Armée libanaise : pour la conférence de Paris, la France s'adosse au processus d'Aqaba du roi de Jordanie
L'envoyé spécial d'Emmanuel Macron pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, a confirmé viser le 17 septembre pour la réunion préparatoire de la conférence de soutien à l'armée libanaise. Nouveauté : Paris place l'initiative sous le parrainage du processus d'Aqaba, lancé par le roi Abdallah II de Jordanie. Une manière d'élargir et d'arabiser le soutien à Beyrouth.

Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
La France ne veut plus organiser seule le sauvetage de l'armée libanaise. Elle l'adosse désormais à un cadre régional arabe. En marge d'un événement du Quai d'Orsay consacré à la diplomatie française, l'envoyé spécial d'Emmanuel Macron pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, a confirmé viser le 17 septembre à Paris pour la réunion préparatoire de la conférence internationale de soutien à l'armée libanaise et aux Forces de sécurité intérieure. Le point neuf tient en un mot : Aqaba. L'initiative est placée sous le processus du même nom, patronné par le roi Abdallah II de Jordanie. Pour Beyrouth, ce n'est pas un détail protocolaire : un parrainage arabe vaut mieux qu'un tête-à-tête franco-libanais, car il ancre le soutien dans la région et lui donne un poids que Paris seul ne pourrait porter.
Ce qu'a dit Le Drian
"Une nouvelle initiative est lancée dans le cadre du processus d'Aqaba, sous les auspices du roi de Jordanie. J'espère qu'elle se tiendra à Paris le 17 septembre", a déclaré l'envoyé spécial français. Il a résumé la logique de la démarche sans détour : "Renforcer l'armée est crucial. On ne peut pas demander à l'armée de faire respecter le monopole de l'État sur les armes si elle n'en a pas les moyens." Selon l'entourage du dossier, le président libanais Joseph Aoun, ancien chef de l'armée, est attendu à la réunion, de même que des représentants américains et saoudiens. C'est ce même format élargi que Paris avait obtenu en août, lorsque l'Arabie saoudite a accepté de s'associer à la préparation.
Le processus d'Aqaba, un cadre déjà rodé
Le processus d'Aqaba n'a rien d'improvisé. Lancé en 2015 par le roi Abdallah II de Jordanie, il réunit périodiquement responsables politiques, militaires et sécuritaires pour coordonner la lutte contre les groupes armés et renforcer la coopération régionale. En y arrimant le dossier libanais, la France obtient deux choses d'un coup : une légitimité arabe et un mécanisme de coordination existant, plutôt qu'une énième conférence sans lendemain. Pour le Liban, l'intérêt est direct : plus le cercle des parrains est large et arabe, moins le soutien à son armée peut être présenté comme une affaire strictement occidentale.
Une invitation déjà remise à Yarzeh
La mécanique était en marche depuis fin août. Le 28 août, le commandant en chef de l'armée libanaise, le général Rodolph Haykal, a reçu à son bureau de Yarzeh le chargé d'affaires de l'ambassade de France, qui lui a remis une invitation officielle à participer à la réunion préparatoire, selon un communiqué de l'armée libanaise. Le texte précise que la rencontre parisienne réunira des délégations militaires et des experts de plusieurs pays. La séquence diplomatique s'est donc enclenchée côté libanais avant même l'annonce publique de la date.
L'enjeu : l'après-FINUL
Le calendrier n'est pas neutre. Le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), déployée depuis près de cinq décennies, doit s'achever avec un retrait prévu en décembre 2026. Paris redoute qu'une armée libanaise laissée sans relais internationaux ne sorte affaiblie de cette échéance. La France pilote, avec l'Italie, un projet de mission de soutien destiné à accompagner le déploiement de l'armée dans le Sud. Plus de dix États de l'Union européenne se sont dits intéressés pour y contribuer, a indiqué cette semaine la cheffe de la diplomatie européenne. La conférence de Paris et le processus d'Aqaba forment les deux étages d'une même architecture : arrimer durablement l'armée libanaise à un soutien international avant que la FINUL ne plie bagage.
"Ce n'est plus le Titanic, mais le Liban n'est pas encore sauvé"
Le Drian, familier du dossier libanais et connu pour son franc-parler, n'a pas caché ses inquiétudes. Il s'est dit "extrêmement préoccupé" par l'occupation israélienne du sud du Liban et par le blocage des discussions sur le retrait des zones où l'armée libanaise doit se redéployer. Il a toutefois refusé de céder au fatalisme. "Ce n'est plus le Titanic, mais le Liban n'est pas encore sauvé", a-t-il lancé, reprenant l'image qu'il avait forgée en 2020, lorsqu'il décrivait le pays comme "le Titanic sans l'orchestre". Six ans plus tard, l'orchestre semble être remonté sur le pont : la France, la Jordanie, l'Arabie saoudite et une partie de l'Europe accordent leurs instruments autour de l'armée libanaise. Reste à savoir si la musique suffira à maintenir le navire à flot.


