S'abonner
Diaspora· Diaspora

Sabyl Ghoussoub, l'écrivain qui a fait entrer la diaspora libanaise au Goncourt

Avec Beyrouth-sur-Seine, prix Goncourt des lycéens 2022, le franco-libanais Sabyl Ghoussoub a imposé une voix neuve: celle de l'enfant d'exilés qui interroge ses parents pour reconstituer un pays qu'il n'a pas connu. Portrait d'un auteur qui transforme la mémoire de l'exil en littérature.

Portrait de l'écrivain franco-libanais Sabyl Ghoussoub, prix Goncourt des lycéens 2022

Serart, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La diaspora libanaise a longtemps été racontée par les chiffres: transferts de fonds, recensements, dynasties commerçantes d'Afrique de l'Ouest. Sabyl Ghoussoub, lui, la raconte par le dedans, du point de vue de l'enfant né loin du pays. En remportant le prix Goncourt des lycéens 2022 pour Beyrouth-sur-Seine, cet écrivain franco-libanais a fait entrer dans la littérature française la voix d'une génération précise: celle des fils et filles d'exilés qui héritent d'un Liban qu'ils n'ont pas vécu et qui doivent, pour le comprendre, interroger leurs parents. C'est là sa thèse implicite et sa force: l'exil ne se transmet pas tout seul, il se reconstruit, question après question.

Un enfant de la diaspora, entre Paris et Beyrouth

Sabyl Ghoussoub naît le 1er octobre 1988 à Paris, dans une famille libanaise de confession maronite installée en France pendant la guerre civile (1975-1990). Avant ses vingt ans, il fait le chemin inverse de ses parents: il s'installe au Liban. Il vit aujourd'hui entre Paris et Beyrouth, incarnant physiquement ce va-et-vient qui définit tant de membres de la diaspora.

Au Liban, il dirige de 2012 à 2015 le Festival du film libanais de Beyrouth. Photographe, il expose à Paris, Beyrouth et New York, et ses images paraissent dans la presse internationale. En 2016, son exposition Tu peux pas test, consacrée aux morts de la guerre, est annulée par l'Institut français de Beyrouth, jugée trop politique: un épisode qui dit l'inconfort d'une mémoire de guerre que le Liban peine encore à regarder en face.

Beyrouth-sur-Seine, enquête sur ses propres parents

Publié chez Stock en 2022, Beyrouth-sur-Seine n'est ni un roman d'action ni une fresque historique. C'est une enquête intime: l'auteur s'assoit face à son père et à sa mère, les enregistre, les questionne sur leur jeunesse, leur départ, leur Liban. De ces conversations naît le portrait d'un couple d'exilés et, en creux, celui d'un pays fantôme qui continue de vivre dans un appartement parisien. Le livre mêle réalisme et humour, et fait de la transmission son vrai sujet.

Le 24 novembre 2022, à Rennes, le jury lycéen tranche. Pour sa trente-cinquième édition, le prix Goncourt des lycéens, organisé par le ministère de l'Éducation nationale et la Fnac, est décerné à Sabyl Ghoussoub. Quinze romans étaient en lice; des centaines de lycéens de toute la France ont lu, débattu et voté. Qu'un récit de la diaspora libanaise ait emporté l'adhésion de jeunes lecteurs français dit quelque chose de l'universalité de ces histoires d'exil et de racines.

Une oeuvre entièrement tendue vers la mémoire

Le Goncourt des lycéens n'est pas un accident. Il couronne un travail cohérent. Avant Beyrouth-sur-Seine, Ghoussoub avait publié Le Nez juif (éditions de l'Antilope, 2018) puis Beyrouth entre parenthèses (éditions de l'Antilope, 2020), ce dernier distingué par une mention spéciale du prix France-Liban 2020. En 2024, il reçoit le prix Lokman Slim, du nom de l'intellectuel libanais assassiné. Son oeuvre revient inlassablement sur la même matière: la guerre du Liban, la mémoire, l'identité d'un homme qui écrit en français sur un pays arabe.

Il prolonge ce travail hors du livre. Il a été commissaire de l'exposition C'est Beyrouth à l'Institut des Cultures d'Islam à Paris en 2019, et porte le projet Sur les chemins de la transmission, qui fait rencontrer à des élèves et étudiants libanais des écrivains ayant écrit sur la guerre civile. Son roman Mon imam (Stock, 2026) est consacré à l'imam Moussa Sadr, figure disparue en 1978 et grande énigme de l'histoire libanaise contemporaine.

Ce que son parcours dit de la diaspora

Ghoussoub appartient à cette diaspora francophone qui ne se contente pas d'envoyer de l'argent au pays: elle lui rend sa mémoire et porte son nom dans les institutions culturelles les plus prestigieuses. Écrire en français sur le Liban, être lu et primé en France tout en vivant une partie de l'année à Beyrouth, c'est faire de la langue un pont plutôt qu'une frontière. Pour le Liban, dont une part de la jeunesse et du talent vit désormais hors des frontières, ces passeurs sont un atout souverain: ils maintiennent vivant, loin du territoire, le lien avec un pays que l'exil n'a pas effacé mais déplacé.

DiasporaLittératureFrancophonieFrance-LibanCulture
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

Suivez le lien France–Liban

L'essentiel de l'actualité, de la culture et des rendez-vous, une fois par semaine. Sans spam, désinscription en un clic.

À lire aussi