700 soldats français au Liban sous un mandat qui s'éteint le 31 décembre : la vraie mise de Paris
La contribution française la plus concrète au Liban n'est ni une conférence ni une déclaration : ce sont 700 militaires déployés dans la FINUL, sous un mandat que le Conseil de sécurité a fixé pour s'achever le 31 décembre 2026. À moins de quatre mois de l'échéance, Paris joue la transition vers l'armée libanaise et cherche à éviter un vide sécuritaire au Sud.

Peripitus, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Quand Paris parle du Liban, on retient les images : une conférence à l'Élysée, une déclaration du Quai d'Orsay, un envoyé spécial qui fait la navette. La mise française la plus tangible est pourtant ailleurs, au sud du Litani, où près de 700 soldats français patrouillent sous casque bleu. Et cette présence tient à un calendrier précis : le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la FINUL, a été fixé pour s'achever le 31 décembre 2026. À moins de quatre mois de l'échéance, la question n'est plus abstraite. Elle engage l'avenir du dispositif de sécurité au Sud-Liban, et avec lui une part de l'influence française dans le pays.
Un compte à rebours voté à New York
Le point de départ est une décision du Conseil de sécurité. Le 28 août 2025, à l'initiative de la France, l'organe onusien a adopté à l'unanimité la résolution 2790, qui a prolongé le mandat de la FINUL pour une durée de seize mois, jusqu'au 31 décembre 2026. Le Quai d'Orsay a salué un texte qui permet à la Force de "poursuivre ses opérations" et d'"accompagner la montée en puissance en cours des Forces armées libanaises au Sud-Liban". La formule dit l'essentiel : cette prolongation n'est pas un renouvellement de routine, c'est une sortie programmée.
La diplomatie française l'assume sans détour. "L'État libanais doit être le seul garant de la sécurité sur l'ensemble de son territoire", écrit le ministère, qui en tire la conséquence : "Cela implique, à terme, le retrait de la FINUL pour laisser les Forces armées libanaises assurer la sécurité du sud du Liban." Depuis 2006 et la résolution 1701, la Force onusienne, forte de plus de dix mille militaires issus d'une cinquantaine de pays, tient une zone que l'État libanais n'occupait pas seul. Le pari de 2025 est d'inverser cet ordre : que l'armée nationale reprenne le terrain, et que les Casques bleus s'effacent.
La condition que Paris met noir sur blanc
Ce retrait n'est pas inconditionnel, et c'est là que la position française épouse l'intérêt libanais. La même résolution 2790 "appelle Israël à se retirer des cinq positions qu'il occupe au nord de la Ligne bleue", et demande au gouvernement libanais de s'y déployer avec l'appui de la FINUL. Autrement dit : pas de normalisation de la frontière sans départ des forces israéliennes du territoire libanais. Le Quai d'Orsay lie explicitement la sortie des Casques bleus à ce préalable, une exigence que Beyrouth porte de son côté depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu de novembre 2024.
Sur le terrain, la cohabitation reste tendue. Plusieurs positions de la FINUL ont été directement visées par des tirs pendant les combats de l'automne 2024, et la trêve n'a pas mis fin aux frappes. La Force se retrouve prise entre une armée libanaise appelée à monter en première ligne et des troupes israéliennes toujours présentes sur cinq points en territoire libanais. C'est dans ce paysage instable que le contingent français, l'un des piliers historiques de la mission, doit préparer son propre désengagement.
700 Français dans l'équation
Combien de soldats français sont concernés ? Environ 750 militaires sont déployés au Liban, dont près de 700 au sein de la FINUL, ce qui fait de la France l'un des principaux contributeurs de la mission de maintien de la paix. Ce n'est pas une présence symbolique : c'est une force capable de tenir un secteur, d'observer la Ligne bleue et de servir de tampon. Sa disparition, sans relais, laisserait un angle mort sur l'une des frontières les plus surveillées du Proche-Orient.
C'est précisément le scénario que Paris veut éviter. Selon plusieurs sources, la France teste depuis l'été auprès de partenaires européens et arabes l'idée d'un mécanisme de substitution qui prendrait, en partie, le relais de la FINUL. L'objectif affiché est une transition ordonnée plutôt qu'un retrait sec des Casques bleus, alors que la reconduction annuelle du mandat par le Conseil de sécurité est devenue de plus en plus disputée. Pour un média attaché à l'intérêt libanais, l'enjeu est clair : tout arrangement de relais devra rester compatible avec la souveraineté du pays et ne pas offrir à des puissances extérieures un droit de regard élargi sur son territoire.
La conférence de Paris comme point d'appui
La pièce diplomatique qui manque encore s'appelle le financement et l'équipement de l'armée libanaise, condition matérielle de toute reprise du terrain par Beyrouth. C'est l'objet d'une réunion préparatoire attendue à Paris le 17 septembre, dans le cadre du processus d'Aqaba parrainé par la Jordanie, en amont d'une conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises et aux forces de sécurité intérieure. L'envoyé spécial du président français pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, a confirmé la démarche.
La logique se tient bout à bout : pour que la FINUL parte sans laisser de vide, il faut une armée libanaise capable de tenir le Sud ; pour qu'elle en soit capable, il lui faut des moyens ; pour réunir ces moyens, il faut une coalition de bailleurs que Paris s'emploie à convoquer. Le calendrier onusien, lui, ne bouge pas : le 31 décembre 2026 approche. La vraie question française au Liban n'est pas de savoir si l'Élysée soutient Beyrouth, il le répète assez. Elle est de savoir si les 700 soldats du contingent pourront passer le relais à l'armée libanaise avant que l'horloge du Conseil de sécurité ne s'arrête.

