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France–Liban· Décryptage

Réunion de Paris du 17 septembre : ce n'est pas encore la conférence pour l'armée libanaise

Le rendez-vous parisien de jeudi n'est pas la conférence internationale de financement de l'armée libanaise que beaucoup annoncent, mais une réunion préparatoire adossée au processus d'Aqaba. Derrière la nuance de vocabulaire se joue une question plus lourde pour le Liban : la place que la France conserve dans un dossier désormais largement piloté depuis Washington.

Façade du palais de l'Élysée, siège de la présidence de la République française, à Paris.

AlSepPhoenix / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le vocabulaire, ici, n'est pas un détail. La rencontre organisée à l'Élysée le jeudi 17 septembre est régulièrement présentée comme la conférence internationale de soutien à l'armée libanaise. Elle ne l'est pas. Selon l'Élysée, il s'agit d'une réunion préparatoire à cette conférence, adossée au processus d'Aqaba lancé par la Jordanie, et destinée à réunir des responsables militaires de plusieurs pays partenaires pour cadrer un futur soutien au déploiement de l'armée libanaise sur l'ensemble du territoire. Emmanuel Macron y reçoit le président libanais Joseph Aoun et le roi Abdallah II de Jordanie. La conférence de financement, elle, viendra plus tard. Et cette précision dit tout de la position réelle de la France dans le dossier libanais.

Une étape préparatoire, pas encore les chèques

Ce que Paris accueille jeudi, c'est un tour de table opérationnel, pas une table de promesses financières. L'objectif affiché est de définir ce dont l'armée libanaise a concrètement besoin pour se redéployer au sud, à mesure que les forces israéliennes se retirent, avant de solliciter les bailleurs. La logique est celle du processus d'Aqaba, du nom du format de coordination porté par la Jordanie : d'abord identifier les besoins et bâtir un consensus international, ensuite chiffrer et financer. Confondre les deux étapes revient à surestimer ce qui sera acté jeudi.

Ce que la France cherche à préserver

Reste la vraie question, moins visible que l'ordre du jour : pourquoi Paris tient tant à héberger ce rendez-vous. Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, le dossier libanais est largement conduit depuis Washington, à travers le mécanisme de surveillance de la trêve et l'accord-cadre conclu entre le Liban et Israël, sous parrainage américain. Dans ce schéma, la France, ancienne puissance mandataire et pilier historique du soutien à l'armée libanaise, risque d'être reléguée au second rang. En accueillant Joseph Aoun et le roi de Jordanie, Paris signale qu'elle entend rester un point de passage du dossier, et pas un simple contributeur financier convoqué en fin de course.

Le calendrier qui commande tout

Cette réunion n'a rien d'abstrait : elle se tient sous la pression d'une échéance. Le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la FINUL, s'éteint fin décembre 2026, conformément à la décision prise par le Conseil de sécurité de l'ONU en août 2025. Le contingent international qui sépare aujourd'hui les belligérants au sud du Litani doit donc partir, et l'armée libanaise est censée prendre le relais. Or elle n'en a, en l'état, ni les effectifs ni les moyens sur toute la zone. D'où l'urgence, pour Beyrouth, d'un soutien extérieur rapide, et l'intérêt d'une France qui pousse ce calendrier plutôt que de le subir.

La demande libanaise : ne pas laisser de vide

Le président Joseph Aoun a posé les termes lui-même. Dans un entretien accordé à l'AFP le 16 septembre, il a déclaré vouloir éviter tout vide sécuritaire après le départ des Casques bleus, quitte à réclamer une nouvelle force temporaire, européenne ou autre, jusqu'à ce que l'armée soit en mesure de se déployer. Il a résumé sa ligne d'une phrase : ses partenaires arabes et européens, ainsi que les États-Unis, doivent assumer avec le Liban la responsabilité de soutenir l'armée et de renforcer l'État. C'est exactement le langage qui donne à la France sa fenêtre : un chef d'État libanais qui appelle un soutien multilatéral, et un Paris prêt à le structurer.

Pour le Liban, l'intérêt d'un canal qui n'est pas bilatéral

Du point de vue de l'intérêt libanais, la nuance entre réunion préparatoire et conférence importe moins que le format lui-même. Un dossier réglé seul à seul entre Washington, Israël et Beyrouth enferme le Liban dans un rapport de force où il est la partie faible. Un cadre multilatéral, arrimé à la France, à la Jordanie et à d'autres partenaires, dilue cette pression et rattache le renforcement de l'armée à une garantie internationale plutôt qu'à une exigence imposée. La souveraineté libanaise se joue aussi là : dans la capacité de l'État à reconstruire le monopole de sa force nationale avec des soutiens extérieurs, sans que ce soutien devienne une tutelle. Le 17 septembre ne réglera pas cette équation. Il indiquera seulement si la France a encore les moyens d'y peser.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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