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Diaspora· Diaspora

Diaspora libanaise en Guinée : Conakry, l'une des toutes premières portes de l'Afrique de l'Ouest

On associe volontiers l'aventure libanaise en Afrique de l'Ouest au Sénégal ou à la Côte d'Ivoire. Pourtant, c'est à Conakry qu'une des toutes premières implantations s'est nouée : dès 1897, la ville comptait plus de Libanais que Dakar. Récit d'une communauté modeste mais tenace, qui relie le Liban à la Guinée depuis un siècle et demi.

Vue de la ville de Conakry, capitale de la Guinée

Alpha hmd, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La mémoire collective place l'épopée libanaise d'Afrique de l'Ouest à Dakar et à Abidjan. Conakry, elle, reste dans l'angle mort. C'est pourtant en Guinée que s'est nouée l'une des toutes premières implantations de la région : à la fin du XIXe siècle, la capitale guinéenne comptait davantage de Libanais que le Sénégal. Loin d'être une annexe tardive de la saga ouest-africaine, la Guinée en fut un point d'entrée. Cette antériorité, longtemps oubliée, dit l'essentiel de ce que la diaspora représente pour le Liban : une avant-garde humaine et commerçante capable de s'enraciner partout, et un fil qui relie le pays du Cèdre à des terres qu'on n'imagine pas.

1882-1897 : Conakry avant le Sénégal

Selon les travaux du géographe Xavier Aurégan sur les présences libanaises en Afrique de l'Ouest, le premier Libanais recensé sur le continent serait Élias Khouri Younès, maronite originaire de Miziara, dans le Nord du Liban. Il accoste dans le golfe de Guinée en 1882, à l'époque où l'émigration du Mont-Liban, sous domination ottomane, se dirige à plus de 80 % vers les Amériques. L'Afrique n'est alors qu'une destination accidentelle, un débarquement imprévu sur la route de l'Atlantique.

Les chiffres du démarrage sont saisissants de modestie. D'après les données rassemblées par l'Institut de recherche pour le développement (IRD), on dénombre en 1897 dix-huit Libanais à Conakry et seulement dix au Sénégal. La Guinée n'est donc pas à la traîne : elle est en tête. Les migrants venus du Nord du Liban y ouvrent des boutiques, remontent les filières du négoce, s'installent dans les ports. À l'échelle de l'Afrique occidentale française, ils ne sont encore qu'une trentaine à l'orée du XXe siècle, mais la trajectoire est lancée.

Du comptoir à l'industrie

Après la Première Guerre mondiale, l'Afrique de l'Ouest devient une véritable destination migratoire. Les effectifs libanais de l'ensemble de l'AOF passent d'environ 2 150 personnes en 1923 à quelque 4 520 en 1936, selon les données reprises par l'IRD. En Guinée française, une estimation de 1931 avance le chiffre d'environ 1 800 Libanais, d'après les travaux universitaires recensés par la revue Comparative Studies in Society and History (Cambridge).

Surtout, la communauté ne se limite pas au commerce de détail. Xavier Aurégan rappelle que les Syro-Libanais lancent, entre les deux guerres, les premières industries locales : le textile au Cameroun, le plastique à Conakry. C'est un basculement décisif. De simples intermédiaires entre la brousse et les maisons de commerce européennes, les Libanais deviennent des producteurs, des employeurs, des acteurs de l'économie guinéenne. Cette montée en gamme, du comptoir à l'usine puis à la distribution moderne, restera la signature de la diaspora dans toute la sous-région.

1958 : l'épreuve des nationalisations

Le 2 octobre 1958, la Guinée de Sékou Touré est le seul territoire d'Afrique noire française à voter non au référendum et à proclamer aussitôt son indépendance. La rupture avec Paris est brutale et le nouveau pouvoir choisit une orientation marxiste, avec nationalisation d'une large part de l'appareil économique. Pour les commerçants étrangers, dont les Libanais, l'étau se resserre : le négoce privé se réduit, l'initiative individuelle est bridée, une partie de la communauté quitte le pays.

C'est l'épisode le plus dur d'un siècle et demi de présence. Il illustre une constante de l'histoire de la diaspora libanaise : sa vulnérabilité aux soubresauts politiques des pays d'accueil, et sa capacité à durer malgré tout. Car après la mort de Sékou Touré en 1984 et l'ouverture économique de la Deuxième République, les commerçants libanais et syriens reviennent. L'encyclopédie Britannica note que le nombre de résidents non guinéens, Libanais et Syriens en tête parmi les négociants, augmente sensiblement à partir du milieu des années 1980.

Une communauté modeste mais durable

Aujourd'hui, la présence libanaise en Guinée reste numériquement discrète. L'hebdomadaire panafricain Jeune Afrique l'estimait en 2019 à environ 3 000 personnes, naturalisées ou non, loin des quelque 30 000 du Sénégal voisin. Mais l'ancienneté compense le nombre. Présents dans l'import-export, l'agroalimentaire, le BTP et la grande distribution, les Libano-Guinéens tiennent une place que leur poids démographique ne laisse pas deviner.

Ce lien s'inscrit désormais dans un cadre officiel : la Guinée figure parmi les États ayant signé un accord bilatéral de protection des investissements avec le Liban, comme le mentionne le Département d'État américain dans ses rapports sur le climat d'investissement guinéen. Un document qui, mine de rien, consacre au niveau des États une relation d'abord bâtie par des familles de migrants, boutique après boutique.

Ce que Conakry dit du Liban

L'histoire libano-guinéenne n'a ni le lustre du Brésil ni la masse de la Côte d'Ivoire. Elle a mieux : l'antériorité et la ténacité. Une poignée de maronites du Nord-Liban ont fait de Conakry, dès la fin du XIXe siècle, l'une des toutes premières portes de la diaspora en Afrique de l'Ouest, avant même que le Sénégal ne prenne l'ampleur qu'on lui connaît. Ils ont traversé la colonisation, l'indépendance, les nationalisations, et sont restés. Pour le Liban, cette permanence discrète est un actif : partout où sa diaspora s'enracine, le pays gagne un relais économique, un pont culturel et une présence qui survit aux régimes. La Guinée en est la preuve la plus ancienne, et la moins racontée.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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