par un choc venu de l'extérieur.

2025, la meilleure année depuis l'effondrement

Il faut mesurer ce qui a été perdu. Selon la Banque mondiale, le Liban est entré dans l'année 2026 sur des bases plus solides qu'attendu. La croissance de 4,2 % enregistrée en 2025 constitue non seulement la plus forte depuis 2019, mais aussi une révision à la hausse par rapport aux prévisions initiales.

Cette reprise n'avait rien d'un mirage statistique. Elle reposait sur des moteurs concrets : un rebond de la consommation, de l'investissement et surtout du tourisme, confirmé par une batterie d'indicateurs à haute fréquence. Après six années de contraction, de faillites bancaires et de fuite des cerveaux, le pays recommençait à produire, à recevoir, à dépenser. La dynamique était fragile, mais elle était bien là.

Mars 2026, la rechute

L'escalade militaire de mars 2026 a interrompu cette trajectoire. La Banque mondiale décrit une mécanique de destruction : logements et infrastructures endommagés, populations déplacées, chaînes d'approvisionnement désorganisées, tourisme et demande intérieure effondrés. Les moteurs mêmes de la reprise de 2025 ont été les premières victimes.

La section spéciale du rapport chiffre le coût par deux canaux principaux : les recettes touristiques et la consommation privée. Le verdict est sans appel : la croissance du PIB serait inférieure de 10,4 points de pourcentage à ce qu'elle aurait été sans le conflit. Autrement dit, la guerre n'a pas seulement stoppé la reprise, elle en a inversé le signe.

Au-delà du choc immédiat, la Banque mondiale prévient que les effets seront durables. Le déplacement prolongé des populations, la destruction du capital physique, les ruptures dans l'éducation et la santé, et le départ possible de travailleurs qualifiés pèseront sur la capacité productive du pays et sur ses perspectives de croissance à moyen terme.

Ce qui a tenu : la livre et la discipline budgétaire

Tout n'a pas cédé, et c'est là que le récit devient proprement libanais. Malgré la guerre, la livre est restée stable, soutenue par l'usage des réserves de change et un resserrement de la liquidité en monnaie locale. Les finances publiques, elles, ont même surpris : l'État a dégagé en 2025 un excédent global de 3,9 % du PIB, porté par une meilleure discipline fiscale, un recouvrement douanier renforcé et une TVA mieux collectée. Cette embellie budgétaire s'est prolongée au premier semestre 2026.

Autrement dit, les fondamentaux que l'État libanais contrôle directement ont résisté. Le problème n'est pas une incapacité chronique à se gérer : c'est un choc de guerre superposé à une crise non encore soldée.

Les avertissements ne manquent pas pour autant. La dette publique reste insoutenable et les négociations sur sa restructuration n'ont toujours pas commencé. L'inflation devrait remonter à 17,5 % en 2026, tirée par les ruptures d'approvisionnement, la hausse des coûts de transport et celle des prix du pétrole, autant de ponctions sur le pouvoir d'achat des ménages. Et la stabilité de la livre elle-même reste conditionnée à la poursuite des entrées de devises : elle pourrait vaciller si les flux se tarissent ou si les chocs liés au conflit se prolongent.

La leçon : deux chantiers, une condition

Le rapport dessine en creux la feuille de route. Deux chantiers d'abord : la restructuration du secteur bancaire, toujours profondément affaibli malgré quelques avancées, et la gestion des finances publiques. Ce sont les leviers que le Liban tient entre ses mains, et sur lesquels la Banque mondiale conditionne le retour de la confiance et la mobilisation des financements pour la reconstruction.

Mais ces réformes buteront sur une condition qui, elle, ne dépend pas que de Beyrouth : la fin du conflit. Le message des chiffres est limpide. Le Liban a prouvé en 2025 qu'il pouvait rebondir par ses propres moyens. Il a prouvé en 2026, malgré lui, qu'aucune reprise ne tient sous les bombes. La souveraineté économique commence par le droit de ne plus être un pays en guerre.

ÉconomieBanque mondialeReconstructionCroissance
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

Suivez le lien France–Liban

L'essentiel de l'actualité, de la culture et des rendez-vous, une fois par semaine. Sans spam, désinscription en un clic.

À lire aussi