Les transferts de la diaspora, poumon de l'économie libanaise
Chaque année, les Libanais de l'étranger envoient plusieurs milliards de dollars à leurs familles restées au pays. Devenus l'une des toutes premières sources de devises, ces transferts amortissent la crise et placent le Liban parmi les économies les plus dépendantes de sa diaspora au monde.

Vyacheslav Argenberg / Wikimedia Commons, CC BY 4.0
Quand l'État se dérobe et que les banques ferment, il reste la famille. Depuis l'effondrement de 2019, l'économie libanaise tient en grande partie grâce à un flux discret mais vital : l'argent que les Libanais de l'étranger envoient chez eux. Ce décryptage complète notre dossier sur la crise économique depuis 2019.
Près de 7 milliards par an
Selon la Banque mondiale et le partenariat mondial sur les migrations et le développement (KNOMAD), le Liban a reçu environ 6,7 milliards de dollars de transferts en 2023. Rapporté à la taille du pays, le chiffre est vertigineux : ces envois pèsent près de 31 % du produit intérieur brut, ce qui place le Liban parmi les trois économies les plus dépendantes des transferts au monde. En 2024, année marquée par la guerre, ils sont estimés à environ 5,8 milliards de dollars, en repli mais toujours considérables.
La première source de devises
Ces sommes ne sont pas un appoint : elles sont devenues la colonne vertébrale des entrées de devises. La Banque mondiale estime que les transferts représentent plus de 80 % de l'ensemble des flux financiers extérieurs du pays, loin devant les investissements directs étrangers et l'aide internationale. Concrètement, ils financent le loyer, l'école, les médicaments et l'électricité de centaines de milliers de foyers, dans un pays où les services publics se sont largement effondrés.
Le rôle de la diaspora de France
La France, qui abrite l'une des plus importantes communautés libanaises d'Europe, occupe une place de choix dans cette mécanique. Familles installées de longue date, binationaux, étudiants restés après leurs études : ce sont autant de relais qui, chaque mois, font transiter des euros vers Beyrouth, Tripoli ou la Békaa. Ce lien financier prolonge, sur le terrain de l'économie, la relation humaine entre les deux rives que nous documentons dans notre rubrique France–Liban.
Une dépendance à double tranchant
Cette bouée de sauvetage a un revers. Une économie qui repose autant sur les transferts est une économie sous perfusion, tributaire de la santé financière de sa diaspora et des aléas géopolitiques. Elle masque aussi l'absence de moteur productif interne : tant que le Liban ne relance pas sa propre machine, l'argent de l'étranger soigne les symptômes sans traiter la maladie. Pour mesurer l'ampleur de cette diaspora et de son poids, voir notre data-story Le Liban en chiffres.


