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Le Liban veut devenir le couloir méditerranéen du pétrole irakien

En déplacement à Bagdad, Nawaf Salam a proposé de faire du Liban un point de passage vers la Méditerranée pour le brut irakien. Une ambition qui réactive la mémoire d'un vieil oléoduc, mais qui reste, pour l'heure, au stade des intentions.

Un pays sans production pétrolière peut-il faire de sa géographie une ressource ? C'est le pari qu'a posé Nawaf Salam le 26 juillet à Bagdad. Reçu par son homologue irakien Ali al-Zaidi à la tête d'une délégation ministérielle, le Premier ministre libanais a avancé une idée simple dans son principe, ambitieuse dans son exécution : offrir au Liban un rôle de couloir de transit et de traitement pour le pétrole irakien en route vers la Méditerranée. Une manière de transformer un handicap structurel, l'absence de ressources propres, en position stratégique.

Une visite centrée sur l'énergie

Le déplacement, d'une seule journée, a été explicitement placé sous le signe de la coopération économique. Selon le Grand Sérail, Salam a affirmé que le Liban « avance avec détermination » vers la connectivité et l'intégration stratégique avec les pays de la région, en particulier dans l'énergie, les télécommunications et le transport. Le ministre libanais de l'Énergie, Joe Saddi, faisait partie de la délégation.

Le contexte donne à cette main tendue une acuité particulière. Le regain de tensions dans le Golfe et les perturbations autour du détroit d'Ormuz ont fragilisé les débouchés traditionnels de l'Irak, deuxième producteur de l'OPEP, qui cherche à diversifier ses routes d'exportation. Bagdad négocie en parallèle la prolongation du transit par l'oléoduc Kirkouk-Ceyhan vers la Turquie et la réactivation, avec Damas, de l'axe historique Kirkouk-Baniyas. C'est dans ce jeu de tuyaux que le Liban tente de se glisser.

La mémoire d'un vieil oléoduc

L'idée n'est pas neuve : elle exhume une infrastructure oubliée. Dès 1931, une concession accordait à l'Iraq Petroleum Company le droit d'acheminer le brut de Kirkouk, à travers la Syrie, jusqu'aux installations pétrolières de Tripoli, dans le nord du Liban, pour y être exporté et raffiné. L'oléoduc Kirkouk-Baniyas, mis en service en 1952, courait sur près de 800 kilomètres depuis les champs du nord de l'Irak jusqu'au port syrien de Baniyas, avec une capacité d'environ 300 000 barils par jour et une branche irriguant Tripoli.

Cette veine a cessé de battre au gré des ruptures régionales : à l'arrêt à partir des années 1980 sur fond de discorde entre Bagdad et Damas, brièvement rouverte, puis définitivement hors service après la guerre de 2003 en Irak. Les installations de Tripoli, elles, sont depuis longtemps à l'abandon. C'est cet héritage dormant que Beyrouth et Bagdad envisagent de réanimer.

Ce que le Liban pourrait y gagner

Pour le Liban, l'intérêt est double. À court terme, l'Irak pourrait utiliser les capacités de stockage existantes, notamment à Tripoli, pour ses exportations, comme il le fait déjà en Syrie. À plus long terme, les discussions portent sur la construction d'une branche reliant la Syrie à Tripoli et sur l'éventuelle édification d'une raffinerie capable de couvrir une partie de la demande intérieure libanaise en produits raffinés.

Les retombées attendues côté libanais tiennent en trois mots : redevances, activité, emplois. Droits de transit sur le brut, relance des exportations via les installations de Tripoli, création d'emplois et sécurisation de l'approvisionnement local si une raffinerie voyait le jour. Autant de leviers pour une économie exsangue, où l'énergie reste le talon d'Achille : depuis 2021, un accord d'échange fournissait au Liban du fioul irakien contre des services, une bouée d'oxygène pour un pays rongé par les coupures d'électricité.

Un projet encore au stade des intentions

Reste à mesurer l'écart entre l'ambition et le calendrier. Les deux gouvernements ont convenu de former un comité technique conjoint, une délégation irakienne étant attendue prochainement au Liban pour étudier les modalités concrètes. Mais les responsables présents à Bagdad l'ont eux-mêmes reconnu : il s'agit, à ce stade, de déclarations d'intention, que des études techniques devront transformer en projets. La remise en état d'une infrastructure à l'abandon depuis deux décennies, sur trois pays, ne se décrète pas ; elle se compte en années.

D'autres dossiers pèsent aussi sur la relation bilatérale, à commencer par les arriérés accumulés par Beyrouth au titre des livraisons de fioul irakien, que le Liban peine à honorer. La visite du 26 juillet aura surtout valeur de signal : celui d'un Liban qui, plutôt que de subir la recomposition énergétique régionale, cherche à s'y ménager une place. L'exécution, elle, reste à écrire.

ÉconomieÉnergieLiban-IrakDiplomatie
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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