Riad Salamé transféré à la prison de Roumieh, sa santé sous surveillance
L'ancien gouverneur de la Banque du Liban, visé par une accusation de détournement de fonds, a été transféré samedi de l'hôpital vers la prison de Roumieh. Placé en détention et soumis à une surveillance médicale rapprochée, il alimente les tensions autour d'un dossier qui touche au cœur de l'effondrement financier libanais.

MTV Lebanon, Wikimedia Commons, CC BY 3.0
La justice libanaise a franchi un cap symbolique. Depuis le samedi 1er août 2026, Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban pendant trois décennies, est détenu à la prison de Roumieh, la plus grande du pays. Longtemps intouchable, l'homme qui a incarné la finance libanaise se retrouve derrière les barreaux, dans un dossier devenu un test pour la capacité de l'État à demander des comptes à ses élites.
Un transfert ordonné par la justice
Selon un responsable judiciaire cité par l'AFP, Riad Salamé a été admis en prison et placé parmi les détenus après une décision de justice. Il devait comparaître jeudi dans le cadre d'une plainte déposée par le nouveau gouverneur de la banque centrale, Karim Souaid, pour détournement de fonds, enrichissement illicite et blanchiment. Après avoir manqué l'audience, puis dit vouloir s'y rendre de lui-même, il a été pris d'un malaise en chemin et l'audience a été reportée. N'ayant plus été localisé aux adresses connues, il a fait l'objet d'un nouvel ordre de recherche, avant d'être retrouvé dans un hôpital hors de Beyrouth et considéré comme placé en garde à vue.
Une santé au cœur des tensions
L'état de santé de l'ancien gouverneur est désormais l'enjeu central. Les autorités assurent qu'il restera sous observation médicale étroite et qu'un transfert hospitalier interviendra si nécessaire. Une chambre équipée d'un appareil d'oxygénothérapie aurait été préparée à Roumieh, selon la chaîne MTV. Plusieurs médias libanais rapportent par ailleurs qu'il aurait fait savoir qu'il cesserait de s'alimenter et de prendre ses médicaments, une menace que ses avocats mettent en avant pour réclamer un allègement de sa détention.
Un dossier à plusieurs centaines de millions
La Banque du Liban a déclaré à l'AFP être victime d'un détournement de fonds de plusieurs centaines de millions d'euros, commis à ses dépens par son ancien gouverneur avec l'aide de personnes de son entourage. À la tête de l'institution de 1993 à juillet 2023, Riad Salamé est visé par des enquêtes au Liban et à l'étranger pour enrichissement, détournement et évasion fiscale présumés. Âgé de 76 ans, il a toujours nié tout acte répréhensible et se présente comme un bouc émissaire de l'effondrement économique amorcé en 2019.
Un test pour l'État de droit
Pour un pays dont les économies de toute une génération ont été englouties dans la crise, la manière dont la justice traite l'ancien maître de sa monnaie dépasse le cas d'un homme. C'est la crédibilité même de l'État libanais qui se joue : sa capacité à juger ses puissants sans complaisance ni acharnement, dans le respect des droits de la défense. De cette exigence dépend une part de la confiance que les Libanais et la diaspora pourront un jour rendre à leurs institutions.
- AFP
- La Libre / AFP

