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Fajr al-Joroud : la bataille qui a fait la stature de Joseph Aoun

En août 2017, cinq mois après avoir pris la tête de l'armée, Joseph Aoun lance l'offensive qui déloge l'État islamique des hauteurs arides de la frontière syrienne. Une victoire militaire nette, rare dans l'histoire récente du pays, qui rend à l'armée libanaise son prestige et installe son nouveau chef.

Le général Joseph Aoun, commandant de l'armée libanaise, lors d'une cérémonie militaire.

Arlington National Cemetery / Wikimedia Commons (domaine public)

Ce décryptage fait partie de notre dossier sur le président libanais. Pour l'ensemble du parcours, lire le portrait de Joseph Aoun, le soldat devenu président.

Quand Joseph Aoun prend le commandement des Forces armées libanaises le 8 mars 2017, l'institution sort d'années difficiles. Les groupes jihadistes, l'État islamique comme le Front al-Nosra, se sont infiltrés depuis la Syrie voisine et tiennent des positions dans les jroud, ces hauteurs arides et quasi désertiques de la frontière nord-est, autour de Ras Baalbek et d'Al-Qaa. La menace n'est pas théorique : en 2014, la région de Ersal avait déjà été le théâtre d'affrontements et d'enlèvements de soldats libanais. L'armée a des comptes à régler et une réputation à restaurer.

Une offensive préparée, pas improvisée

Le nouveau commandant prend le temps de préparer. Plutôt que de se lancer dans une opération précipitée, l'armée resserre son dispositif autour des poches jihadistes durant l'été 2017. Le 19 août, l'offensive est déclenchée : c'est l'opération Fajr al-Joroud, l'Aube des collines. Les troupes libanaises attaquent les positions de l'État islamique dans les hauteurs, appuyées par l'artillerie et les unités spéciales, pour reprendre un terrain difficile où l'ennemi s'était enterré.

L'opération est conduite au nom d'un principe que Joseph Aoun ne cessera de mettre en avant : c'est l'armée régulière, et elle seule, qui doit assurer la défense du territoire libanais. Sur le versant libanais de la frontière, l'offensive est une affaire de l'État, menée par ses soldats.

Une victoire qui restaure l'institution

Militairement, Fajr al-Joroud est un succès. Les combattants sont délogés de leurs bastions et la frontière nord-est est reprise en main. Pour une armée qui a traversé la guerre civile, les occupations et l'effacement de l'État, cette victoire a une portée qui dépasse le champ de bataille : elle prouve que l'institution militaire tient encore debout, qu'elle peut vaincre, et qu'elle reste l'un des rares symboles d'unité nationale dans un pays fracturé.

Pour Joseph Aoun, l'effet est immédiat. À peine installé, il apparaît comme le chef qui a rendu à l'armée sa fierté. Cette image de commandant efficace et discret, étranger aux jeux partisans, va s'ancrer dans l'opinion. Elle constituera, des années plus tard, le socle de sa candidature à la présidence.

Le socle d'une légitimité

La bataille de 2017 n'est pas qu'un épisode militaire. Elle inaugure la manière Aoun : préparer, agir au nom de l'État, laisser les résultats parler. Dans un système politique où chaque responsable est adossé à une communauté ou à un parti, lui bâtit une légitimité d'un autre type, fondée sur la fonction et sur l'institution. C'est cette autorité neutre, née dans les jroud, qui fera de lui, en janvier 2025, un président de consensus.

La suite de son parcours de chef d'armée sera pourtant plus rude encore que le combat : non pas une bataille, mais l'effondrement économique qui menace de dissoudre l'armée de l'intérieur. C'est l'objet du deuxième volet de notre dossier.

Joseph AounArmée libanaiseSécurité
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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