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Économie· Analyse

Réforme bancaire au Liban : le Parlement vote, le bras de fer avec le FMI continue

Le 12 août 2026, les députés libanais ont adopté la loi de restructuration bancaire réclamée par le FMI. Mais la version amendée rouvre le duel entre la logique du Fonds et celle de la Banque du Liban. Décryptage d'une étape décisive pour les déposants et la crédibilité du pays.

Le siège de la Banque du Liban, la banque centrale, à Beyrouth

Karan Jain / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Le Liban a franchi mercredi 12 août 2026 une marche qu'il repoussait depuis six ans. Le Parlement a adopté les amendements à la loi de restructuration bancaire, selon l'Agence nationale d'information (ANI, officielle). Sur le papier, c'est une victoire pour les réformes exigées par le Fonds monétaire international (FMI) comme condition d'un accord d'aide. Dans les faits, le vote n'a pas clos le dossier : il a rouvert un bras de fer sur la nature même de la réforme, entre la logique du FMI et celle défendue par la Banque du Liban (BDL). Et cette bataille technique décidera concrètement de ce que récupéreront les déposants, y compris la diaspora dont l'épargne est bloquée depuis 2019.

Ce que le Parlement a voté

Le texte de base, dit loi de résolution bancaire, avait été adopté l'an dernier. Jugé insuffisant, il a fait l'objet d'une série d'amendements que le gouvernement, à la demande du FMI, a transmis au Parlement le 12 mai 2026. Ce sont ces amendements qui étaient à l'ordre du jour des séances plénières des 11 et 12 août, aux côtés d'autres textes lourds examinés dans la même fenêtre.

L'objet de la loi est technique mais central : créer le cadre juridique permettant de trier les banques libanaises entre celles qui peuvent être recapitalisées et celles qui doivent être liquidées, et d'organiser la répartition des pertes du système. Sans ce cadre, aucun accord de programme avec le FMI n'est envisageable, et la reconstruction du secteur financier reste à l'arrêt.

FMI contre Banque du Liban : deux logiques

Le désaccord ne porte plus seulement sur le partage des pertes, mais sur les pouvoirs de l'autorité chargée de réorganiser les établissements. La logique portée par le FMI repose sur une autorité de résolution indépendante, dotée de pouvoirs forts, et sur une hiérarchie stricte : les actionnaires et les grands créanciers absorbent les pertes en premier, avant toute sollicitation de l'argent public ou de la Banque centrale.

Face à elle, plusieurs modifications défendues au sein de la commission parlementaire des Finances et du Budget, présidée par Ibrahim Kanaan, ainsi que par le gouverneur de la BDL Karim Souhaid, ont été présentées comme plus protectrices du rôle de la Banque centrale et du secteur bancaire. L'Association des banques du Liban (ABL) a d'ailleurs contesté publiquement, le 10 août 2026, plusieurs de ces amendements. Résultat : des députés et des experts ont averti que la version votée s'écartait sur certains points de la mouture négociée avec le Fonds, faisant planer le risque d'un scénario déjà vu avec la loi sur le secret bancaire, qu'il avait fallu réamender après coup.

Le FMI, lui, a maintenu une ligne constante : toute restructuration doit être conforme aux principes internationaux, financièrement viable et compatible avec la soutenabilité de la dette. C'est à cette aune que l'institution jugera si le texte libanais est réellement opérant ou seulement cosmétique.

Les déposants et la diaspora au centre

Derrière l'abstraction juridique, il y a des millions de comptes gelés. Depuis l'effondrement de 2019, les épargnants libanais n'ont plus un accès normal à leurs dépôts en devises, transformés de fait en avoirs dévalués que le langage courant a baptisés lollars. La diaspora, qui a longtemps alimenté ces comptes et fait vivre l'économie par ses transferts, est directement concernée : la manière dont la loi ordonne les pertes déterminera qui sera remboursé, dans quel ordre et à quelle hauteur.

C'est pourquoi le point de friction entre le FMI et la BDL n'est pas qu'une querelle d'institutions. Une autorité de résolution forte et indépendante vise à protéger d'abord les petits déposants en imposant les pertes aux actionnaires et aux grandes fortunes. Une version affaiblie du dispositif ferait courir le risque inverse : diluer les responsabilités et repousser encore l'échéance du remboursement.

Une étape, pas la sortie de crise

La loi votée le 12 août ne referme pas le dossier. Elle n'est qu'une des pièces d'un ensemble qui reste incomplet. Le texte le plus sensible, celui qui fixera la répartition de l'écart financier, ce trou de plusieurs dizaines de milliards de dollars entre les engagements des banques et leurs actifs réels, n'est toujours pas adopté. Sans lui, l'architecture de la réforme reste suspendue.

La pression extérieure, elle, ne faiblit pas. Le Groupe d'action financière (GAFI) a placé le Liban sur sa liste grise des juridictions sous surveillance renforcée le 25 octobre 2024, une marque d'infamie financière qui renchérit les relations du pays avec les banques étrangères et complique tout retour des capitaux. En sortir suppose précisément des réformes crédibles et appliquées, pas seulement votées.

Le vote du 12 août envoie donc un signal utile aux bailleurs : le Liban avance. Mais l'histoire récente commande la prudence. Une loi qui s'éloigne des standards du FMI risque de devoir être corrigée, comme le fut la loi sur le secret bancaire. Pour les déposants, l'enjeu n'est pas le communiqué de victoire, mais la lettre exacte du texte et sa mise en oeuvre. C'est là que se jouera la crédibilité d'un pays qui n'a plus le droit à l'erreur.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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