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La diaspora libanaise au Cameroun : Douala, pivot discret de l'Afrique centrale

Arrivés plus tard qu'en Afrique de l'Ouest, les Libanais ont fait de Douala un point d'ancrage durable du commerce et de l'industrie. Retour sur une communauté enracinée qui reste l'un des maillons oubliés de l'épopée libanaise sur le continent.

Immeuble de bureaux dans le quartier d'affaires de Bonanjo, à Douala, capitale économique du Cameroun.

Minette Lontsie / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Dans l'histoire de la diaspora libanaise en Afrique, le Cameroun occupe une place à part : celle du maillon central souvent passé sous silence. On raconte volontiers l'épopée de Dakar, d'Abidjan ou de Conakry, portes d'entrée d'une émigration partie du Mont-Liban à la fin du XIXe siècle. Le Cameroun, lui, vient plus tard. Mais cette arrivée différée n'a rien enlevé à l'enracinement : à Douala, capitale économique du pays, la présence libanaise s'est installée dans la durée, du textile au négoce, jusqu'à devenir un point d'ancrage discret mais solide de la communauté en Afrique centrale.

Une migration venue de l'Ouest

Les premiers Libanais d'Afrique débarquent dans le golfe de Guinée dès les années 1880. Selon l'étude du géographe Xavier Aurégan consacrée aux présences libanaises en Afrique de l'Ouest, le tout premier migrant identifié serait Élias Khouri Younès, maronite originaire de Miziara, dans le nord du Liban, arrivé en 1882. Le gros du flux se dirige alors vers la Guinée, le Sénégal et la Côte d'Ivoire, où ces négociants deviennent des intermédiaires indispensables entre producteurs locaux et grandes maisons de commerce françaises.

Le Cameroun n'entre dans cette carte que plus tard. D'après la synthèse de référence de l'encyclopédie Wikipédia sur la diaspora libanaise, c'est à partir des années 1950 que les familles installées en Afrique de l'Ouest descendent vers le Cameroun, le Gabon, puis les deux Congos. À l'aube des indépendances africaines, la communauté libanaise approchait déjà, tous pays confondus, les 300 000 personnes sur le continent.

Douala, du textile au négoce

Au Cameroun, l'empreinte libanaise ne s'est pas limitée au commerce de détail. L'étude de Xavier Aurégan rappelle que les Syro-Libanais y ont créé les premières industries textiles, à une époque où le tissu industriel du pays restait embryonnaire. Cette capacité à passer du comptoir à l'usine est l'une des signatures de la diaspora en Afrique : commencer par le négoce, réinvestir dans la production, transmettre l'affaire d'une génération à l'autre.

Aujourd'hui, la communauté se concentre à Douala, où elle est active dans le négoce, l'immobilier et l'industrie. La ville accueille d'ailleurs un consulat du Liban, signe d'un ancrage institutionnel autant qu'économique. L'enquête du magazine panafricain Jeune Afrique sur les grandes familles entrepreneuriales libanaises du continent documente cette présence de longue date, tissée à travers l'Afrique de l'Ouest et centrale, du bâtiment à la distribution.

Combien sont-ils ? Le piège des chiffres

Sur les effectifs, la prudence s'impose. Il n'existe pas de recensement dédié à la communauté libanaise du Cameroun, et les estimations disponibles restent fragiles. La diaspora libanaise dans son ensemble est elle-même évaluée dans une fourchette très large, de 4 à 14 millions de personnes selon le nombre de générations prises en compte, rappelle Wikipédia en s'appuyant sur des sources migratoires internationales. Au Cameroun, on peut raisonnablement parler d'une communauté de plusieurs milliers de personnes, sans qu'aucun chiffre officiel ne vienne trancher. Mieux vaut une estimation honnête qu'un nombre inventé.

Un atout pour le Liban

Cette présence camerounaise, aussi discrète soit-elle, participe d'un même récit : celui d'un Liban dont la force déborde ses frontières. Partout où elle s'installe, la diaspora tisse des liens commerciaux, culturels et humains qui prolongent le pays bien au-delà de la Méditerranée. Le Cameroun en est un exemple modeste mais révélateur : un siècle après les premiers départs vers l'Afrique, des familles libanaises continuent d'y faire vivre, à Douala, un morceau de cette histoire longue. Documenter ces communautés, c'est rappeler que le Liban se compte aussi en dehors du Liban, et que cette richesse humaine reste l'un de ses plus sûrs atouts.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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