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Loi sur les médias : après seize ans, le Liban modernise sa presse sans achever la réforme

Adoptée le 11 août 2026, la nouvelle loi libanaise sur les médias enterre des textes de 1962 et 1994 et apporte des garanties réelles aux journalistes. Mais un délit flou de fausses nouvelles laisse subsister une menace pénale que dénoncent Amnesty International, la Fédération internationale des journalistes et le syndicat libanais.

La place de l'Étoile à Beyrouth, où siège le Parlement libanais

Robysan / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Le Liban vient de tourner une page vieille de plus de soixante ans. Le 11 août 2026, le Parlement a adopté une nouvelle loi sur les médias qui remplace des textes hérités de 1962 et 1994, au terme d'un chantier législatif de près de seize ans. Publié au Journal officiel le 3 septembre, le texte apporte des garanties longtemps réclamées par les journalistes libanais. Mais il conserve une disposition pénale contestée sur les fausses nouvelles, si bien que la réforme la plus attendue de la presse libanaise reste, pour ses défenseurs, à moitié faite.

Ce que la loi change vraiment

Les avancées sont concrètes et documentées. Le nouveau cadre supprime la détention préventive pour les infractions commises par voie de presse et par les moyens électroniques, quel que soit le statut ou la profession de la personne poursuivie. Il retire aux tribunaux militaires toute compétence sur les affaires d'expression relevant de la loi, une revendication ancienne des organisations de défense des journalistes, qui documentaient jusqu'ici des poursuites militaires contre des civils pour des propos tenus publiquement.

Le texte protège aussi le secret des sources en encadrant strictement les mesures de surveillance, de perquisition et de saisie susceptibles de révéler l'identité d'un informateur, sauf circonstances définies et sous contrôle judiciaire. Il garantit l'indépendance éditoriale, protège les rédactions contre les pressions et les représailles, et consacre le droit des journalistes à se syndiquer. Pour la première fois, les médias en ligne entrent dans le cadre légal, aux côtés de la presse écrite, de la télévision et de la radio. Une Autorité nationale des médias, dotée d'une indépendance administrative, est créée pour réguler le secteur, et la transparence sur la propriété et le financement des médias est renforcée.

L'article 104, la faille que dénoncent les journalistes

Le point de crispation porte un numéro : l'article 104. Il maintient un délit pénal de publication de fausses nouvelles, assorti de peines de prison et d'amendes pour la fabrication délibérée d'informations trompeuses et la diffusion de nouvelles fausses et nuisibles. Pour ses opposants, la formulation est trop vague pour offrir la moindre sécurité juridique.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) réclame la révision de cette disposition, estimant qu'elle pourrait servir à poursuivre des journalistes pour leur travail ou pour l'expression d'une opinion. Son secrétaire général, Anthony Bellanger, dit craindre qu'une définition ambiguë des fausses nouvelles ne soit utilisée par les détenteurs du pouvoir pour restreindre la liberté des médias et faire taire le journalisme indépendant. La présidente de l'Union des journalistes du Liban, Elsy Mufarrej, salue une avancée majeure après seize ans de travail, tout en prévenant que le processus de réforme n'est pas terminé et qu'une loi doit protéger la liberté de la presse, non servir d'outil pour la restreindre.

Amnesty International fait le même constat. L'organisation relève que le Parlement a manqué l'occasion de traiter d'autres menaces, en conservant dans le Code pénal des peines de prison pour des propos protégés, comme l'insulte ou la diffamation visant des États étrangers, et en créant ce nouveau délit de fausses nouvelles qui, selon elle, n'a pas d'équivalent reconnu en droit international. Sa chargée de campagne pour le Liban, Reina Wehbi, avertit que ces dispositions pourraient annuler les progrès obtenus vers la dépénalisation, fruit de longues négociations parlementaires.

Une presse plurielle, atout et talon d'Achille du Liban

L'enjeu dépasse la technique juridique. Le Liban conserve, à l'échelle de la région, un espace médiatique rare par sa pluralité et sa vitalité. C'est un actif démocratique et un élément d'attractivité pour un pays qui compte peu d'autres ressources que son capital humain et sa diaspora. Mais ce paysage reste, selon Reporters sans frontières, largement contrôlé par une poignée d'acteurs liés à des partis politiques ou à des dynasties locales, une concentration qui fragilise l'indépendance réelle des rédactions.

Moderniser la loi, encadrer le numérique, retirer les journalistes de la justice militaire et protéger leurs sources va donc dans le sens de l'intérêt national : une presse solide et crédible est un rempart pour un État qui se reconstruit et qui a besoin d'institutions surveillées. À l'inverse, un délit flou de fausses nouvelles peut se retourner contre cette même presse au premier moment de tension.

Pourquoi la réforme n'est pas terminée

Les organisations qui ont porté ce combat parlent d'un pas en avant, pas d'un aboutissement. Leur feuille de route est claire : abroger le délit de fausses nouvelles, dépénaliser entièrement la diffamation et supprimer les délits d'insulte encore inscrits dans le Code pénal. Tant que ces dispositions demeurent, elles pourront être invoquées pour convoquer, enquêter ou poursuivre ceux qui écrivent sur des sujets sensibles ou critiquent des acteurs puissants.

La nouvelle loi ne règle pas non plus tout : elle gouverne l'expression diffusée par les médias et les plateformes en ligne, mais ses protections ne s'étendent pas automatiquement aux autres contextes où s'exerce la liberté d'expression. Le Liban a donc franchi une étape décisive après seize ans d'attente. Il lui reste à la rendre irréversible.

Liberté de la presseMédiasDroits humainsLiban
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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