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Les transferts de la diaspora, colonne vertébrale de l'économie libanaise

En 2023, l'argent envoyé par les Libanais de l'étranger a représenté un tiers du produit intérieur brut du pays, selon la Banque mondiale. Un record mondial qui raconte moins la générosité de la diaspora que l'effacement de l'économie officielle.

Billet de 1000 livres libanaises

Grachifan / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Il existe un chiffre qui, à lui seul, résume l'état de l'économie libanaise mieux que n'importe quel discours officiel : 33,3 %. C'est la part du produit intérieur brut que représentaient, en 2023, les transferts de fonds envoyés au Liban par ses ressortissants installés à l'étranger, selon les données de la Banque mondiale. Autrement dit, un tiers de la richesse mesurée du pays n'est pas produit au Liban : il y est envoyé, depuis Paris, Dubaï, Abidjan, São Paulo ou Sydney. Aucune politique publique, aucun investissement étranger, aucun secteur productif ne pèse aujourd'hui autant que la fidélité de la diaspora.

Un tiers du PIB : le chiffre qui dit tout

En valeur absolue, le Liban a reçu 6,7 milliards de dollars de transferts en 2023, d'après la Banque mondiale. Rapporté à la taille de l'économie, ce montant place le pays parmi les nations les plus dépendantes au monde de l'argent de leur diaspora. Là où la moyenne des pays à revenu intermédiaire tourne autour de quelques points de PIB, le Liban en est à plus de trente. Pour des centaines de milliers de familles, ces virements ne financent pas un supplément de confort : ils paient le loyer, l'école, le générateur électrique privé, les médicaments que l'État ne rembourse plus.

2019, le basculement

Ce record n'a rien d'ancien. En 2018, avant l'effondrement, les transferts représentaient environ 13 % du PIB. Ils ont franchi 20 % en 2020, 30 % en 2022, puis 33 % en 2023. Cette envolée est un trompe-l'oeil qu'il faut lire à l'envers : le poids des transferts n'a pas bondi parce que la diaspora envoyait soudain beaucoup plus. En dollars, les montants sont restés relativement stables, autour de 6 à 7 milliards, voire en léger recul. Ce qui s'est effondré, c'est le dénominateur. Avec la crise financière ouverte fin 2019, faillite bancaire, effondrement de la livre, gel des dépôts, le produit intérieur brut libanais a été divisé par plus de deux. Mécaniquement, la même somme envoyée de l'étranger est passée d'un huitième à un tiers de l'économie. La diaspora n'a pas grossi : c'est l'État et son économie officielle qui ont rétréci autour d'elle.

Quand l'argent contourne les banques

La crise a aussi transformé la manière dont cet argent circule. Avant 2019, l'essentiel des transferts transitait par un système bancaire réputé, qui en faisait un pilier de son modèle. Depuis le gel des dépôts et l'effondrement de la confiance, une part croissante des fonds échappe aux banques : espèces rapportées à la main lors des voyages, opérateurs de transfert international payant en dollars physiques, l'économie du « fresh dollar ». Cet argent liquide, qui irrigue directement les ménages sans passer par le crédit ni la fiscalité, soutient la consommation mais échappe en partie aux statistiques et à l'État. Il maintient le pays à flot tout en nourrissant une économie parallèle, dollarisée et informelle.

Une bouée de sauvetage, mais exposée

Cette dépendance est une force et une fragilité. Une force, parce que dans un pays privé d'État-providence, la diaspora joue le rôle d'un filet social de substitution, silencieux et fiable. Une fragilité, parce qu'une économie qui repose sur l'argent envoyé de l'extérieur est suspendue à la santé de ses pays d'accueil. Une large part des flux provient des Libanais du Golfe, dont les revenus dépendent des cours du pétrole et des politiques migratoires locales ; une autre des communautés d'Afrique de l'Ouest et des Amériques. Tout choc, ralentissement économique dans le Golfe, tensions régionales, durcissement des règles de séjour, peut faire vaciller cette bouée. Les premières estimations de la Banque mondiale pour 2024 pointent d'ailleurs un tassement des montants reçus.

Le vrai plan de reconstruction est déjà là

Alors que les bailleurs internationaux conditionnent leurs milliards à des réformes qui tardent, le Liban vit déjà, au quotidien, d'un transfert de richesse massif et régulier : celui de ses enfants partis. Reconnaître la diaspora non comme une réserve d'aumônes mais comme un acteur économique central, capable d'investir et pas seulement d'assister, serait sans doute la réforme la plus rentable. La colonne vertébrale de l'économie libanaise ne se trouve ni à Beyrouth ni dans les salles de négociation avec le Fonds monétaire international. Elle est répartie sur cinq continents.

DiasporaÉconomieBanque mondiale
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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