Avant la conférence de Paris, la France arme déjà le dossier de l'armée libanaise
Paris n'attend pas le 17 septembre. Fin août, la France a remis au chef de l'armée libanaise une invitation officielle à la réunion préparatoire de sa conférence de soutien. Dans la foulée, l'Union européenne a annoncé une mission de formation des forces armées libanaises. Pour Beyrouth, l'armée nationale redevient le pivot autour duquel s'organise l'appui occidental.

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Paris n'attend pas le 17 septembre. Avant même la conférence internationale qu'elle veut réunir pour soutenir l'armée libanaise, la France a déjà mis en marche le dispositif diplomatique. Fin août, elle a remis au chef de l'armée une invitation officielle à la réunion préparatoire de ce rendez-vous ; dans la foulée, l'Union européenne a annoncé une mission destinée à conseiller et former les forces armées libanaises. Le signal, lu depuis Beyrouth, est clair : l'armée nationale redevient le pivot autour duquel s'organise l'appui occidental, et donc un levier de souveraineté.
Une invitation remise à Yarzeh
Selon le commandement de l'armée libanaise, le commandant en chef, le général Rodolphe Haykal, a reçu dans son bureau de Yarzeh le chargé d'affaires de l'ambassade de France au Liban, Bruno Da Silva, accompagné d'une délégation. Le diplomate français a remis au général une invitation officielle à participer à la réunion préparatoire de la conférence internationale de soutien à l'armée libanaise et aux Forces de sécurité intérieure, prévue à Paris avec la participation de délégations militaires et d'experts de plusieurs pays.
Le détail n'est pas anodin. En passant par une invitation formelle adressée à l'institution militaire, et non par le seul canal politique, Paris place l'armée libanaise au centre du processus. C'est elle, et non une force étrangère, que la conférence entend équiper, financer et légitimer.
Bruxelles emboîte le pas
Le mouvement dépasse désormais le cadre strictement franco-libanais. Le 1er septembre, à l'issue d'une réunion des ministres de la Défense de l'Union européenne à Wicklow, près de Dublin, la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a annoncé un projet de nouvelle mission européenne visant à conseiller et former les forces armées libanaises, en particulier sur la sécurité des frontières et la sécurité maritime. Selon Mme Kallas, plus de dix États membres se sont dits prêts à y contribuer.
L'objectif affiché est de parvenir en octobre à une décision formelle de lancement. Autrement dit, la conférence de Paris et la future mission européenne s'articulent : la première mobilise l'appui politique et financier, la seconde installe une présence de formation dans la durée. Pour un pays qui a vu défiler les promesses non tenues, la question reste la conversion des annonces en équipements et en budgets concrets.
L'armée, clé de voûte du monopole des armes
Ce soutien renforcé n'est pas un geste protocolaire. Il touche au coeur du débat libanais : la reconstruction d'un État capable d'exercer seul le monopole de la force. Le président Joseph Aoun a réaffirmé ces dernières semaines la doctrine du monopole étatique des armes, principe inscrit dans l'accord de cessez-le-feu et dans la résolution 1701. Or ce monopole n'a de sens que si l'armée dispose des moyens de l'assumer sur tout le territoire, du Litani à la frontière nord.
Le calendrier ajoute à l'urgence. La FINUL, déployée dans le sud du Liban depuis 1978 et forte d'environ 7 500 hommes issus d'une cinquantaine de pays, arrive au terme de son mandat. La France et l'Italie ont proposé une force de relève, mais aucun mécanisme ne remplacera durablement la montée en puissance de l'armée libanaise elle-même. Chaque brigade formée, chaque poste tenu au Sud par des soldats libanais est un argument de souveraineté face aux incursions et aux frappes israéliennes qui se poursuivent.
Ce que Paris joue le 17 septembre
La conférence de Paris, attendue le 17 septembre, doit fédérer partenaires européens et arabes autour d'un même objectif : donner à l'armée libanaise les moyens de tenir son rang. L'invitation remise à Yarzeh et l'annonce européenne de Wicklow en sont les premières briques. Reste la partie la plus difficile, celle que le Liban connaît par coeur : transformer une conférence en livraisons réelles.
Du point de vue libanais, l'enjeu n'est pas de dépendre davantage de l'étranger, mais de reconstruire l'outil qui permet précisément de ne plus dépendre de personne. C'est à cette aune que Beyrouth jugera Paris et Bruxelles : non aux discours, mais aux camions, aux radars et aux soldes versées.


