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Vingt-six mois de vide : comment un général sans camp a débloqué Baabda

Entre octobre 2022 et janvier 2025, le Liban est resté sans président. Il a fallu treize tours bloqués, une guerre et la pression de cinq pays pour qu'un général sans étiquette, Joseph Aoun, brise enfin le blocage et entre au palais de Baabda.

Le président libanais Joseph Aoun lors d'une rencontre diplomatique en septembre 2025.

U.S. Department of State / Wikimedia Commons (domaine public)

Dernier volet de notre dossier sur le président libanais, après le portrait d'ensemble, la victoire de Fajr al-Joroud et l'armée tenue pendant l'effondrement.

Le 31 octobre 2022, le mandat de Michel Aoun s'achève sans successeur désigné. Le Liban entre alors dans l'une des plus longues vacances présidentielles de son histoire. Pendant plus de deux ans, la magistrature suprême de l'État reste vide, et le pays fonctionne au ralenti, sous un gouvernement démissionnaire chargé des affaires courantes. La Constitution prévoit que le Parlement élise le président ; encore faut-il qu'il y parvienne.

Un blocage à répétition

Le scénario se répète séance après séance. Faute d'un candidat capable de réunir la majorité requise, les blocs parlementaires se neutralisent. Beaucoup de députés quittent l'hémicycle après le premier tour, privant la Chambre du quorum nécessaire pour aller plus loin. Treize tours échouent ainsi entre 2022 et 2025. À ce blocage institutionnel s'ajoute, à partir de 2023, la guerre entre Israël et le Hezbollah, qui gèle un peu plus toute perspective de compromis. Le pays s'enfonce, sans tête.

La pression du Quintette

Le déblocage viendra en partie de l'extérieur. Un groupe de cinq pays, le Quintette, réunissant les États-Unis, la France, l'Arabie saoudite, l'Égypte et le Qatar, se constitue pour presser les Libanais de sortir de l'impasse. Le nom de Joseph Aoun, commandant de l'armée, circule depuis 2022 : il avait été évoqué dès l'été de cette année-là par le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, comme un successeur crédible. Peu à peu, la plupart des acteurs régionaux et internationaux se rallient à l'idée d'un militaire consensuel, sans passé partisan, capable de rassurer à la fois l'intérieur et les partenaires du Liban.

Le quatorzième tour

Le 9 janvier 2025, la Chambre des députés se réunit dans une atmosphère différente : cette fois, un accord semble possible. Au terme du processus entamé plus de deux ans plus tôt, Joseph Aoun est élu président de la République au quatorzième tour, par 99 voix sur 128. Il devient le cinquième commandant de l'armée à accéder à la présidence, après Fouad Chéhab, Émile Lahoud, Michel Sleiman et Michel Aoun. Le vide institutionnel prend fin.

Dans son discours d'investiture, prononcé le jour même, il fixe un cap sans ambiguïté : consacrer le droit de l'État à détenir seul les armes, et respecter la trêve conclue fin novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah. Quatre jours plus tard, il désigne le juriste Nawaf Salam comme Premier ministre.

Pourquoi lui

Si Joseph Aoun a débloqué Baabda, c'est justement parce qu'il n'appartenait à personne. Dans un système où chaque candidat traîne le poids d'un camp, son absence d'attaches partisanes est devenue un atout décisif : il ne menaçait aucun équilibre, ne devait son ascension à aucune faction, et pouvait donc être accepté par des forces qui se combattaient sur tout le reste. Cette neutralité, forgée dans une carrière militaire tout entière tournée vers l'institution, explique son élection. Elle est aussi, désormais, le défi de sa présidence : transformer une légitimité de consensus en capacité d'action, au service d'un État libanais souverain.

Joseph AounPrésidenceInstitutions
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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