48 ans sous le casque bleu : la France quitte le Liban-Sud le 31 décembre
Aucun traité ne scelle le lien franco-libanais aussi fortement que ces 48 années où des soldats français ont monté la garde au Liban-Sud, et y sont morts. Avec le retrait de la FINUL fin 2026, Paris referme le plus long chapitre militaire de son histoire au Liban.

Mao.rokocin / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Il n'existe pas, entre la France et le Liban, de serment plus concret que celui-ci : depuis 48 ans, des soldats français patrouillent les collines du Liban-Sud sous le drapeau de l'ONU, et certains n'en sont pas revenus. Quand la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) entamera son retrait, à partir du 31 décembre 2026, Paris ne fermera pas seulement une mission de maintien de la paix. Elle refermera le plus long engagement militaire de son histoire au Liban, un lien payé en vies que nul accord de coopération ne remplace.
1978 : la France au premier rang
La FINUL naît en mars 1978, créée par le Conseil de sécurité après une première incursion israélienne au Liban-Sud. La France fait partie des tout premiers pays à y envoyer des Casques bleus. Elle n'en est plus jamais partie. Au fil des décennies, le contingent français est devenu l'une des ossatures de la force, aux côtés de dizaines d'autres nations, dans une bande de territoire coincée entre le fleuve Litani et la frontière.
Ce choix n'a rien d'anodin. Ancienne puissance mandataire, la France a toujours revendiqué une responsabilité particulière envers le Liban. Rester au Sud, année après année, c'était traduire en présence physique ce que les discours répètent : Paris se veut garant de la souveraineté et de l'intégrité du territoire libanais.
Le Drakkar, la blessure de 1983
La mémoire militaire française au Liban ne se résume pas à la FINUL. Dans les années 1982-1984, la France engage aussi des troupes dans la Force multinationale de sécurité déployée à Beyrouth, distincte des Casques bleus. C'est là que survient la tragédie fondatrice.
Le 23 octobre 1983, à l'aube, un camion chargé d'environ 250 kilos d'explosifs force le barrage du poste français « Drakkar », à Beyrouth, et pulvérise l'immeuble. Bilan : 58 parachutistes français tués, 55 du 1er régiment de chasseurs parachutistes et 3 du 9e. C'est la journée la plus meurtrière pour l'armée française depuis la fin de la guerre d'Indochine en 1954. Le même matin, une attaque jumelle tue 241 militaires américains. Jamais revendiqué de manière définitive, l'attentat a été attribué par la suite à la mouvance pro-iranienne naissante. Un hommage national est rendu aux Invalides le 2 novembre 1983 ; un mur gravé des noms des victimes est érigé à la Résidence des Pins, à Beyrouth, siège de la diplomatie française au Liban.
Opération Daman : 700 soldats au Litani
Aujourd'hui, l'engagement français dans la FINUL porte un nom : l'opération Daman. Près de 700 militaires français y servent, selon le ministère des Armées. Leur cœur de métier a un sigle, la FCR, pour Force Commander Reserve : la réserve d'intervention rapide de la force, placée directement aux ordres du commandant de la FINUL et capable de se porter en quelques minutes sur un point de tension. Les Français en tiennent l'ossature, épaulés par une compagnie finlandaise, depuis la base de Deir Kifa, tandis que le quartier général de la force se trouve à Naqoura, sur la côte.
Le quotidien de ces soldats, ce sont des patrouilles, des points de contrôle, du renseignement de terrain et un travail de contact avec les populations et l'armée libanaise. Une mission d'observation et d'interposition, discrète par nature, mais qui a fait de la France l'un des rares pays occidentaux à maintenir une présence militaire continue sur le sol libanais pendant près d'un demi-siècle.
Le prix du sang, jusqu'en 2026
Ce demi-siècle a un coût. Selon des bilans relayés par la presse française, plus de 150 militaires français ont perdu la vie dans l'ensemble des opérations menées au Liban depuis 1978, toutes missions confondues. Au sein de la seule FINUL, la force a enregistré plus de 300 morts toutes nationalités réunies.
La dernière saignée est récente. En avril 2026, une embuscade au Liban-Sud a coûté la vie à deux soldats français de la FINUL : l'adjudant Florian Montorio, tué sur le coup, et le caporal-chef Anicet Girardin, mort de ses blessures le 22 avril. L'attaque a été attribuée au Hezbollah par les autorités françaises et par les Nations unies. Elle a rappelé brutalement que, même quarante-trois ans après le Drakkar, le Liban-Sud reste une zone où l'uniforme français peut mourir.
Un départ qui referme un chapitre
La page se tourne pourtant. En vertu de la résolution 2790 du Conseil de sécurité, la FINUL doit entamer son retrait à partir du 31 décembre 2026, au terme d'un désengagement progressif. Le contingent français partira avec elle. Pour la première fois depuis 1978, il n'y aura plus de Casque bleu tricolore entre le Litani et la frontière.
Reste la question qui angoisse le Liban-Sud : qui tiendra ce terrain une fois la force partie ? Beyrouth mise sur le déploiement de sa propre armée, que Paris s'est engagé à équiper et à former. Mais pour la France, l'enjeu dépasse la logistique. Ces 48 ans de présence, et les morts qui les jalonnent, ont tissé un lien que peu de nations peuvent revendiquer avec le Liban. En pliant bagage, Paris ne solde pas sa dette : il change de forme d'engagement, de la garde armée à l'accompagnement de l'État libanais. Au Sud, on jugera sur les actes.
