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France–Liban· Décryptage

Université Saint-Joseph de Beyrouth : la matrice du lien franco-libanais fête ses 150 ans

Fondée en 1875 par des jésuites français, l'USJ n'est pas une simple université : c'est l'institution qui a forgé, langue après langue et diplôme après diplôme, la relation entre la France et le Liban. Cent cinquante ans plus tard, elle reste le socle vivant de la francophonie libanaise, portée à bout de bras par les Libanais eux-mêmes.

Le campus de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, rue de Damas

Eddy.dossantos2 / Wikimedia Commons, CC BY-SA

Pour comprendre ce qui lie durablement la France au Liban, il faut moins regarder les conférences diplomatiques que les amphithéâtres de la rue de Damas, à Beyrouth. C'est là, à l'Université Saint-Joseph, que s'est fabriqué depuis cent cinquante ans le lien le plus profond entre les deux pays : celui d'une langue, d'un droit et d'une élite formés en français, mais choisis et portés par les Libanais. L'USJ n'est pas un satellite culturel de Paris. C'est une institution libanaise qui a fait de la francophonie un patrimoine national, et qui l'a défendue à travers toutes les guerres du pays.

De Ghazir à Beyrouth : la naissance d'une institution

L'histoire commence bien avant le mandat français. Dès 1843, les pères jésuites installent un collège-séminaire à Ghazir, dans le Mont-Liban, destiné à former le clergé maronite local. En 1875, l'établissement est transféré à Beyrouth et prend le nom d'Université Saint-Joseph. Le pape Léon XIII lui confère le titre d'université pontificale lors de son audience du 25 février 1881. L'université est donc née sous l'Empire ottoman, à une époque où le Liban n'était pas encore sous administration française : elle précède le mandat, elle ne le suit pas.

Une alliance paradoxale au service du savoir

Le tournant décisif intervient en 1883 avec la création de l'École française de médecine de Beyrouth. Elle résulte d'une alliance a priori contre nature : d'un côté la Compagnie de Jésus, congrégation catholique ; de l'autre la IIIe République française, farouchement anticléricale sur son propre sol. Les deux unissent pourtant leurs efforts, chacune y trouvant son intérêt, pour installer un enseignement supérieur d'excellence en Méditerranée orientale. La faculté de droit suit en 1913. En quelques décennies, l'USJ devient la première faculté de droit du Liban moderne, héritière lointaine de l'École de droit romain de Beyrouth, l'une des plus anciennes du monde antique.

Un pilier qui a formé l'élite du pays

Au fil du XXe siècle, l'Université Saint-Joseph forme des générations de magistrats, de médecins, de juristes, de hauts fonctionnaires et de responsables politiques libanais. Son hôpital universitaire, l'Hôtel-Dieu de France, s'impose comme une référence médicale au Liban et au Moyen-Orient. L'université revendique aujourd'hui 13 facultés, des sciences religieuses à l'ingénierie en passant par la médecine, le droit et les lettres, ainsi que 18 instituts et écoles spécialisés, répartis sur plusieurs campus entre Beyrouth et les régions du Nord, du Sud et de la Bekaa. Elle a signé plus de 350 conventions inter-universitaires internationales et fait partie de l'Agence universitaire de la Francophonie.

La francophonie comme choix libanais

La force de l'USJ tient à un point souvent mal compris en France : sa francophonie n'est pas une survivance coloniale, c'est un choix libanais réaffirmé à chaque génération. L'université promeut un trilinguisme assumé, où le français cohabite avec l'arabe et l'anglais, et où une large majorité des étudiants manie couramment les trois langues. Pour son ancien recteur, le père Salim Daccache, qui a dirigé l'établissement jusqu'à début 2026, la formule tient en une phrase martelée lors du 150e anniversaire, en 2025 : la francophonie fait partie de ses gènes. Depuis le 5 janvier 2026, c'est le père François Boëdec qui a pris la relève au rectorat.

Résister, encore

Cet héritage n'a rien d'acquis. L'effondrement économique du Liban depuis 2019, l'appauvrissement brutal des familles, l'émigration des cerveaux et, plus récemment, la guerre entre le Hezbollah et Israël ont frappé de plein fouet le secteur universitaire. Maintenir des campus ouverts, des enseignants payés et des étudiants formés dans un pays en crise relève chaque année de l'exploit. Que l'USJ y parvienne encore, cent cinquante ans après sa fondation, dit quelque chose d'essentiel sur le lien franco-libanais : il ne se joue pas seulement dans les sommets et les communiqués, mais dans la patience d'une institution qui, année après année, refuse de laisser mourir un pont entre deux rives.

France-LibanFrancophonieÉducationHistoireBeyrouth
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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