FINUL : le Liban réclame un sursis à l'ONU, la France en fait son combat au Conseil de sécurité
Beyrouth a écrit au Conseil de sécurité pour empêcher la fin programmée de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, fixée au 31 décembre. La France, plume historique du dossier et présidente du Conseil ce mois-ci, soutient la demande libanaise. En face, Israël exige que le retrait soit respecté.

Mao.rokocin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Le sort de la FINUL ne se joue pas au Liban-Sud, mais dans une salle du siège des Nations unies à New York, et la France y tient l'un des rôles principaux. Beyrouth a formellement demandé au Conseil de sécurité de revenir sur la fin programmée de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, prévue le 31 décembre 2026. Paris, plume traditionnelle du dossier libanais au Conseil et présidente de l'instance ce mois-ci, a choisi de porter cette demande. C'est un test direct du poids diplomatique français au service de l'intérêt libanais, face à un axe américano-israélien qui veut, lui, en finir avec la mission.
Une fin de mission décidée sous pression américaine
La FINUL est déployée dans le sud du Liban depuis 1978, à la suite d'une incursion israélienne, avec pour mandat de surveiller la cessation des hostilités le long de la Ligne bleue et d'épauler l'armée libanaise. Son effectif dépasse les 7 000 casques bleus. Historiquement, son mandat était reconduit tous les six mois.
Ce cycle a été rompu en août 2025. Sous l'impulsion des États-Unis, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2790, qui prolongeait une dernière fois le mandat jusqu'au 31 décembre 2026, tout en programmant une réduction ordonnée des effectifs et un retrait complet en 2027. Autrement dit, une date de péremption assumée, pensée comme définitive.
La lettre libanaise : une échéance jugée prématurée
Beyrouth conteste aujourd'hui ce calendrier. Dans une lettre datée du 26 août adressée au Conseil de sécurité, l'ambassadeur du Liban auprès des Nations unies, Ahmad Arafa, estime que mettre fin à la mission apparaît prématuré au regard des bouleversements survenus depuis le début du mois de mars.
L'argument est le suivant : le contexte sécuritaire a radicalement changé depuis la reprise des combats entre Israël et le Hezbollah le 2 mars. Israël occupe désormais une bande d'environ dix kilomètres en territoire libanais, présentée comme une zone tampon. Selon le ministère libanais de la Santé, les frappes israéliennes ont fait plus de 4 300 morts au Liban depuis le mois de mars. Dans ces conditions, plaide Beyrouth, un retrait de la Force créerait un vide sécuritaire préjudiciable aux efforts de stabilisation.
Le Liban rappelle rester attaché à la résolution 1701, qui avait encadré la fin de la guerre de 2006, ainsi qu'à l'accord de cessation des hostilités de novembre 2024 et au cadre trilatéral signé le 26 juin avec Israël et les États-Unis. Beyrouth juge par ailleurs que les options envisagées pour l'après-FINUL, décrites dans un rapport du secrétaire général de l'ONU du 1er juin, reposent sur des consultations antérieures aux événements de mars et ne reflètent plus la réalité du terrain. La solution la plus praticable, selon la lettre, resterait une prolongation limitée de la mission, en raison de son expertise opérationnelle, de ses infrastructures logistiques et de son acceptation par les populations locales.
La France en première ligne
C'est là que Paris entre en jeu. La France est historiquement la plume, au Conseil de sécurité, des résolutions concernant la FINUL, une mission à laquelle elle contribue depuis l'origine avec un contingent qui compte encore plusieurs centaines de soldats. Elle assure en outre, ce mois de septembre, la présidence tournante du Conseil, une position qui lui donne la main sur l'ordre du jour au moment précis où le dossier revient sur la table.
Selon le Financial Times, qui a révélé l'existence de la lettre libanaise, la France et la plupart des autres membres du Conseil de sécurité soutiennent la demande de Beyrouth. La convergence entre Paris et Beyrouth est ici totale : maintenir, au moins temporairement, une présence internationale dans le Sud, le temps que l'armée libanaise soit en mesure d'assumer seule le contrôle de la frontière.
Le refus israélien
En face, Israël s'oppose au maintien d'une force internationale d'ampleur dans le sud du Liban après l'expiration du mandat. La position a été exposée sans ambiguïté par son ambassadeur à l'ONU, Danny Danon : la décision prise au Conseil de sécurité de mettre fin à la mission d'ici la fin de l'année doit, selon lui, être respectée, et c'est à l'armée libanaise d'assumer la sécurité de la frontière. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a de son côté affirmé le 4 septembre que les troupes israéliennes ne se retireraient pas du Liban tant que le Hezbollah ne serait pas désarmé.
Ce qui se joue pour le Liban
Le calcul libanais est clair. Un départ de la FINUL au 31 décembre, alors que l'armée israélienne occupe une portion du territoire et que les frappes se poursuivent, laisserait l'État libanais seul face à un rapport de force défavorable dans le Sud. Le maintien de la Force, même réduit et provisoire, offre à Beyrouth un filet de sécurité international et un témoin neutre le long de la Ligne bleue.
Ce bras de fer new-yorkais se double d'un second chantier, militaire cette fois : la réunion préparatoire prévue à Paris le 17 septembre en vue d'une conférence de soutien à l'armée libanaise. Les deux dossiers répondent à la même logique : donner à l'armée libanaise les moyens de tenir le Sud, tout en gardant, aussi longtemps que possible, la garantie onusienne. Pour le Liban, l'enjeu dépasse la seule FINUL. Il s'agit de savoir si sa souveraineté sur son propre territoire sera défendue par la communauté internationale, ou abandonnée à un calendrier décidé sans lui.
