Sécurité sociale : la CNSS paiera toutes ses prestations en chèques « fresh » dès le 1er novembre
Une note de la Caisse nationale de sécurité sociale, datée du 27 octobre, généralise à partir du 1er novembre le règlement de l'intégralité de ses prestations par chèques « fresh » en livres. Derrière la mesure technique, une rupture avec six ans d'économie des dépôts bloqués qui rognaient la valeur réelle versée aux assurés.
C'est une note administrative de deux pages qui en dit long sur l'état du Liban financier. Le 27 octobre 2026, le directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), Mohammad Karaki, a signé la note informative n°852 : à compter du 1er novembre, l'institution règle désormais l'intégralité de ses prestations par chèques « fresh » en livres libanaises. Une phrase technique, mais une rupture réelle. Car pendant six ans, l'argent versé par le principal organisme social du pays arrivait rogné, prisonnier d'un système bancaire qui n'honorait plus la valeur inscrite sur le papier.
Ce que dit la note n°852
Le texte s'appuie sur la résolution n°28 du conseil d'administration de la Caisse, adoptée le 15 octobre 2026. Il prévoit que toutes les prestations de la CNSS soient désormais payées par chèques « fresh » libellés en livres libanaises, à partir du 1er novembre. L'objectif, tel que formulé par l'institution, est que les bénéficiaires perçoivent leurs droits sans en perdre une partie de la valeur réelle en raison des difficultés du secteur bancaire.
La mesure n'est pas isolée. La direction avait déjà traité le cas des indemnités de fin de service, versées selon ce principe. La note du 27 octobre généralise la logique à l'ensemble du périmètre de la Caisse. Du côté des recettes, la CNSS encaisse par ailleurs depuis l'été 2026 ses cotisations et sommes dues en numéraire ou par chèques « fresh », en livres comme en dollars, selon une circulaire interne. Les deux bouts de la chaîne, cotisations et prestations, basculent ainsi dans la même monnaie, celle qui circule vraiment.
« Fresh » : pourquoi le mot change tout
Le mot « fresh » n'a rien d'anecdotique au Liban. Depuis l'effondrement financier de l'automne 2019 et le gel de fait des retraits, le pays vit avec deux monnaies qui portent le même nom mais n'ont pas la même valeur. D'un côté, les dépôts d'avant-crise, bloqués dans les banques, que l'on ne peut récupérer qu'au compte-gouttes et à des taux de conversion défavorables : dans le langage courant, ces dollars immobilisés sont devenus des « lollars ». De l'autre, l'argent « fresh », entré dans le circuit après la crise, librement disponible, transférable, et accepté à sa pleine valeur.
Un chèque « fresh » n'est donc pas une formule comptable : c'est la garantie, pour celui qui le reçoit, de toucher un montant qui vaut ce qu'il affiche. Pour un assuré, un médecin conventionné ou un hôpital, la différence se compte en pouvoir d'achat réel. Payer « fresh », c'est refuser d'imposer aux bénéficiaires la décote qui a frappé pendant des années tout ce qui transitait par les anciens comptes.
Qui est concerné
La portée de la décision est large. Elle vise les assurés eux-mêmes, qui attendent remboursements et prestations de maladie, de maternité ou d'allocations familiales ; les médecins et les professionnels de santé conventionnés ; les hôpitaux, dont les avances et les règlements conditionnent la trésorerie ; et plus largement les institutions et autres bénéficiaires des prestations de la Caisse. Dans un pays où la couverture publique s'est effilochée au fil de la crise, la qualité du paiement n'est pas un détail : elle détermine si un hôpital accepte encore de recevoir des assurés de la CNSS, et à quelles conditions.
Une pièce dans la reconstruction institutionnelle
Il faut mesurer le chemin parcouru. Au plus fort de la crise, les prestations sociales libanaises avaient été vidées de leur substance par l'hyperinflation et l'effondrement de la livre, au point de devenir symboliques. Rétablir un paiement « fresh », à pleine valeur, c'est redonner un sens concret à l'affiliation : cotiser redevient un contrat qui tient ses promesses.
La mesure ne règle pas, à elle seule, la question de fond, celle de l'équilibre financier de la Caisse et du sort des sommes que l'État et les cotisants lui doivent. Elle ne remplace pas la réforme bancaire que le Liban négocie toujours. Mais elle appartient à la même famille de gestes que l'on voit se multiplier depuis le début de l'année : des institutions qui, une à une, sortent de la logique du dépôt bloqué pour revenir à une monnaie qui circule. Pour les assurés, c'est moins une révolution qu'un retour à la normale. Au Liban de 2026, c'est déjà beaucoup.

