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Diaspora· Diaspora

Le vote des Libanais de l'étranger, une force souveraine qui a triplé en quatre ans

En 2022, 225 624 Libanais se sont inscrits pour voter hors du pays, près de trois fois plus qu'en 2018. Mieux: la diaspora a voté davantage que l'intérieur. Portée par la France et le monde francophone, elle est devenue un électorat qui compte dans la vie politique du Liban.

Le Parlement libanais, place de l'Étoile à Beyrouth

Heretiq / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5

Longtemps, la diaspora libanaise a été une richesse humaine et économique privée de voix dans les urnes de son pays d'origine. Ce temps est révolu. Aux législatives de mai 2022, 225 624 Libanais se sont inscrits pour voter depuis l'étranger, contre moins de 80 000 quatre ans plus tôt. En l'espace d'un scrutin, l'électorat expatrié a presque triplé et représenté 6% de l'ensemble des inscrits. Loin d'être une variable d'ajustement, la diaspora est devenue une force électorale qui pèse sur l'avenir du Liban, et le monde francophone y occupe une place de premier plan.

Un électorat qui a presque triplé en quatre ans

Le droit de vote depuis l'étranger est récent: il a été appliqué pour la première fois en 2018, lorsque environ 80 000 Libanais s'étaient inscrits hors du pays. En 2022, ils étaient 225 624, sur un corps électoral total de près de quatre millions de personnes. Ces chiffres proviennent des listes officielles du ministère libanais de l'Intérieur et des Municipalités, exploitées dans une étude de l'Arab Reform Initiative et de The Policy Initiative (Georgia Dagher, 2024).

Cette poussée ne tient pas qu'aux émigrés anciens. Une large part des nouveaux inscrits sont des Libanais partis récemment, poussés au départ par l'effondrement financier de 2019 et par la double explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020. En s'inscrivant massivement, ils ont signifié qu'ils n'entendaient pas rompre le lien avec le pays qu'ils venaient de quitter.

La diaspora vote plus que le pays

Le fait le plus frappant n'est pas le nombre d'inscrits, mais leur assiduité. En 2022, la participation des Libanais de l'étranger a atteint 63%, en hausse par rapport aux 59% de 2018. Dans le même temps, la participation à l'intérieur du Liban s'établissait à 48%. Autrement dit, un Libanais expatrié inscrit avait nettement plus de chances de se rendre aux urnes qu'un résident.

Cet engagement se vérifie sur tous les continents. Selon l'étude, les taux de participation les plus élevés ont été enregistrés en Europe (65%) et en Asie (65%), suivis de près par l'Afrique (64%) et l'Amérique du Nord (61%). Une mobilisation qui raconte un attachement intact à la citoyenneté libanaise, par-delà les frontières et les décennies d'exil.

Le poids du monde francophone

La géographie de ce vote confirme le rôle central des terres francophones. L'Europe concentre le premier contingent d'inscrits, avec 69 463 électeurs, soit 31% du total à l'étranger, devant l'Asie (56 310) et l'Amérique du Nord (55 431). Au sein de cet ensemble européen, la France constitue le premier pays d'inscription de toute la diaspora, selon l'étude, qui place la France en tête des sept pays où les Libanais se sont le plus inscrits.

À ce pôle français s'ajoutent les autres bastions de la francophonie: le Canada, dont le Québec abrite une communauté libanaise ancienne et dense, et l'Afrique francophone, de la Côte d'Ivoire au Sénégal, où les familles installées depuis plusieurs générations restent liées au pays. L'Afrique ne pèse que 8% des inscrits (18 172 personnes), mais son taux de participation, 64%, figure parmi les plus élevés du monde. Le français n'est pas seulement la langue de ces communautés: il est le fil qui relie une part majeure de l'électorat expatrié à la vie publique libanaise.

Six sièges promis, puis retirés

Cette montée en puissance s'est pourtant heurtée à un plafond institutionnel. La loi électorale de 2017 prévoyait la création de six sièges spécifiquement réservés à la diaspora, répartis par continents, qui auraient donné aux émigrés une représentation propre au Parlement. Début 2022, les députés ont rejeté la mise en place de ces six circonscriptions. Résultat: les voix des expatriés ont été comptabilisées dans leur circonscription d'origine au Liban, et non dans un collège distinct.

Le débat reste ouvert. Pour ses partisans, un collège dédié donnerait à la diaspora une voix structurée à la hauteur de son apport, notamment économique, au pays. Pour ses adversaires, cantonner plus de deux cent mille électeurs à six sièges reviendrait à diluer leur influence réelle, alors qu'intégrés aux circonscriptions nationales, ils pèsent sur bien davantage de mandats.

Un vote qui a compté

Car ce vote a eu un effet mesurable. Sans représentation séparée, les voix de l'étranger se sont ajoutées à celles de l'intérieur, et elles ont pesé. L'étude de l'Arab Reform Initiative et de The Policy Initiative conclut que le vote de la diaspora a été déterminant pour au moins sept sièges en 2022, alors qu'en 2018 il n'avait pas modifié le résultat d'ensemble. Le comportement électoral des expatriés s'est d'ailleurs distingué de celui des résidents, un écart que les chercheurs relient au profil des nouveaux émigrés partis depuis 2019.

Au-delà des équilibres partisans, sur lesquels LibanInfo ne prend pas parti, un constat s'impose: la diaspora n'est plus un spectateur lointain de la politique libanaise. Elle est un acteur, doté d'un bulletin de vote, d'un taux de participation supérieur à celui du pays et d'un poids croissant à chaque scrutin. Pour un Liban fragilisé, cet électorat fidèle, instruit et attaché à sa citoyenneté constitue un atout souverain de premier ordre. Reste à lui donner les moyens institutionnels de peser à la mesure de son engagement.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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