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Diaspora· Diaspora

Diaspora libanaise en Suisse : quelques milliers d'âmes, et l'homme qui a sauvé l'horlogerie

La communauté libanaise de Suisse est l'une des plus petites d'Europe, à peine quelques milliers de personnes concentrées à Genève, Zurich et Lausanne. Mais elle a donné à la Confédération l'un de ses plus grands capitaines d'industrie : Nicolas Hayek, l'enfant de Beyrouth qui a relancé l'horlogerie suisse et lancé la Swatch.

Le jet d'eau de Genève sur le lac Léman, avec la cathédrale Saint-Pierre en arrière-plan

Jurate Daugelaite / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

C'est peut-être la plus petite des diasporas libanaises notables d'Europe, et sans doute l'une des plus mal connues. Quelques milliers de personnes, dispersées entre le lac Léman et la Limmat, sans quartier communautaire ni visibilité de rue. Pourtant, aucune autre diaspora libanaise du continent ne peut se prévaloir d'avoir donné au pays d'accueil un capitaine d'industrie de la stature de Nicolas Hayek, l'homme qui a arraché l'horlogerie suisse à la faillite. La communauté libanaise de Suisse est un cas d'école : minuscule par le nombre, considérable par ce qu'elle a produit.

Un noyau de quelques milliers d'âmes

Les chiffres, ici, appellent la prudence. Le service public suisse swissinfo a évalué la communauté à environ 2500 familles libanaises, soit quelque 6000 personnes. L'ordre de grandeur, modeste, place la Suisse loin derrière la France, le Brésil ou les États-Unis. Il ne tient pas compte des binationaux naturalisés de longue date, ni des enfants de couples mixtes, si bien que le nombre de Suisses d'ascendance libanaise est vraisemblablement supérieur.

La géographie de cette présence épouse celle de l'argent et des institutions internationales. La communauté se concentre à Genève, ville des banques et des organisations onusiennes, ainsi qu'à Zurich et à Lausanne. On la retrouve dans la finance, la joaillerie et la haute horlogerie, le négoce, l'hôtellerie-restauration et les arts, autant de secteurs où la double culture, le sens du commerce et le multilinguisme des Libanais font une différence.

Nicolas Hayek, l'enfant de Beyrouth qui a sauvé l'horlogerie suisse

Toute l'histoire de cette diaspora tient dans un nom. Nicolas George Hayek naît à Beyrouth le 19 février 1928, au sein d'une famille libanaise grecque-orthodoxe. Il étudie les mathématiques et la physique en France, puis s'installe en Suisse au début des années 1950 avec son épouse, Marianne Mezger, dont le père dirige une fonderie dans le canton de Berne. En prenant provisoirement les rênes de l'entreprise familiale, il se forme aux réalités industrielles. À 35 ans, il fonde sa propre société de conseil et se bâtit une réputation solide dans le paysage industriel helvétique.

Son heure vient dans les années 1970, quand l'horlogerie suisse s'effondre sous le choc de la montre électronique, de la concurrence asiatique et d'un franc trop cher. Mandaté par les banques pour trouver une issue, Hayek préconise la fusion des deux plus grands groupes du pays. La nouvelle entité voit le jour en 1983 sous le nom de Société de microélectronique et d'horlogerie (SMH), rebaptisée Swatch Group en 1998. Hayek en prend la majorité du capital et la présidence, et en fait le premier groupe horloger mondial.

La même année 1983, il soutient le lancement d'une montre à quartz en plastique, colorée, légère et bon marché : la Swatch, contraction de second watch, la seconde montre. Vendue à près de 100 millions d'exemplaires au début des années 1990, elle devient le symbole de la renaissance horlogère suisse. La République française décore Hayek officier de la Légion d'honneur en 2004, puis commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2009. Il meurt le 28 juin 2010 à Bienne, en plein travail, laissant un empire que dirige toujours sa famille.

Que l'un des monuments de l'industrie suisse ait été bâti par un enfant de Beyrouth n'est pas une anecdote. C'est l'illustration la plus spectaculaire d'un trait constant de l'émigration libanaise : le talent qu'elle exporte pèse presque toujours au-delà de son poids démographique.

Une communauté discrète mais organisée

Peu nombreuse, la diaspora de Suisse n'en est pas moins structurée. Elle s'est dotée dès 1992 d'une Union libanaise culturelle de Suisse (ULCS), chargée de maintenir le lien avec le pays d'origine et de préserver l'unité d'une communauté que les fractures libanaises pourraient diviser. Comme partout, l'attachement au Liban se transmet par la langue, la cuisine, les fêtes religieuses et les réseaux familiaux, davantage que par une visibilité publique.

Cette discrétion est aussi une force. Installée dans des secteurs à haute valeur ajoutée, dotée d'un passeport suisse recherché et d'une réputation de sérieux, la communauté dispose d'un capital de relations et de savoir-faire précieux pour le Liban, en particulier à Genève, place financière et carrefour diplomatique où se joue une partie du destin international du pays du Cèdre.

Ce que la Suisse dit du Liban

Quelques milliers de personnes, une union culturelle et un géant de l'industrie : la diaspora libanaise de Suisse résume en miniature ce qu'est l'émigration libanaise dans le monde. Petite en nombre, elle réussit dans les métiers de la précision, de la confiance et de l'international, ceux-là mêmes qui font la réputation de la Confédération. Pour Beyrouth, ces Libanais des rives du Léman ne sont pas une communauté perdue, mais une ressource souveraine de plus, à cultiver comme les autres.

DiasporaSuisseNicolas HayekGenèveÉconomie
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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