Le FMI de retour à Beyrouth : la loi sur la faille financière, test décisif de la reprise
Une mission du Fonds monétaire international a ouvert ses travaux à Beyrouth ce mardi 15 septembre. Après l'adoption de la loi de restructuration bancaire, le vrai test est désormais la loi sur la faille financière et le budget 2027. Ce qui se joue pour les déposants et pour le retour du Liban dans le circuit financier international.

Fonds monétaire international, domaine public (Wikimedia Commons)
Le Fonds monétaire international est de retour à Beyrouth. Une mission de l'institution a ouvert ses travaux dans la capitale libanaise ce mardi 15 septembre 2026, pour une série de réunions étalées sur plusieurs jours avec les administrations publiques concernées. Ce n'est pas une visite de courtoisie. Après six ans d'effondrement financier et une première loi votée au printemps, le Liban aborde la partie la plus difficile de sa négociation avec le Fonds. De ces quelques jours dépend la crédibilité d'un pays qui cherche à rouvrir la porte des financements internationaux et à rendre à ses déposants, dont une large part de la diaspora, un espoir concret de récupérer leur argent.
La thèse est simple. Le Liban a démontré qu'il pouvait légiférer. Il doit maintenant prouver qu'il peut trancher. La mission qui s'ouvre mesure exactement cet écart entre les textes déjà adoptés et les arbitrages encore repoussés.
Une mission qui arrive après un premier acquis
Le contexte a changé depuis la demande officielle d'un programme soutenu par le FMI, adressée par Beyrouth en mars 2025. Le pays a depuis franchi une étape que le Fonds réclamait de longue date : l'adoption de la loi de restructuration bancaire, censée assainir un secteur figé depuis la crise de 2019. Selon le communiqué du bureau de presse du ministère libanais des Finances, le représentant résident du FMI au Liban, Yahya Said, a félicité le ministre Yassine Jaber pour l'adoption de ce texte, y voyant un progrès important sur la voie du traitement de la crise financière et bancaire.
Toujours selon ce communiqué, le ministre Jaber a réuni la délégation du Fonds pour une séance préparatoire, suivie d'une réunion technique entre le directeur des Finances publiques, Georges Maarawi, et l'équipe du FMI. Le message porté par Beyrouth est celui de la continuité : préserver l'élan réformateur, bâtir sur les acquis et lever les obstacles restants par un dialogue pratique, afin de restaurer la confiance dans le secteur financier et l'économie libanaise.
La loi sur la faille, nœud de la négociation
Le vrai sujet de la mission n'est pas la loi déjà votée, mais celle qui vient. Les discussions se sont concentrées, indique le ministère, sur les prochaines étapes liées à la loi de traitement de la faille financière, la fameuse Gap Law, présentée comme le jalon fondamental suivant du parcours réformateur. Le ministère reconnaît lui-même qu'il subsiste des points nécessitant encore un rapprochement des positions avant les discussions intensives prévues avec le Fonds.
Le fond du problème tient dans un chiffre. La faille financière, c'est l'écart entre ce que les banques doivent à leurs déposants et ce que le système, État et Banque du Liban compris, est réellement capable de rembourser après l'effondrement de 2019. Cet écart est estimé, selon les évaluations avancées côté gouvernemental, entre 70 et 80 milliards de dollars. La loi doit répartir cette perte colossale entre quatre acteurs : l'État, la banque centrale, les banques commerciales et les déposants, tout en ouvrant la voie à un remboursement graduel des épargnants privés d'accès à leurs comptes depuis six ans.
La logique retenue veut que les petits déposants soient intégralement protégés, tandis que les plus gros comptes subissent des décotes bien plus lourdes. C'est précisément là que se joue le bras de fer avec le FMI, qui exige le respect strict de la hiérarchie des créances : les fonds propres des banques doivent être épongés en premier, avant que la facture ne remonte vers l'État ou les déposants. Un principe technique en apparence, mais qui décide de qui paiera, réellement, la crise libanaise.
Budget 2027 et impôt sur le revenu, l'autre front
La faille financière n'épuise pas l'agenda. La mission examine aussi le projet de budget 2027 et une refonte fiscale de fond. Le ministère des Finances a mis en avant un projet de nouvelle loi sur l'impôt sur le revenu, en insistant sur son rôle directeur dans la préparation de cette réforme et sur l'objectif d'un texte moderne et applicable, qui élargisse l'assiette fiscale sans étouffer la croissance et l'investissement.
Les équipes techniques travaillent en parallèle sur l'estimation de la faille fiscale, cet écart entre l'impôt théoriquement dû et l'impôt effectivement collecté, considéré comme un levier majeur pour améliorer la mobilisation des recettes. Derrière le jargon, un enjeu politique lourd : un État qui veut recouvrer sa souveraineté budgétaire doit d'abord prouver qu'il sait lever l'impôt de manière équitable et prévisible. Le FMI l'a répété à chacune de ses visites précédentes, pointant les faiblesses des textes de réforme et les lacunes des projets de budget successifs.
Ce qui se joue pour le Liban et sa diaspora
La séquence qui s'ouvre dépasse la technique financière. Un accord avec le FMI reste la clé d'accès à des financements internationaux, aux prêts de la Banque mondiale et, à terme, aux investissements nécessaires à la reconstruction, y compris dans un Sud dévasté. Sans programme, le Liban avance seul, sans filet, dans une région instable.
Pour la diaspora libanaise, dont les transferts continuent de soutenir l'économie et qui compte parmi les déposants lésés, l'issue de ces négociations est tout sauf abstraite. La manière dont la faille sera répartie déterminera combien, et quand, les épargnants pourront espérer récupérer. C'est aussi une question de confiance : aucun Libanais de l'étranger ne replacera son argent dans un système qui n'a pas soldé les comptes de 2019. La mission de septembre ne réglera pas tout. Mais elle dira si l'élan des derniers mois se transforme en trajectoire, ou s'enlise une fois de plus dans les points qui fâchent.
- Reuters, Lebanon advances draft law to address losses from economic collapse (26 décembre 2025)
- Reuters, IMF urges Lebanon to improve reform laws, consider tax reforms (26 septembre 2025)
- Reuters, Restoring Lebanon's economic growth will require comprehensive reforms, IMF says (19 février 2026)
- Fonds monétaire international, page pays Liban


