Liban-Sud : l'armée libanaise se déploie dans les « zones pilotes », premier test de l'accord avec Israël
Depuis le 21 juillet, l'armée libanaise se déploie à Zawtar al-Gharbiya, première des « zones pilotes » prévues par l'accord-cadre conclu avec Israël en juin. Un test grandeur nature, au moment même où le président Joseph Aoun est reçu à la Maison-Blanche.

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Pour la première fois depuis la fin des combats, des soldats de l'armée libanaise ont pris position dans un village du Liban-Sud au titre de l'accord-cadre conclu avec Israël. Le mardi 21 juillet au matin, les forces armées libanaises ont entamé leur déploiement à Zawtar al-Gharbiya, un bourg du caza de Nabatiyé. C'est le premier test concret, sur le terrain, d'un accord dont l'application était jusqu'ici restée largement théorique.
Ce qu'a annoncé Washington
La veille, le lundi 20 juillet, le Département d'État américain a annoncé « le début des opérations » dans des « zones pilotes » au Liban-Sud, citant trois localités : Froun, Srifa et Zawtar al-Gharbiya. Ces zones constituent la première étape d'un mécanisme négocié sous médiation américaine, censé restaurer progressivement l'autorité de l'État libanais sur le sud du pays.
Un accord signé en juin, affiné à Rome
Le déploiement découle de l'accord-cadre signé entre le Liban et Israël à Washington en juin 2026. Le sixième cycle de pourparlers directs entre les deux pays s'est achevé le 15 juillet à Rome et a été qualifié de « positif » par les parties. Un accord de principe y a été trouvé pour un déploiement par étapes, commençant par ces zones pilotes.
Le principe est le suivant : l'armée libanaise reprend le contrôle de secteurs précis du Sud, tandis qu'Israël conserve, pour l'heure, ce qu'il qualifie de « zone de sécurité ». Le retrait israélien complet reste conditionné au désarmement du Hezbollah, exigence centrale posée par Tel-Aviv.
À Zawtar, un territoire déjà éprouvé
Le choix de Zawtar al-Gharbiya résonne au-delà de la carte militaire. Ce secteur agricole du Liban-Sud compte parmi les zones où des oliviers centenaires ont été arrachés et pillés durant le conflit, privant des familles d'un patrimoine parfois transmis sur plusieurs générations. Le retour de l'armée n'y est donc pas seulement un geste de souveraineté : il concerne des villages où les terres, les récoltes et les moyens de subsistance ont été directement frappés.
Souveraineté restaurée ou statu quo gelé ?
Deux lectures s'affrontent. Pour ses partisans, le mécanisme des zones pilotes amorce un retour de l'État libanais dans une région longtemps échappée à son contrôle, et pose les jalons d'un retrait israélien. Pour ses détracteurs, il risque d'entériner une présence israélienne prolongée sous couvert de « zone de sécurité », tout en plaçant Beyrouth face à l'équation la plus explosive de sa vie politique : le désarmement du Hezbollah.
Cette question demeure le point de friction majeur. Elle divise la classe politique libanaise et conditionne la suite du calendrier. Sans avancée sur ce dossier, l'extension des zones pilotes à d'autres secteurs reste incertaine.
En parallèle, Aoun à Washington
Le déploiement coïncide avec la visite du président libanais Joseph Aoun à la Maison-Blanche, prévue ce 21 juillet. La concomitance n'a rien d'un hasard : elle donne à la séquence une portée diplomatique, Washington cherchant à afficher des résultats tangibles de sa médiation. Pour le chef de l'État libanais, l'enjeu est de traduire ces premiers pas sur le terrain en garanties politiques, sans apparaître comme le simple exécutant d'un agenda dicté de l'extérieur.
Ce qu'il faut surveiller
Les prochains jours diront si le déploiement s'étend au-delà des trois villages initiaux, si le calme s'y maintient, et surtout si un mouvement se dessine sur le dossier du désarmement. Pour l'heure, les « zones pilotes » restent ce que leur nom indique : un test. Son issue déterminera si le Liban entre dans une phase de reconquête progressive de sa souveraineté ou dans un nouveau bras de fer.
