Notre-Dame du Liban à Harissa : la Vierge de bronze qui veille sur Beyrouth
Perchée à 650 mètres au-dessus de Jounieh, la statue de Notre-Dame du Liban est devenue, en un peu plus d'un siècle, l'un des rares symboles que se partagent tous les Libanais. En ce jour d'Assomption, retour sur un sanctuaire qui dépasse largement la seule dévotion mariale.
Photo Swmehanna, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Il est peu de lieux au Liban qui rassemblent, sans qu'on ait à le décréter, des visiteurs de toutes les confessions. Harissa en fait partie. En ce 15 août, jour de l'Assomption et jour férié dans le pays, la colline qui domine la baie de Jounieh se remplit de pèlerins et de promeneurs venus lever les yeux vers une silhouette blanche visible à des kilomètres à la ronde : la statue de Notre-Dame du Liban, bras ouverts vers Beyrouth. Derrière la carte postale, il y a une histoire de plus d'un siècle et un symbole qui a fini par appartenir à tout le pays.
Une Vierge de bronze tournée vers la capitale
La statue est née d'un anniversaire religieux : le cinquantenaire de la proclamation, en 1854, du dogme de l'Immaculée Conception. Le chantier commence au début du XXe siècle sur le rocher de Harissa, dans le Kesrouan, à une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth. L'oeuvre sort des ateliers de la fonderie française Durenne : une Vierge de bronze peinte en blanc, haute de 8,5 mètres pour environ cinq mètres de diamètre, d'un poids de quinze tonnes. Acheminée par pièces à l'été 1906, elle est dressée sur un socle en spirale d'une vingtaine de mètres, gravi par une centaine de marches, dont la base abrite une chapelle. Les bras de la statue s'ouvrent vers Beyrouth, la capitale alors en plein essor.
L'inauguration a lieu le 3 mai 1908, présidée par le patriarche maronite Élias Hoyek, en présence des autorités du pays et d'une foule venue de toutes les régions. Depuis, la fête de Notre-Dame du Liban est célébrée le premier dimanche de mai, et la Vierge est vénérée comme patronne et protectrice du pays.
De la chapelle de 1908 à la basilique de béton et de verre
Le site que l'on visite aujourd'hui superpose en réalité deux âges. Le premier, c'est la chapelle originelle de 1908, coiffée de la statue. Le second, c'est une vaste église moderne, en béton et en verre, construite au pied du monument. Sa première pierre est posée un 15 août, jour de l'Assomption, en 1970, sous le patriarcat de Boulos Méouchi. Achevée dans les années qui suivent, elle sera élevée au rang de basilique mineure. Deux architectures, deux époques, une même adresse : Harissa condense un siècle d'histoire religieuse libanaise sur quelques centaines de mètres.
Un téléphérique, un panorama, un pèlerinage
Ce qui a transformé Harissa en destination de masse, c'est autant la foi que l'ingénierie. Mis en service en 1965, le téléphérique de Jounieh hisse les visiteurs jusqu'au sommet du rocher en une douzaine de minutes, offrant en chemin l'un des plus beaux panoramas du littoral libanais. Beaucoup montent encore à pied, en pèlerinage, notamment au mois de mai traditionnellement consacré à Marie. Le sanctuaire est aujourd'hui le lieu de pèlerinage le plus fréquenté du pays, et chaque année des milliers de visiteurs, chrétiens comme musulmans, y viennent pour la spiritualité, la vue ou le simple calme des lieux.
Deux papes, un symbole national
La portée de Harissa dépasse les frontières du Liban. En mai 1997, Jean-Paul II s'y adresse à la jeunesse libanaise, dans un pays qui sort à peine de quinze ans de guerre. Le 14 septembre 2012, Benoît XVI y signe, à la basilique Saint-Paul de Harissa, l'exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente, adressée aux chrétiens de tout le Proche-Orient. Deux visites qui ont fait de la colline un point d'ancrage de la présence chrétienne dans la région.
Mais l'essentiel se joue peut-être à une autre échelle. Dans un pays morcelé par les appartenances, où chaque communauté a ses hauts lieux, Harissa est l'un des rares repères que revendiquent, à leur manière, des Libanais de toutes origines. La Vierge aux bras ouverts n'appartient pas seulement à ceux qui prient devant elle : elle est devenue, au fil d'un siècle, une part du paysage national et de la fierté partagée du Liban.


