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France–Liban· Justice

Frappe israélienne à Beyrouth : la justice française ouvre sa première enquête pour crime de guerre

Deux juges d'instruction parisiens enquêtent désormais sur un bombardement israélien qui a tué sept civils à Beyrouth fin 2024, dont les parents de l'artiste franco-libanais Ali Cherri. C'est la premiere information judiciaire ouverte en France sur les frappes israéliennes au Liban, et elle fait du droit français un recours là où les victimes libanaises n'en avaient aucun.

Le tribunal judiciaire de Paris, porte de Clichy, où deux juges d'instruction ont été saisis de l'enquête

Coppertarzan, Wikimedia Commons, CC0

La justice française vient d'ouvrir une porte que personne n'avait franchie. Deux juges d'instruction du pôle spécialisé dans les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre du tribunal judiciaire de Paris ont été saisis d'une information judiciaire visant une frappe israélienne sur un immeuble résidentiel de Beyrouth. L'artiste franco-libanais Ali Cherri, qui y a perdu ses parents, et son avocate Me Clémence Bectarte, l'ont annoncé le 3 novembre 2026 à l'Agence France-Presse. C'est, selon la défense, la première enquête judiciaire ouverte en France sur les crimes reprochés à l'armée israélienne au Liban depuis le début des opérations militaires en octobre 2023.

La portée dépasse le cas d'une famille. Pour des milliers de civils libanais frappés pendant la guerre de 2024, il n'existait aucune juridiction accessible. C'est le lien franco-libanais, un fils de Beyrouth devenu citoyen français, qui fait entrer ce dossier dans un prétoire européen. Le droit français devient ici ce que la diplomatie et les institutions internationales n'ont pas offert : un recours.

Un immeuble de douze étages, sept morts, quelques heures avant la trêve

Les faits sont précis. Le 26 novembre 2024, un bombardement a détruit trois étages d'un immeuble de douze étages dans le quartier de Noueiri, en plein centre de la capitale libanaise. Sept civils ont été tués, parmi lesquels le père et la mère d'Ali Cherri, âgés de 87 et 77 ans, selon la plainte dont l'AFP a eu connaissance. La frappe est survenue quelques heures seulement avant l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hezbollah, précise ce même document.

"Depuis près de deux ans, je me bats pour que le bombardement israélien qui a tué mes parents et cinq autres civils ne reste pas impuni", a déclaré Ali Cherri à l'AFP, évoquant "une avancée immense" tout en disant savoir que "le chemin vers la justice sera encore long et difficile". L'artiste inscrit son combat au-delà de sa propre histoire : "ce combat est aussi celui de la dignité de toutes les victimes civiles".

Pourquoi le crime de guerre, et pas l'homicide

Le choix de la qualification n'est pas un détail de procédure, c'est la clé qui ouvre la compétence du juge français. Les parents d'Ali Cherri n'avaient pas la nationalité française : il ne pouvait donc pas déposer plainte pour homicide, infraction qui aurait exigé un lien de nationalité avec les victimes. Il a en revanche obtenu l'ouverture d'une information pour "attaque délibérée contre un bien civil, constitutive de crime de guerre", une catégorie qui relève de la compétence dite quasi universelle des juridictions françaises, précise son conseil.

La plainte avait été déposée six mois plus tôt, avec constitution de partie civile, aux côtés de la Fédération internationale des droits de l'Homme. Elle s'appuie notamment sur les travaux d'Amnesty International et de l'organisation Forensic Architecture, spécialisée dans la reconstitution des frappes à partir de données ouvertes.

Le parquet antiterroriste avait requis l'enquête

L'ouverture ne tient pas au seul plaignant. En septembre 2026, le parquet national antiterroriste, compétent en France pour les crimes de guerre, avait lui-même requis l'ouverture d'une information judiciaire contre X, actant l'existence d'indices "graves et concordants" que de tels faits ont été commis, selon une source proche du dossier citée par l'AFP. La saisine des deux juges d'instruction est l'aboutissement de cette réquisition.

L'enquête devra établir les circonstances exactes de la frappe et déterminer si les faits sont susceptibles de recevoir la qualification de crime de guerre. À ce stade, rien n'est jugé : l'information judiciaire vise, selon la formule de Me Bectarte, "à faire toute la lumière" sur le bombardement. Aucune réaction officielle israélienne n'avait été rendue publique au moment de l'annonce.

Ce que cela change pour le Liban

Pour le Liban, l'affaire crée un précédent. Elle montre que la double appartenance de la diaspora, souvent vécue comme un déchirement, peut devenir un levier : un passeport français ouvre l'accès à une justice que l'État libanais, affaibli, n'est pas en mesure de rendre, et que les enceintes internationales n'ont pas saisie. Si l'instruction prospère, elle fera jurisprudence pour d'autres familles. Le chemin sera long, l'issue incertaine. Mais pour la première fois, un juge enquête.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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