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Le Liban abolit la peine de mort : premier pays du Moyen-Orient à franchir le pas

Le 11 août 2026, le Parlement libanais a voté l'abolition de la peine capitale. Une première régionale, saluée par la France, l'Union européenne et l'ONU, qui redonne au Liban un rôle d'exemple sur le terrain du droit.

La place de l'Étoile à Beyrouth, où siège le Parlement libanais

DIMSFIKAS / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Un pays meurtri par la guerre, l'effondrement financier et l'attente d'un retrait israélien au Sud vient de réussir une réforme que tout le reste du Moyen-Orient a refusée jusqu'ici. Le 11 août 2026, en séance plénière, le Parlement libanais a voté l'abolition de la peine de mort. Le Liban devient le premier pays de la région à effacer la peine capitale de son droit. Sur un terrain où il est trop souvent renvoyé à ses fractures, le pays offre cette fois une image inverse : celle d'une exception qui avance.

Un vote historique, une exception régionale

Le ministre de la Justice, Adel Nassar, présent dans l'hémicycle, a salué une décision "historique" pour le Liban. La loi a été adoptée à une large majorité des 128 députés. Aucun autre État du Moyen-Orient n'avait jusqu'ici aboli formellement la peine capitale : le Liban ouvre donc une voie inédite dans une région où les exécutions restent nombreuses.

La portée dépasse le seul cas libanais. Pour l'Organisation des Nations unies comme pour les organisations de défense des droits humains, un premier pas régional peut créer un précédent et un point d'appui pour les campagnes abolitionnistes ailleurs dans la zone.

Ce que change concrètement la loi

Le texte remplace la peine de mort par la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de travaux forcés. Les crimes commis avant l'entrée en vigueur de la loi, jusqu'ici passibles de la peine capitale, seront désormais punis de l'emprisonnement à perpétuité. Aucun condamné ne pourra donc plus être exécuté au nom de la loi libanaise.

Le changement a aussi une dimension de souveraineté judiciaire très concrète. Le ministre de la Justice l'a souligné : le maintien de la peine de mort empêchait jusqu'ici Beyrouth d'obtenir l'extradition de suspects réfugiés dans des pays qui ont aboli la peine capitale et refusent, par principe, de livrer une personne à un État qui pourrait la condamner à mort. En sortant du club des pays qui exécutent, le Liban se donne les moyens de récupérer des fugitifs recherchés par sa propre justice.

Un moratoire de fait depuis 2004

Dans les faits, le Liban n'avait plus procédé à la moindre exécution depuis 2004. Mais les tribunaux continuaient de prononcer des condamnations à mort, notamment pour meurtre, terrorisme ou espionnage, entretenant un couloir de la mort peuplé de dizaines de détenus. Selon Amnesty International, au moins 85 personnes s'y trouvaient encore en janvier 2026. Le vote du 11 août transforme donc un moratoire de fait, vieux de plus de vingt ans, en interdiction inscrite dans la loi.

Paris, Bruxelles et l'ONU saluent

La réaction internationale a été immédiate. Le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a salué un vote "historique et courageux". La France, qui a elle-même aboli la peine de mort en 1981 sous l'impulsion de Robert Badinter, entretient avec le Liban un lien ancien : le geste résonne d'autant plus fort dans la relation franco-libanaise.

À Bruxelles, la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a estimé que le Liban donnait "un exemple puissant pour d'autres pays du Moyen-Orient et au-delà". Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a pour sa part salué une décision "puissante et fondée sur des principes", appelant les autres États qui maintiennent la peine capitale à suivre l'exemple libanais.

Un signal pour un pays qui cherche à se relever

Le calendrier n'est pas anodin. Le Liban traverse l'une des périodes les plus dures de son histoire récente : agression israélienne au Sud, crise économique qui n'en finit pas, institutions à reconstruire. Dans ce contexte, l'abolition de la peine de mort n'efface aucune de ces épreuves. Mais elle rappelle que le pays reste capable de légiférer, de réformer et de se hisser au niveau des standards internationaux les plus exigeants en matière de droits fondamentaux. C'est, pour une fois, une première libanaise que l'on célèbre, et non une catastrophe que l'on déplore.

LibanJusticeFrance-LibanDroits humainsParlement libanais
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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