Réforme bancaire : la commission parlementaire libanaise boucle le texte, le sort des déposants reste suspendu
Le 30 juillet 2026, la commission des Finances du Parlement a achevé l'examen du projet de loi de réforme bancaire. Une avancée décisive, mais la question du remboursement des déposants dépend encore d'un second texte et de son financement.
Après un an et demi d'atermoiements, l'une des réformes les plus attendues du Liban vient de franchir une étape décisive. Le 30 juillet 2026, la commission parlementaire des Finances et du Budget a annoncé avoir achevé l'examen du projet de loi de réforme bancaire, ne laissant qu'une annexe technique avant le passage en séance plénière. Mais derrière l'avancée procédurale se cache la vraie question, toujours ouverte : qui paiera les pertes de la crise, et comment les déposants récupéreront-ils leur argent.
Ce qu'a annoncé la commission des Finances
Réunie jeudi 30 juillet, la commission a bouclé l'examen, article par article, du texte de réforme du secteur bancaire, après un mois et demi de discussions. Selon son président, le député Ibrahim Kanaan, il ne reste plus qu'une annexe consacrée à la hiérarchie des créances, qui doit être traitée lors d'une séance finale prévue le lundi 3 août. Le rapport de la commission sera rédigé dans la foulée, avant transmission à la Chambre des députés.
Ibrahim Kanaan a insisté sur un point : la protection des déposants. Selon lui, la commission a veillé à lier ce texte à la loi sur la restitution des dépôts et à l'objectif de régularité financière, et prendra une initiative pour que le gouvernement ne tarde pas à finaliser ses propres amendements. Sa préoccupation essentielle, a-t-il déclaré, est que le projet soit assorti d'un financement permettant au déposant de récupérer ses droits et sa confiance envers l'État et le secteur bancaire.
Une réforme en plusieurs textes imbriqués
La réforme bancaire libanaise n'est pas une loi unique, mais un ensemble de textes qui se conditionnent mutuellement. Le premier pilier, la loi dite de résolution bancaire, encadre la restructuration des banques : voté par le Parlement en juillet 2025, il a été amendé par le gouvernement en Conseil des ministres au printemps 2026 pour répondre aux exigences des bailleurs internationaux.
Le second pilier est la loi sur la répartition des pertes, communément appelée loi sur le « trou financier ». Présentée par le Premier ministre Nawaf Salam, elle a été adoptée en Conseil des ministres le 26 décembre 2025, par treize voix contre neuf, avant sa transmission au Parlement. Ce texte répartit les pertes héritées de l'effondrement de 2019 entre l'État, la Banque du Liban, les banques et les déposants, tout en prévoyant une protection des dépôts inférieurs à 100 000 dollars.
Le vrai test : qui paie, et comment
C'est précisément l'annexe restante, sur la hiérarchie des créances, qui cristallise l'enjeu. Elle détermine l'ordre dans lequel les différentes catégories de créanciers et de déposants seront remboursées, donc, concrètement, qui récupère quoi et dans quel délai. Le sujet est d'autant plus sensible que des déposants continuent de manifester pour réclamer la restitution d'avoirs bloqués depuis six ans.
La loi de réforme votée en commission ne suffit pas à elle seule : le remboursement effectif dépend d'un second texte, sur la restitution des dépôts, que le gouvernement doit encore amender, et surtout d'un mécanisme de financement crédible. Sans ce couplage, l'avancée resterait largement théorique.
Pourquoi le FMI observe de près
La restructuration du secteur bancaire figure parmi les conditions posées par le Fonds monétaire international pour ouvrir la voie à un programme d'aide, aux côtés de la reconnaissance des pertes et de l'adoption d'un budget crédible. Une mission du FMI s'était rendue à Beyrouth en février 2026 pour évaluer l'état des réformes. Pour le Liban, en défaut sur sa dette depuis 2020, l'adoption de ce socle législatif est la clé d'un retour progressif dans le système financier international et d'un déblocage des financements de la reconstruction.
La prochaine échéance est donc fixée au 3 août. Si l'annexe est validée, le texte pourra rejoindre l'ordre du jour de la séance plénière, rapprochant le Liban d'un pas supplémentaire de la sortie de la plus grave crise financière de son histoire.

