Déplacés du Liban : 863 000 rentrés chez eux, mais le Sud reste un champ de ruines
Au 12 août 2026, 863 172 déplacés libanais avaient regagné leur région d'origine, selon l'Organisation internationale pour les migrations. Un retour massif qui dit l'attachement viscéral des habitants à leur terre. Mais 351 558 personnes restent déplacées, et le retour se heurte à un mur : 1,38 milliard de dollars de destructions rien qu'au Liban-Sud, et une reconstruction que personne ne finance encore.

Roman Deckert, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Ils sont rentrés par centaines de milliers, souvent sur les gravats de leur propre maison. Au 12 août 2026, 863 172 déplacés libanais avaient regagné leur région d'origine, selon la dernière matrice de suivi des déplacements (DTM) de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), publiée le 13 août. En une semaine, le nombre de retours a encore progressé de 3 pour cent. Derrière la statistique, une réalité têtue : les Libanais du Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth veulent rentrer chez eux, coûte que coûte.
Mais le tableau a un revers. À la même date, 351 558 personnes demeuraient déplacées à l'intérieur du pays, dont 22 350 réparties dans 229 sites collectifs. Ce chiffre baisse lentement, de moins de un pour cent d'une semaine à l'autre. Ceux qui restent loin de chez eux sont souvent ceux qui n'ont plus de chez-soi où revenir.
Un retour plus rapide que la reconstruction
Le déséquilibre est le cœur du problème. Le retour des habitants va plus vite que la remise en état de leurs villages. Dans le Liban-Sud, l'évaluation des dommages aux bâtiments menée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) chiffre les destructions directes à 1,38 milliard de dollars. Le bilan matériel est vertigineux : 11 095 bâtiments entièrement détruits, touchant 17 891 logements, auxquels s'ajoutent 2 242 bâtiments partiellement endommagés et 9 311 autres légèrement atteints. Le tout a généré environ 3,1 millions de mètres cubes de gravats, soit des montagnes de béton et de ferraille à évacuer avant même de songer à rebâtir.
Ces destructions sont le produit des bombardements israéliens qui ont ravagé le Sud. Rentrer, pour beaucoup de familles, c'est planter une tente ou un préfabriqué à côté d'une maison éventrée, sans eau courante ni électricité fiable, dans l'attente d'une reconstruction qui n'a pas commencé.
Onze milliards de dollars, et pas de financement
À l'échelle du pays, la facture donne le vertige. La Banque mondiale, dans son évaluation rapide des dommages et des besoins (RDNA), estime les besoins de reconstruction et de relèvement du Liban à 11 milliards de dollars. Le coût économique global du conflit est évalué à 14 milliards de dollars, dont 6,8 milliards de dommages aux structures physiques. Le logement est le secteur le plus touché, avec 4,6 milliards de dollars de dégâts à lui seul ; le commerce, l'industrie et le tourisme cumulent 3,4 milliards de pertes supplémentaires.
Or ces besoins restent, à ce jour, largement non financés. La Banque mondiale estime que 3 à 5 milliards de dollars devront relever d'un financement public, le reste devant venir du privé. Pour un État en faillite depuis 2019, privé d'accès aux marchés et toujours en négociation avec le Fonds monétaire international, mobiliser une telle somme relève de l'impossible sans un appui international massif. Cet appui, pour l'heure, n'est pas au rendez-vous.
La résilience ne suffit pas
Le retour de plus de 860 000 personnes est un fait politique autant qu'humanitaire. Il démontre que la population du Sud n'a pas cédé à la logique du vide et de l'abandon de sa terre. C'est une victoire silencieuse, celle de l'enracinement. Mais la résilience des habitants ne remplace pas une politique de reconstruction. Sans déblaiement des gravats, sans reconstruction du logement, des écoles, des dispensaires et des réseaux d'eau et d'électricité, le retour reste suspendu, précaire, réversible.
Le suivi de l'OIM, mis à jour chaque semaine à partir d'un réseau de responsables municipaux, de mokhtars et de relais de quartier, restera dans les mois qui viennent le meilleur thermomètre de cette reconstruction. Tant que la courbe des déplacés ne s'effondre pas et que celle des retours ne se stabilise pas sur des villages effectivement remis en état, la crise du déplacement au Liban ne sera pas close. Elle sera seulement moins visible.

