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France–Liban· Portrait

Amin Maalouf : un enfant de Beyrouth à la tête de l'Académie française

Depuis 2023, un écrivain né à Beyrouth veille sur la langue française. En devenant secrétaire perpétuel de l'Académie, Amin Maalouf n'a pas seulement couronné une œuvre : il a placé le Liban au cœur même de l'institution qui incarne la francophonie.

Portrait de l'écrivain franco-libanais Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l'Académie française

Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Le lien entre la France et le Liban ne se mesure pas seulement en conférences diplomatiques ni en contingents de la FINUL. Il se lit aussi sous la Coupole du quai de Conti, à Paris, où un homme né à Beyrouth veille depuis 2023 sur la langue française. Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l'Académie française, incarne mieux que n'importe quel traité l'idée que le Liban n'est pas à la périphérie de la francophonie : il en est une matrice.

De Beyrouth à la Coupole

Amin Maalouf naît à Beyrouth le 25 février 1949, dans une famille d'enseignants et de journalistes. Il grandit dans ce Liban d'avant-guerre où le français n'est pas une langue étrangère mais une seconde maison, apprise à l'école et parlée dans les salons. Journaliste de formation, il couvre les grands soubresauts du monde avant que la guerre civile ne le rattrape. En 1976, comme des dizaines de milliers de Libanais, il quitte le pays. Il s'installe en France, où il devient rédacteur en chef de l'hebdomadaire Jeune Afrique.

L'exil fait de lui un écrivain. En 1986, Léon l'Africain, roman d'un voyageur entre deux rives, le révèle. Suivront Samarcande, Les Jardins de lumière, Le Périple de Baldassare : une œuvre entière bâtie sur les passages, les frontières franchies, les identités multiples. En 1993, Le Rocher de Tanios lui vaut le prix Goncourt. Le livre se déroule dans un village de la montagne libanaise du XIXe siècle. Le Liban n'a jamais quitté sa plume.

L'écrivain des identités

En 1998, il publie Les Identités meurtrières, essai devenu un classique, où il défend l'idée qu'une identité n'est pas un bloc mais une somme d'appartenances. La thèse est née de son expérience libanaise : celle d'un pays où confessions et cultures se côtoient, se heurtent, mais aussi se mêlent. Cette conviction traverse toute son œuvre, de Origines à ce Naufrage des civilisations (2019) où il alerte sur un monde qui se referme.

C'est cette œuvre que l'Académie française reconnaît lorsqu'elle l'élit en 2011 au fauteuil numéro 29, celui de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss. Reçu sous la Coupole en 2012, Maalouf y prononce un discours qui rappelle combien la France et le Liban se sont lus l'un l'autre : il y évoque Volney, Lamartine, Barrès, ces écrivains français venus chercher l'inspiration sous les cèdres.

La plus haute fonction de l'Académie

Le 28 septembre 2023, un cap est franchi. À la mort d'Hélène Carrère d'Encausse, disparue le 5 août, l'Académie doit se choisir un nouveau secrétaire perpétuel, la fonction la plus haute et la seule à vie de l'institution fondée en 1634. Face à son ami de longue date Jean-Christophe Rufin, Amin Maalouf l'emporte dès le premier tour, par 24 voix contre 8.

La portée du geste dépasse la vie littéraire française. Pour la première fois, un écrivain né dans le monde arabe se retrouve à la tête de l'institution chargée de défendre et de codifier la langue française. Un enfant de Beyrouth, forcé à l'exil par la guerre, gardien du dictionnaire de la République. Pour le Liban, ce n'est pas un détail : c'est la preuve que la francophonie libanaise, si souvent décrite comme un héritage en voie d'effacement, produit encore des figures qui rayonnent au sommet.

2026 : une parole pour un monde sans boussole

À plus de soixante-quinze ans, Amin Maalouf n'a rien perdu de sa vigilance sur l'état du monde. En juin 2026, il publie La Fraternité, un dialogue mené avec le journaliste et écrivain Éric Fottorino, aux éditions Michel Lafon. L'ouvrage interroge ce qui pourrait encore relier des sociétés fracturées, à l'heure des replis identitaires qu'il dénonce depuis un quart de siècle.

Le message résonne singulièrement pour un homme dont le pays natal reste, lui aussi, à la recherche de ce qui tient ensemble ses communautés. En portant le Liban sous la Coupole, Amin Maalouf ne défend pas une nostalgie : il rappelle que le lien franco-libanais est vivant, littéraire, et qu'il continue de s'écrire à la première personne.

Questions fréquentes

Qui est Amin Maalouf ? Écrivain franco-libanais né à Beyrouth le 25 février 1949, prix Goncourt 1993 pour Le Rocher de Tanios, membre de l'Académie française depuis 2011 et son secrétaire perpétuel depuis 2023.

Qu'est-ce que le secrétaire perpétuel de l'Académie française ? C'est la fonction la plus élevée de l'institution : il en dirige les travaux, la représente et veille sur ses missions, notamment le dictionnaire de la langue française. Le titre est attribué à vie.

Pourquoi son élection compte-t-elle pour le Liban ? Amin Maalouf est le premier écrivain né dans le monde arabe à occuper ce poste. Sa trajectoire illustre la profondeur du lien culturel entre la France et le Liban et la vitalité de la francophonie libanaise.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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