Amin Maalouf, l'écrivain né à Beyrouth qui veille sur la langue française
Prix Goncourt, immortel, et depuis 2023 secrétaire perpétuel de l'Académie française : le parcours d'Amin Maalouf raconte comment un enfant de Beyrouth est devenu l'une des plus hautes autorités des lettres françaises. Une trajectoire qui incarne, mieux qu'aucun discours, le lien entre la France et le Liban.

Photo Claude Truong-Ngoc, novembre 2013, via Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Il y a une image que le Liban devrait garder en tête chaque fois qu'on lui répète qu'il n'existe plus que par ses malheurs : celle d'un enfant de Beyrouth assis, à Paris, sous la Coupole, chargé de veiller sur la langue française. Depuis le 28 septembre 2023, Amin Maalouf est secrétaire perpétuel de l'Académie française, la fonction la plus élevée de l'institution qui régit la langue de Molière. Un écrivain né au Liban, de culture arabe, à la tête de la maison la plus française qui soit. Ce n'est pas une anecdote biographique : c'est la démonstration la plus éclatante de ce que la relation entre la France et le Liban a produit de meilleur.
Du reporter de Beyrouth à l'exil parisien
Amin Maalouf naît à Beyrouth le 25 février 1949, dans une famille d'enseignants. Après des études d'économie et de sociologie, il devient reporter et couvre les grands soubresauts de son époque : la chute de la monarchie éthiopienne en septembre 1974, la dernière bataille de Saïgon au printemps 1975. Sa carrière de journaliste se dessine dans un Liban qui est alors une plaque tournante de la presse et de l'édition arabes.
Puis la guerre civile éclate. En 1976, Maalouf quitte le Liban avec sa femme et ses enfants et gagne la France. Il n'abandonne pas l'écriture pour autant : il reprend aussitôt son métier de journaliste, notamment à l'hebdomadaire Jeune Afrique, dont il devient rédacteur en chef et éditorialiste. L'exil, ici, n'est pas une parenthèse. Il devient la matière même d'une œuvre.
Une œuvre née de l'exil et des identités multiples
À partir de 1984, Amin Maalouf se consacre entièrement à l'écriture : romans, essais, livrets d'opéra. En 1993, il reçoit le prix Goncourt, la plus prestigieuse récompense littéraire française, pour Le Rocher de Tanios, un roman ancré dans la montagne libanaise du XIXe siècle. Cinq ans plus tard, en 1998, son essai Les Identités meurtrières obtient le prix européen de l'essai. Il y développe une idée devenue centrale dans son travail : personne n'a une seule appartenance, et c'est en enfermant les êtres dans une identité unique qu'on les pousse au fanatisme.
Cette pensée, un Libanais de la diaspora la comprend d'instinct. Être à la fois libanais et français, chrétien d'Orient et citoyen d'Europe, arabophone et écrivain de langue française : Maalouf a fait de cette pluralité non pas un déchirement mais une force. En 2010, l'ensemble de son œuvre lui vaut le prix Prince des Asturies des Lettres, l'une des plus hautes distinctions littéraires du monde hispanophone. Son influence dépasse largement les frontières françaises, comme le montre notre travail sur le patrimoine libanais, autre visage du rayonnement culturel du pays.
Du fauteuil 29 au secrétariat perpétuel
Le 23 juin 2011, Amin Maalouf est élu à l'Académie française au fauteuil 29, celui qu'occupait l'ethnologue Claude Lévi-Strauss, décédé en 2009. Il est reçu officiellement sous la Coupole le 14 juin 2012 par son ami et confrère Jean-Christophe Rufin. Le voilà immortel, selon le terme consacré pour les membres de l'Académie.
La consécration ultime vient douze ans plus tard. Le 28 septembre 2023, à la suite du décès d'Hélène Carrère d'Encausse, l'Académie française élit Amin Maalouf secrétaire perpétuel. La fonction est la plus importante de l'institution : le secrétaire perpétuel en est le porte-parole et le gardien, il veille au dictionnaire, préside les travaux et incarne l'Académie au quotidien. Pour la première fois, cette charge revient à un écrivain né hors de France et venu du monde arabe.
Un pont entre la France et le Liban
La trajectoire d'Amin Maalouf n'appartient pas qu'à la littérature française. Elle dit quelque chose du Liban et de sa diaspora. Elle rappelle que l'émigration libanaise, souvent née du malheur, a irrigué les cultures d'accueil au plus haut niveau. Elle rappelle aussi la profondeur du lien franco-libanais, cette francophonie qui, à Beyrouth, n'a jamais été une importation mais une seconde langue de cœur.
Quand Maalouf parle de la langue française, il ne parle pas en héritier lointain : il parle en homme qui l'a choisie, portée, enrichie, et qui la défend aujourd'hui depuis le sommet de l'institution. C'est aussi cela, la diaspora libanaise en France : non pas une communauté à la marge, mais des femmes et des hommes qui façonnent, en profondeur, la vie intellectuelle du pays. Un fil que l'on retrouve chez tous ces Libanais de France qui font vivre le lien entre les deux rives.
Questions fréquentes
Qui est Amin Maalouf ?
Amin Maalouf est un écrivain franco-libanais né à Beyrouth le 25 février 1949. Ancien journaliste, il est l'auteur de romans et d'essais, prix Goncourt 1993 pour Le Rocher de Tanios. Membre de l'Académie française depuis 2011, il en est le secrétaire perpétuel depuis 2023.
Quand Amin Maalouf est-il devenu secrétaire perpétuel de l'Académie française ?
Amin Maalouf a été élu secrétaire perpétuel de l'Académie française le 28 septembre 2023, en remplacement d'Hélène Carrère d'Encausse, décédée le 5 août de la même année.
Quels sont les livres les plus connus d'Amin Maalouf ?
Parmi ses œuvres les plus connues figurent Le Rocher de Tanios, roman qui lui a valu le prix Goncourt en 1993, et l'essai Les Identités meurtrières, publié en 1998 et récompensé par le prix européen de l'essai.
Amin Maalouf est-il libanais ou français ?
Amin Maalouf est franco-libanais. Né au Liban en 1949, il s'est installé en France en 1976 au début de la guerre civile libanaise, tout en revendiquant la pluralité de ses appartenances.

