FINUL : le compte à rebours a commencé, et le Liban ne veut pas rester seul au Sud
À moins de cinq mois de la fin programmée du mandat de la FINUL, Beyrouth mène une bataille diplomatique pour éviter un vide sécuritaire au Liban-Sud. La présidence libanaise plaide pour une prorogation, quand Human Rights Watch met en garde contre l'abandon des civils.

Irish Defence Forces / UNIFIL, via Wikimedia Commons (CC BY 2.0)
Le calendrier est désormais gravé dans une résolution. Le 31 décembre 2026, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) commencera à plier bagage, après près d'un demi-siècle de présence dans le sud du pays. Beyrouth, lui, refuse de se retrouver seul face à l'armée israélienne le long de la ligne bleue. À moins de cinq mois de l'échéance, l'État libanais a ouvert un front diplomatique pour arracher soit une prorogation du mandat, soit un dispositif de remplacement. L'enjeu n'est pas bureaucratique : il s'agit de savoir qui protégera les civils du Liban-Sud quand les casques bleus ne seront plus là.
Une échéance verrouillée par une résolution "de la dernière fois"
Déployée pour la première fois en 1978, la FINUL a vu son mandat élargi par la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en août 2006 au terme de trente-quatre jours d'hostilités entre Israël et le Hezbollah. Ce mandat lui confie la surveillance du cessez-le-feu, le signalement des violations le long de la ligne bleue, l'appui à l'armée libanaise et la protection des civils exposés à une menace imminente.
Le 28 août 2025, le Conseil de sécurité a voté à l'unanimité la résolution 2790, présentée comme une prorogation "pour la dernière fois". Le texte fixe la fin du mandat au 31 décembre 2026 et prévoit un retrait progressif étalé sur une année. Il précise que, durant ce désengagement, la force restera autorisée à contribuer à la protection des civils et à l'acheminement de l'aide humanitaire. Point capital souvent oublié : cette décision a été prise avant l'escalade de mars 2026 entre Israël et le Hezbollah, c'est-à-dire avant que la situation sécuritaire du Sud ne se dégrade brutalement.
Beyrouth joue la montre diplomatique
C'est tout le sens de l'offensive libanaise. Le 17 août 2026, selon la présidence de la République, le chef de l'État a posé sa hiérarchie des priorités sans ambiguïté. "Notre première option est de proroger le mandat de la FINUL", a-t-il déclaré, jugeant que la présence de la force onusienne contribue à maintenir les habitants sur leur terre et à stabiliser la région.
La présidence a aussi anticipé un blocage. "À défaut de prorogation, notre deuxième option consiste à adopter un dispositif garantissant le maintien de la présence des forces internationales dans le sud, dans un cadre juridique approprié, aux côtés de l'armée libanaise et en coordination avec elle", a poursuivi le chef de l'État. Traduction : si le Conseil de sécurité ne renouvelle pas, le Liban veut à tout prix conserver un filet de sécurité international, quitte à inventer un cadre de substitution.
L'ombre d'un vide sécuritaire
Cette insistance n'a rien de théorique. Le 13 août 2026, Human Rights Watch a exhorté le Conseil de sécurité à reporter le départ de la FINUL et à prolonger son mandat au-delà du 31 décembre, tant que la situation sécuritaire ne s'est pas suffisamment améliorée. "Mettre prématurément fin à la FINUL sans qu'une force internationale suffisamment robuste soit mise en place reviendrait à abandonner de fait des millions de civils libanais", a averti Louis Charbonneau, directeur du plaidoyer auprès des Nations unies au sein de l'organisation. L'ONG rappelle que les casques bleus jouent un rôle dissuasif contre les attaques visant les civils.
Le contexte humain donne la mesure de l'enjeu. Depuis l'escalade du 2 mars, les attaques israéliennes ont fait plus de 4 300 morts et plus de 12 200 blessés au Liban, selon le ministère libanais de la Santé. En juillet, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme faisait état de violations à grande échelle du droit international humanitaire, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre, et s'inquiétait de l'occupation persistante de portions du territoire du sud libanais et de l'ampleur des déplacements forcés de populations.
L'après-FINUL, un casse-tête souverain
Reste l'équation la plus difficile : que se passe-t-il si Washington, qui avait poussé en 2025 pour fixer une date de sortie en jugeant la situation "radicalement différente", bloque toute prolongation ? Human Rights Watch note que d'autres membres du Conseil de sécurité y sont favorables et que plusieurs options, relevant ou non du cadre onusien, ont été évoquées. Le débat sur un mécanisme de remplacement, sous supervision internationale et adossé à l'armée libanaise, est déjà ouvert.
Pour le Liban, la ligne est claire. Il ne s'agit pas de choisir entre souveraineté nationale et présence étrangère, mais d'éviter que le retrait d'une force internationale ne laisse le Sud sans témoin ni rempart, à la merci d'une occupation et de frappes qui n'ont pas cessé. La bataille de la FINUL est, au fond, une bataille pour que les habitants du Liban-Sud puissent rester chez eux. Les prochaines semaines, à l'approche de l'échéance de décembre, diront si Beyrouth parvient à transformer son plaidoyer en garantie concrète.

