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Économie· Décryptage

La crise économique libanaise depuis 2019 : anatomie d'un effondrement

En quelques années, le Liban a vu son économie fondre de moitié, sa monnaie perdre l'essentiel de sa valeur et sa classe moyenne basculer dans la pauvreté. Retour, chiffres vérifiés à l'appui, sur l'une des crises les plus brutales que le monde ait connues depuis le milieu du XIXe siècle.

Vue de Beyrouth en 2019, l'année où éclate la crise économique libanaise

Laura C Ellis / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Pour comprendre le Liban d'aujourd'hui, il faut partir de l'automne 2019. Cet automne-là, un pays réputé pour son ingéniosité financière bascule dans une crise dont il n'est toujours pas sorti. En quelques mois, les banques ferment leurs guichets, la monnaie s'effondre et l'épargne de millions de personnes se volatilise. La Banque mondiale a qualifié cet épisode de l'une des crises économiques les plus sévères recensées dans le monde depuis le milieu du XIXe siècle. Ce décryptage ouvre notre rubrique Économie.

Un produit intérieur brut divisé par deux

Le chiffre le plus parlant est celui de la richesse nationale. Selon la Banque mondiale, le produit intérieur brut du Liban est passé d'environ 52 milliards de dollars en 2019 à quelque 23 milliards en 2021, soit une contraction de plus de 50 % en deux ans. Rares sont les pays en paix à avoir connu un tel décrochage. Fin 2024, l'institution estimait que la baisse cumulée du PIB réel depuis 2019 dépassait 40 %, aggravée par le conflit de 2024 qui a amputé la croissance de plusieurs points supplémentaires.

Une monnaie qui perd presque tout

Deuxième symptôme, le plus visible pour les Libanais : la livre. Longtemps arrimée au dollar à un taux fixe de 1 507 livres, la monnaie nationale a perdu plus de 98 % de sa valeur sur le marché parallèle. Les prix se sont envolés, les salaires versés en livres ont été laminés, et le dollar est devenu la véritable unité de compte du quotidien. En mars 2020, l'État a fait défaut sur ses eurobonds, une première dans l'histoire du pays, actant l'impasse financière.

La pauvreté comme nouvelle norme

Derrière les agrégats, une réalité sociale. D'après la Banque mondiale, le taux de pauvreté monétaire est passé de 25 % en 2019 à 44 % en 2022. Des pans entiers de la classe moyenne, ingénieurs, enseignants, fonctionnaires, ont vu leur pouvoir d'achat s'effondrer. L'émigration des jeunes diplômés s'est accélérée, privant le pays d'une partie de ses forces vives au moment où il en avait le plus besoin.

Les racines du mal

Cette crise n'est pas tombée du ciel. Elle est le produit d'un modèle à bout de souffle : des années de déficits publics, une dette accumulée, et un système financier qui attirait les dollars de la diaspora en promettant des rendements élevés, au prix d'une mécanique de plus en plus fragile. Quand les entrées de devises ont ralenti, l'édifice s'est fissuré. La contestation d'octobre 2019, l'explosion du port de Beyrouth en août 2020 et la paralysie politique ont fait le reste.

Et maintenant ?

Depuis, le Liban tente de reconstruire les fondations. Un accord préliminaire a été trouvé avec le Fonds monétaire international en 2022, mais sa mise en œuvre bute sur les réformes exigées. Le sort des déposants, la restructuration des banques et la question du « trou » financier restent au cœur des débats. Nous y consacrons deux décryptages : le premier sur l'état du secteur bancaire et des dépôts bloqués, le second sur les transferts de la diaspora, devenus le poumon de l'économie. Pour les grands indicateurs, voir aussi notre data-story L'économie du Liban en chiffres.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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