Le cèdre du Liban, un emblème national menacé de disparition
Gravé sur le drapeau et cité depuis l'Antiquité, le cèdre ne subsiste plus qu'en quelques îlots protégés en altitude. Réchauffement climatique et insecte défoliateur menacent aujourd'hui l'arbre qui incarne le pays.

BlingBling10 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Il est sur le drapeau, sur les timbres, sur les billets et jusque sur les maillots de l'équipe nationale. Aucun symbole ne résume mieux le Liban que le cèdre. Pourtant, l'arbre qui donne au pays son emblème et une part de son imaginaire ne couvre plus aujourd'hui qu'une fraction infime de son territoire, réduit à quelques bosquets protégés en altitude. Emblème d'éternité, le cèdre est devenu un patrimoine vulnérable, pris en étau entre le réchauffement climatique et un insecte ravageur.
Un arbre au coeur de l'identité libanaise
Le cèdre du Liban, Cedrus libani, pousse dans l'étage montagnard du Mont-Liban, à partir de 1 500 mètres d'altitude. Il peut atteindre une quarantaine de mètres de hauteur et vivre plus de deux millénaires, les troncs les plus massifs correspondant à un âge estimé à 2 500 ans. Sa longévité et sa stature en ont fait, très tôt, un symbole de force et de sainteté.
Le bois de cèdre a nourri les grandes civilisations de la région. Les Phéniciens en construisaient leurs navires ; selon la tradition biblique, le roi Salomon en fit venir pour la charpente du Temple de Jérusalem. L'arbre est cité 103 fois dans la Bible, selon l'UNESCO, et il est vénéré dans les trois grandes religions monothéistes. Cette charge symbolique a valu au cèdre de figurer au centre du drapeau adopté à l'indépendance, en 1943.
Des forêts millénaires réduites à des îlots
Les cèdres recouvraient jadis de larges pans des montagnes libanaises. Des siècles de surexploitation, de coupes et de défrichement les ont réduits à des peuplements dispersés. Le plus célèbre est la forêt des Cèdres de Dieu (Horsh Arz el-Rab), au-dessus de Bcharré, au pied du mont Makmel. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998, avec la vallée sainte de la Qadisha qui lui est contiguë, elle est décrite par l'organisation comme l'un des derniers vestiges des forêts antiques et l'un des rares sites où le Cedrus libani pousse encore à l'état naturel.
Cette cédraie historique ne compte plus que quelques centaines d'arbres, dont une poignée de spécimens plusieurs fois millénaires. C'est dans ce paysage, au village de Bcharré, qu'est né l'écrivain Khalil Gibran. D'autres foyers subsistent : la réserve du Chouf, sur le mont Barouk, la plus étendue du pays, classée réserve de biosphère par l'UNESCO en 2005 ; la cédraie de Tannourine, au Liban-Nord, entre 1 600 et 1 850 mètres d'altitude ; ou encore le bosquet de Jaj, dans la région de Byblos.
Le climat et un insecte, la double menace
La survie du cèdre se joue désormais sur deux fronts. Le premier est climatique. Le bassin méditerranéen se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale, et la hausse des températures repousse vers le haut l'altitude à laquelle l'arbre peut se régénérer. Les sécheresses prolongées fragilisent les jeunes semis, tandis que les incendies gagnent en intensité.
Le second front est biologique. Depuis les années 1990, un insecte défoliateur, Cephalcia tannourinensis, décrit pour la première fois en 2002, s'attaque aux bourgeons des cèdres. La cédraie de Tannourine a été la plus durement frappée. D'après l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), des campagnes de traitement ont été menées à partir de 1999 pour enrayer les foyers, l'infestation menaçant l'ensemble des forêts de cèdres du pays et de la région. En adoucissant les hivers, le réchauffement favorise la prolifération de ce ravageur autrefois contenu.
Une cause nationale, un lien pour la diaspora
Face à ce déclin, la protection du cèdre s'est muée en cause nationale. Les principales cédraies sont aujourd'hui classées en réserves, la coupe y est interdite, et des programmes de reboisement tentent de reconstituer les peuplements sur les versants dénudés. L'espèce reste néanmoins classée vulnérable sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Pour la diaspora, l'enjeu dépasse la botanique. Planter un cèdre, parrainer un hectare de forêt ou soutenir une réserve est devenu, pour beaucoup de Libanais de l'étranger, une façon concrète de garder un lien avec le pays d'origine. L'arbre qui a traversé les millénaires est aussi celui autour duquel se noue, aujourd'hui, une part de la mémoire collective libanaise, du Mont-Liban jusqu'à Paris.

