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Actualité· Analyse

L'or du Liban, dernier trésor souverain au cœur du bras de fer avec le FMI

Avec près de 286,8 tonnes d'or, le Liban détient l'un des plus gros stocks de la région, protégé depuis 1986 par une loi qui le met sous clef du Parlement. À mesure que le pays négocie un programme avec le FMI, ce bas de laine redevient un enjeu stratégique : faut-il le mobiliser, et surtout comment le valoriser ?

C'est l'actif le plus discret et le plus convoité du pays. Alors que le Liban poursuit d'âpres discussions avec le Fonds monétaire international pour décrocher un programme d'aide, ses réserves d'or reviennent au centre du jeu. Près de 286,8 tonnes de métal jaune dorment dans les coffres de la Banque du Liban et à l'étranger : un trésor hérité d'un autre siècle, protégé par une loi, et devenu l'un des derniers symboles de souveraineté économique d'un État en crise. La question qui agite Beyrouth n'est pas tant de savoir s'il faut vendre cet or que de décider du rôle qu'il doit jouer dans la sortie de crise.

Un bas de laine de 286 tonnes, accumulé depuis les années 1960

Le Liban figure parmi les tout premiers détenteurs d'or de la région. Selon les données officielles compilées par le World Gold Council à partir des statistiques du FMI, la banque centrale libanaise conserve environ 286,8 tonnes d'or, soit près de 9,2 millions d'onces. Ce stock, constitué pour l'essentiel dans les années 1960, n'a pratiquement pas bougé depuis. Une partie est entreposée dans les coffres de la Banque du Liban à Beyrouth, l'autre à l'étranger, notamment auprès de la Réserve fédérale américaine.

La valeur de ce trésor, elle, a explosé. Indexée sur le cours mondial du métal, la réserve d'or a franchi 40 milliards de dollars fin 2025 d'après le bilan de la Banque du Liban, portée par la flambée des prix de l'or sur les marchés internationaux. Un contraste saisissant avec l'état des finances publiques : depuis 2019, les dépôts bancaires restent gelés, la monnaie a perdu l'essentiel de sa valeur et les réserves en devises se sont effondrées. Dans ce paysage de ruines, l'or apparaît comme le dernier actif solide, celui que la crise n'a pas emporté.

Une loi de 1986 qui met l'or sous clef du Parlement

Ce qui distingue l'or libanais d'une simple ligne comptable, c'est son statut juridique. En 1986, en pleine guerre civile, alors que la livre s'effondrait et que l'État perdait le contrôle d'une partie de ses actifs, le législateur a voté une loi (loi n° 42) dont l'article unique interdit à quiconque de disposer, directement ou indirectement, des réserves d'or placées à la Banque du Liban sans l'autorisation expresse du Parlement.

Autrement dit, ni le gouvernement, ni la banque centrale, ni un bailleur extérieur ne peut engager cet or sans un vote de loi. Ce verrou, pensé à l'origine pour protéger le patrimoine national d'un pouvoir affaibli, joue aujourd'hui un rôle inédit : il fait de la représentation nationale l'ultime arbitre du sort du trésor. Toute mobilisation de l'or supposerait donc un débat public et un vote, et non une décision technique prise en coulisses.

Pourquoi l'or ressurgit dans les négociations avec le FMI

Le Liban a sollicité un programme auprès du FMI, et les missions se succèdent à Beyrouth. En février 2026, une équipe du Fonds conduite par Ernesto Ramirez Rigo s'est rendue dans la capitale pour évaluer l'avancement des réformes. Le message de l'institution reste constant : sans reconnaissance crédible des pertes du système financier, sans restructuration bancaire et sans stratégie budgétaire soutenable, il n'y aura pas d'accord.

C'est dans cette équation que l'or refait surface. Reconstruire le système financier suppose d'identifier qui supporte les pertes et avec quels actifs. Or les réserves de la banque centrale, dont l'or constitue désormais la part la plus valorisée, sont au cœur de ce calcul. La manière dont ce métal est comptabilisé dans le bilan de la Banque du Liban n'est pas neutre : elle influe sur l'évaluation des actifs de l'institut d'émission et, en cascade, sur l'architecture de répartition des pertes en discussion avec le Fonds.

Vendre l'or ? Un faux débat, un vrai symbole

Régulièrement, des voix s'élèvent pour proposer de mobiliser une partie de ce trésor. À l'automne 2025, un plan de l'Institute of International Finance, préparé par son économiste en chef Garbis Iradian, suggérait de vendre pour 12 milliards de dollars d'or afin de participer au remboursement des dépôts gelés. L'idée est séduisante sur le papier : transformer un actif dormant en bouffée d'oxygène pour des centaines de milliers de déposants.

Mais la plupart des économistes rappellent les limites de l'exercice. L'or est un actif non liquide, dont la vente affaiblirait durablement la crédibilité monétaire du pays sans régler les causes profondes de la crise, à savoir l'absence de réformes structurelles et la question de la responsabilité des pertes. Céder le trésor pour combler un trou sans réforme reviendrait à brûler la dernière réserve de confiance. C'est aussi pourquoi le verrou de 1986 conserve tout son sens : il oblige à poser la question devant la nation, et non à solder l'or dans l'urgence.

Au fond, l'or du Liban est moins une solution qu'un test. Il mesure la capacité du pays à préserver un actif souverain tout en menant les réformes qui, seules, ouvriront la porte des financements internationaux. Le trésor est là, intact. Reste à prouver que le Liban saura le garder sans le sacrifier.

ÉconomieBanque du LibanFMIOrRéformes
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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