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Liban-Sud : la reconstruction se heurte à une bombe à retardement environnementale

Dans une tribune publiée par Le Monde, l'hydrogéologue libanais Ahmad El-Hajj met en garde : plus de la moitié de la zone détruite par l'armée israélienne au Liban-Sud est vulnérable à la contamination des sols et de l'eau. Reconstruire sans évaluation environnementale préalable, c'est risquer de rebâtir sur une terre empoisonnée.

Oliveraie au Liban

Infomasterram, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

La question paraît technique ; elle est en réalité vitale. Avant de savoir comment reconstruire le Liban-Sud, il faut se demander si la terre elle-même sera encore capable d'accueillir ses habitants. C'est l'avertissement lancé par l'hydrogéologue libanais Ahmad El-Hajj, dans une tribune publiée par Le Monde : plus de la moitié de la zone détruite par l'armée israélienne serait vulnérable à la contamination des sols et des nappes d'eau par les polluants liés à la guerre. Sans évaluation environnementale préalable, prévient-il, la reconstruction risque de rebâtir sur un sol empoisonné.

Une « zone de guerre » de 524 kilomètres carrés

Le chercheur circonscrit d'abord le périmètre. La « zone occupée », où les forces israéliennes sont de nouveau présentes depuis la reprise des combats, couvre 464,92 kilomètres carrés et 63 villages, où vivaient quelque 156 160 personnes. Une « zone adjacente » de 59,10 kilomètres carrés et 12 villages abritait environ 34 700 habitants. Au total, cette « zone de guerre » s'étend sur 524,02 kilomètres carrés et 75 villages, soit près de 190 860 résidents permanents avant le conflit, l'équivalent d'environ 5 % du territoire libanais.

Près de 70 000 logements rasés

L'ampleur des destructions donne la mesure du défi. En croisant données municipales et images satellitaires avant et après la guerre, la base de données établie par l'expert recensait, au 18 août, la destruction totale de 66 956 logements dans la zone occupée et de 2 500 dans la zone adjacente, auxquels s'ajoutent 12 239 et 325 unités commerciales ou industrielles. À l'échelle de l'ensemble des villages, cela représente environ 78 % des logements et 85 % des locaux non résidentiels détruits, tandis que 93,5 % de la population a été déplacée.

Ces chiffres, aussi lourds soient-ils, ne disent pas tout, souligne Ahmad El-Hajj. Derrière chaque maison rasée, il y avait un réseau d'eau, un puits ou un réservoir, une route, un champ ou un verger. Et sous ces infrastructures, un sol dont les propriétés déterminent la circulation de l'eau et le devenir des substances qui l'atteignent.

Le vrai danger est sous les décombres

C'est là que se noue l'alerte principale. Les gravats d'une guerre moderne ne sont pas des débris inertes : ils concentrent métaux lourds, résidus d'explosifs, amiante, hydrocarbures et poussières fines. Lessivés par les pluies, ces polluants peuvent migrer vers les sols et les nappes phréatiques. Or, selon l'hydrogéologue, plus de la moitié de la zone détruite présente une vulnérabilité géologique et hydrologique élevée à cette contamination. Dans un territoire où l'eau souterraine irrigue les cultures et alimente les villages, une pollution diffuse ne se répare pas en quelques saisons.

Une terre nourricière, pas seulement des ruines

Le Liban-Sud détruit n'est pas qu'un paysage de gravats : c'est un espace productif. D'après les données d'occupation des sols de 2017 citées par l'expert, environ 38 % de la superficie, soit près de 199 kilomètres carrés, étaient agricoles, dont quelque 3 873 hectares d'oliveraies ; les forêts en couvraient encore 21,3 %. Le déplacement prive donc les habitants non seulement d'un toit, mais de l'accès à la terre, à l'eau et à des revenus souvent transmis de génération en génération. Pour une région où l'olivier est à la fois économie et patrimoine, la contamination des sols menace un héritage plusieurs fois centenaire.

Évaluer avant de reconstruire

La conclusion d'Ahmad El-Hajj est un principe de méthode, pas un slogan : on ne peut pas reconstruire à l'aveugle. Cartographier la contamination, tester les sols et les eaux, hiérarchiser les zones à dépolluer avant de rebâtir, voilà la condition d'un retour durable des 190 000 habitants du Sud. L'enjeu est aussi de souveraineté : c'est à l'État libanais et à ses partenaires, non à l'occupant, qu'il revient de garantir que la terre rendue aux siens soit une terre vivable. Faute de quoi, la reconstruction la plus rapide se retournerait, à terme, contre ceux qu'elle prétend abriter.

Liban-SudReconstructionEnvironnementSouveraineté
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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