Riad Salameh de nouveau devant la justice : l'étau se resserre sur l'ex-gouverneur de la Banque du Liban
L'ancien gouverneur de la Banque du Liban était attendu ce 30 juillet devant le parquet de cassation, dans une nouvelle procédure. La presse arabophone rapporte que la police judiciaire s'est présentée à son domicile pour l'y conduire de force.

MTV Lebanon / Wikimedia Commons, CC BY 3.0
Trois ans après la fin de son mandat, Riad Salameh n'en a pas fini avec la justice de son pays. L'ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL), en poste d'août 1993 à juillet 2023, était attendu ce 30 juillet 2026 devant le parquet de cassation, dans le cadre d'une des multiples procédures ouvertes contre lui. Signe que l'institution judiciaire entend faire respecter ses convocations, la presse arabophone rapporte un épisode inhabituel.
Une convocation transformée en interpellation
Selon le quotidien Annahar, la police judiciaire s'est présentée au domicile de Riad Salameh, à Safra, sur le littoral au nord de Beyrouth, pour le conduire au Palais de Justice après qu'il eut invoqué un motif médical pour se soustraire à l'audience. L'information, à ce stade rapportée par la presse libanaise, illustre le durcissement du traitement judiciaire réservé à l'ancien banquier central, longtemps considéré comme intouchable.
Un dossier parmi d'autres
L'audience du jour s'inscrit dans une plainte déposée en janvier par l'actuelle direction de la Banque du Liban, qui a engagé plusieurs actions pour récupérer des fonds et établir les responsabilités dans la gestion de l'institution. Ce n'est qu'un volet d'un ensemble tentaculaire : Riad Salameh fait l'objet d'enquêtes au Liban comme à l'étranger, notamment en France, où un mandat d'arrêt international avait été émis en 2023.
Détenu au Liban, l'ex-gouverneur avait été libéré en 2025 sous une caution d'un montant record, assortie d'une interdiction de quitter le territoire et de la possibilité, pour la justice, de le convoquer à tout moment dans ses autres affaires. La séquence de ce 30 juillet montre que cette épée de Damoclès est bien réelle.
Un test pour la crédibilité du Liban
Au-delà du cas personnel, ces poursuites engagent la crédibilité du pays. La chute de la livre et l'effondrement du système bancaire depuis 2019 ont ruiné des centaines de milliers de déposants ; établir les responsabilités dans la gestion de la BDL est une condition de la reconstruction de la confiance, interne comme internationale, et un préalable régulièrement posé dans les discussions avec les bailleurs. Que la justice libanaise poursuive elle-même son ancien gouverneur, sans se défausser sur les seules juridictions étrangères, est un signal de souveraineté judiciaire. Il ne vaudra toutefois que par ses résultats : au Liban, les procédures s'ouvrent souvent plus vite qu'elles n'aboutissent.

