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Diaspora· Diaspora

Église maronite en Afrique : comment la diaspora libanaise a transplanté sa foi de Dakar à Ibadan

La diaspora libanaise d'Afrique francophone n'a pas seulement ouvert des comptoirs : elle a transplanté son Église. Des premières paroisses de Dakar en 1949 à l'éparchie créée par le Vatican en 2018, le rite maronite tisse un réseau transnational qui relie les communautés du continent à l'église-mère du Liban.

Cathédrale maronite Notre-Dame-des-Mers, à Tyr au Liban, symbole du rite maronite que la diaspora a transplanté en Afrique.

Roman Deckert, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

On raconte la diaspora libanaise d'Afrique par ses boutiques, ses usines et ses fortunes. On oublie qu'elle a aussi exporté quelque chose de moins visible et de plus durable : son Église. En un peu plus d'un siècle, les Libanais installés du Sénégal au Nigeria n'ont pas seulement bâti des réseaux commerciaux, ils ont transplanté le rite maronite, ses prêtres et ses paroisses, jusqu'à obtenir du Vatican, en 2014 puis en 2018, une juridiction propre sur le continent. C'est la thèse que défend cet article : la foi a été, pour cette diaspora, un fil de continuité aussi structurant que le négoce, et un lien de souveraineté culturelle avec le Liban que les générations n'ont pas rompu.

Un maronite du Nord, premier arrivé

Le premier Libanais dont l'installation en Afrique de l'Ouest est documentée serait Élias Khouri Younès, maronite originaire de Miziara, dans le nord du Liban, débarqué dans le Golfe de Guinée en 1882, rapporte le géographe Xavier Aurégan dans son étude sur les présences libanaises en Afrique de l'Ouest. À l'approche du XXe siècle, une trentaine de Libanais, alors sujets ottomans, s'installent en Afrique occidentale francophone. En Côte d'Ivoire, le premier investissement libanais est daté de 1907, avec les frères Saïd et Assad Mansour et leur Compagnie commerciale africaine.

Cette première vague, entre 1870 et 1914, est très majoritairement maronite et venue du Mont-Liban. La diaspora d'Afrique n'est pourtant pas d'un seul bloc confessionnel : la deuxième phase migratoire, entre 1918 et 1960, amène surtout des chiites du Sud-Liban, de Tyr, Bent Jbeil ou Nabatieh, si bien qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale on estime à environ 17 000 les Libanais présents en Afrique occidentale. La communauté est donc plurielle. Mais c'est le versant chrétien qui va, le premier, se doter d'une institution religieuse transplantée.

Dakar 1949 : la mission suit les négociants

La structuration religieuse arrive après la Seconde Guerre mondiale. Selon l'éparchie maronite d'Afrique, c'est en 1949 que l'Ordre libanais maronite envoie ses premiers moines à Dakar : le père Augustin Sarkis y lance la mission et engage, en 1952, la construction de l'église Notre-Dame du Liban. La mission d'Abidjan suit en 1954, puis d'autres capitales, dont Accra. Le schéma est limpide : là où la diaspora prospère, l'Église vient l'encadrer, célébrer dans sa langue liturgique et transmettre sa mémoire.

Ce maillage n'a rien d'anecdotique. À Dakar, ville où la communauté syro-libanaise possédait déjà, en 1938, les trois quarts des établissements commerciaux, la paroisse devient un point d'ancrage identitaire autant que spirituel : une école, une communauté, un calendrier liturgique venu du Levant, greffés sur une terre africaine.

2014-2018 : le Vatican reconnaît une Église africaine du Liban

La reconnaissance canonique vient en deux temps. Le 13 janvier 2014, le pape François érige un exarchat apostolique d'Afrique centrale et occidentale des maronites, avec siège à Ibadan, au sud-ouest du Nigeria. Le 28 février 2018, la Salle de presse du Saint-Siège annonce l'élévation de cette circonscription au rang d'éparchie, l'équivalent oriental d'un diocèse, sous le nom d'éparchie de l'Annonciation.

À sa tête, le Vatican nomme un prélat libanais, Mgr Simon Faddoul, né le 7 janvier 1958 à Dik El Mehdi, près de Beyrouth, et ancien président de Caritas Liban entre 2010 et 2013. La juridiction couvre l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale, tandis que des visiteurs apostoliques sont désignés pour les fidèles maronites d'Afrique du Nord et d'Afrique australe. Selon ses statistiques reprises pour 2022, l'éparchie compte douze paroisses, treize prêtres et environ 80 000 fidèles, principalement concentrés au Nigeria, en Côte d'Ivoire, au Sénégal et au Cameroun.

Une foi qui entretient la libanité

L'enjeu dépasse le fait religieux. En transplantant leur Église, les Libanais d'Afrique ont bâti ce que les chercheurs décrivent comme une Église maronite transnationale : des communautés dispersées mais reliées, par la liturgie et le clergé, à l'église-mère du Liban. Cette architecture spirituelle a joué le rôle d'un fil rouge identitaire, transmettant la langue, la mémoire du pays d'origine et le sentiment d'appartenance à des descendants nés à Dakar, Abidjan ou Lagos, parfois sans jamais avoir vu le Mont-Liban.

Pour le Liban, c'est un atout de souveraineté douce. Une diaspora qui garde son Église garde un lien avec le pays, et ce lien nourrit les retours, les mariages, les transferts et l'attachement au sol d'origine. Le fait que Rome ait fini par créer une juridiction maronite propre sur le continent est, à cet égard, une reconnaissance officielle : le Liban a essaimé une part de lui-même en Afrique, et cette part a pris assez de consistance pour exister aux yeux de l'Église universelle. La communauté libanaise d'Afrique est confessionnellement plurielle, chrétienne et musulmane ; mais l'histoire de son Église maronite montre, à elle seule, jusqu'où une nation de quatre millions d'habitants a projeté ses institutions bien au-delà de ses frontières.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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