Départ de la FINUL : le Sud perd son deuxième employeur, et personne n'a préparé l'après
Le 31 décembre 2026, la FINUL cesse ses opérations après quarante-huit ans de présence. Au Liban-Sud, on a longuement débattu du vide sécuritaire. On a oublié l'autre choc : la mission onusienne est, selon son ancien porte-parole, le deuxième acteur économique de la région après l'État. Son retrait emporte des centaines d'emplois directs et un tissu de petits commerces que rien, pour l'instant, ne vient remplacer.

Irish Defence Forces / Flickr, CC BY 2.0
Le compte à rebours est lancé. Le 31 décembre 2026, la Force intérimaire des Nations unies au Liban cesse ses opérations, après quarante-huit ans de présence ininterrompue dans le sud du pays. Le débat public libanais s'est concentré, à juste titre, sur le vide sécuritaire : qui surveillera la Ligne bleue, qui documentera les violations, qui servira de canal de communication entre Beyrouth et l'autre côté de la frontière ? Mais une seconde onde de choc, plus silencieuse, se prépare. La FINUL n'est pas seulement un dispositif militaire. Elle est, depuis des décennies, l'un des moteurs économiques d'une région que l'État a trop souvent laissée à elle-même. Son départ va retirer au Liban-Sud un pilier financier que rien n'a été pensé pour remplacer.
Une résolution qui scelle la fin
Le cadre est posé noir sur blanc. Le 28 août 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité la résolution 2790, qui renouvelle le mandat de la FINUL une dernière fois jusqu'au 31 décembre 2026, puis organise un retrait ordonné des casques bleus étalé sur l'année 2027. Après cette date, la mission se consacrera au rapatriement de ses personnels et de ses équipements et au transfert de ses positions aux autorités libanaises.
Beyrouth a plaidé, en vain, pour une prolongation. Le président Joseph Aoun et le président de la Chambre Nabih Berri ont tous deux mis en garde contre un retrait avant la pleine application de la résolution 1701. Côté libanais, on redoute un vide. Mais ce vide n'est pas que stratégique : il est aussi économique, et c'est la dimension la moins discutée.
Le deuxième employeur du Sud
Le chiffre a de quoi surprendre qui n'a jamais vécu dans la région. L'ancien porte-parole de la FINUL, Andrea Tenenti, en poste pendant près de vingt ans, résume la situation d'une formule : la mission a longtemps été le deuxième employeur et contributeur économique du Liban-Sud, derrière le seul État libanais. Son empreinte, ajoute-t-il, dépasse de loin ses seuls salariés directs : elle irrigue tout un réseau de fournisseurs, de commerçants et de prestataires locaux.
Les effectifs civils libanais de la mission varient selon les sources et les dates. La porte-parole Kandice Ardiel évoque environ 400 employés nationaux ; un rapport du secrétaire général de l'ONU cité en juin 2026 en dénombrait 600. Le chercheur Mohammad Chamseddine rappelle que ce personnel local comptait auparavant quelque 1 200 personnes. Dans tous les cas, il s'agit, dans le Sud, d'emplois stables, déclarés et payés en devises, denrée rarissime dans un pays dont la monnaie s'est effondrée depuis 2019.
Jusqu'à 22 millions de dollars de salaires qui s'évaporent
L'addition est concrète. L'économiste Jassem Ajaka estime qu'avec le départ de la mission, ce sont entre 15 et 22 millions de dollars de salaires annuels versés à des employés libanais qui vont disparaître. Et ce montant ne couvre que la masse salariale directe. Autour des bases, à Naqoura comme dans les villages du Sud, s'est tissé un écosystème entier : restaurants, ateliers de souvenirs, loueurs, commerces d'alimentation, services de transport et de logement. Toute une économie de proximité s'est adossée à la présence des casques bleus. Quand la mission plie bagage, cette clientèle solvable disparaît d'un coup.
Dans un pays où le Liban-Sud cumule déjà les fragilités, exposition aux frappes, destructions, déplacements de populations, effondrement des services publics, ce retrait économique frappe la région la moins armée pour l'encaisser. Là où l'État est le plus absent, c'est une institution internationale qui tenait lieu, de fait, d'amortisseur social.
Le transfert sécuritaire a éclipsé la transition économique
Tout l'effort diplomatique et militaire s'est porté, ces derniers mois, sur la montée en puissance de l'armée libanaise appelée à reprendre les positions de la FINUL, sur le financement de cette armée et sur les garanties de sécurité. C'est légitime. Mais aucun plan équivalent n'existe, à ce stade, pour absorber le choc économique. Les centaines de familles qui vivent, directement ou indirectement, de la mission ne figurent dans aucune feuille de route de reconstruction.
C'est pourtant là que se joue une part de l'avenir du Sud. Une région privée à la fois de sa sécurité collective et de son principal apport de devises risque de voir s'accélérer ce que le Liban connaît déjà trop bien : le départ des bras valides, l'exil, le dépeuplement des villages frontaliers. Défendre le Liban-Sud, ce n'est pas seulement y déployer des soldats. C'est aussi penser, dès maintenant, comment on remplace un employeur qui s'en va, pour que la frontière ne se vide pas de ses habitants en même temps qu'elle se vide de ses casques bleus.
La fin de la FINUL était annoncée de longue date. Le temps restant devrait servir à préparer les deux transitions, la sécuritaire et l'économique. Pour l'heure, une seule est sur la table.

