Dépôts bloqués : la Banque du Liban relève encore les retraits, jusqu'à 1 200 dollars par mois
Le Conseil central de la Banque du Liban a décidé, mardi 3 novembre 2026, de relever les plafonds de retrait des circulaires 158 et 166. Un nouveau desserrage de l'étau pour les déposants privés de leurs économies depuis 2019. Mais derrière le chiffre, la même vérité : on rend l'argent au compte-gouttes, faute d'une loi qui organise enfin la restitution des dépôts.

Karan Jain / Flickr, CC BY 2.0
Six ans après le gel des comptes qui a scellé l'effondrement financier libanais, l'accès aux dépôts continue d'avancer par petits paliers. Le Conseil central de la Banque du Liban a décidé, mardi 3 novembre 2026, de relever une nouvelle fois les plafonds de retrait mensuels ouverts par ses deux circulaires phares, la 158 et la 166. Le montant accessible chaque mois au titre de la circulaire 158 passe à 1 200 dollars, celui de la circulaire 166 à 600 dollars. Un geste réel pour des centaines de milliers de déposants. Mais un geste qui dit aussi, en creux, que la restitution des dépôts reste suspendue à une loi que le Parlement n'a toujours pas adoptée.
Ce que change la décision du 3 novembre
La circulaire 158, réservée aux titulaires de comptes en devises ouverts avant la crise, autorise désormais un retrait mensuel de 1 200 dollars. La répartition est la clé de lecture : 800 dollars restent accessibles en espèces, tandis que la part utilisable uniquement par carte bancaire passe de 300 à 400 dollars. La circulaire 166, destinée aux petits déposants et aux personnes âgées, voit son plafond porté de 500 à 600 dollars par mois, dont 400 en espèces et 200 par carte, contre 100 auparavant pour la part sur carte.
Autrement dit, l'essentiel de la hausse ne se traduit pas par davantage de billets au guichet, mais par un pouvoir d'achat supplémentaire orienté vers la dépense locale : les montants débloqués via la carte doivent être consommés dans le circuit bancaire et commercial, et non retirés en liquide. Une mécanique qui soutient la consommation interne tout en ménageant les réserves de la banque centrale.
Un signal monétaire autant qu'un geste social
La décision n'est pas qu'une mesure d'assistance aux déposants. Elle traduit la confiance affichée de la banque centrale dans la stabilisation en cours. Le taux de change de la livre est figé autour de 89 500 livres pour un dollar depuis le début de 2024, et les réserves en devises se sont reconstituées, ce qui permet à l'institution d'élargir la soupape sans la faire sauter.
Le gouverneur Karim Souaid avait chiffré, début septembre, les engagements de la banque centrale envers les banques et les déposants à environ 79,5 milliards de dollars, un montant attendu en légère baisse, vers 79 milliards, d'ici la fin de l'année. Depuis leur création, les circulaires 158 et 166 ont représenté un coût cumulé d'environ 6,1 milliards de dollars pour la Banque du Liban. La hausse décidée le 3 novembre alourdira sa dépense mensuelle d'environ 60 millions de dollars, la faisant passer de 240 à 300 millions.
Un palliatif, pas une restitution
Depuis 2021, ces circulaires sont le principal canal par lequel un déposant libanais récupère une fraction de son argent. Elles ont été prolongées et revalorisées à plusieurs reprises, et c'est précisément là que réside la limite de l'exercice : chaque hausse de plafond est une rustine, pas une solution. Tant qu'une loi de restitution des dépôts n'organise pas la hiérarchie des créances et le calendrier de remboursement, le déposant reste tributaire d'une décision administrative révisable, mois après mois.
La Banque du Liban elle-même le reconnaît : elle répète, à chaque ajustement, la nécessité d'adopter les textes garantissant le retour des fonds, et dit travailler avec le gouvernement et le Parlement dans ce sens. La réforme bancaire et la loi sur les dépôts demeurent les deux chantiers qui conditionnent une sortie de crise durable et un accord définitif avec le Fonds monétaire international.
Pour la diaspora, un accès encore partiel
Pour les Libanais de France et d'ailleurs qui détiennent des comptes bloqués au pays, ou qui gèrent les économies de parents restés sur place, la mesure est concrète mais marginale à l'échelle des sommes immobilisées. Mille deux cents dollars par mois au mieux, dont une partie contrainte à la dépense locale, ne rendent pas accessibles des dépôts qui se comptent souvent en dizaines de milliers de dollars.
Le relèvement des plafonds améliore le quotidien sans effacer la perte de valeur subie depuis 2019. Il confirme surtout une trajectoire : celle d'une banque centrale qui desserre prudemment la contrainte à mesure que ses réserves se consolident, en attendant que le politique prenne enfin le relais par la loi. Pour les déposants, la vraie échéance n'est pas le prochain plafond, mais le vote d'un texte qui transformera une tolérance mensuelle en droit garanti.

