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France–Liban· Décryptage

Enseignement français au Liban : le premier pays du réseau mondial, à l'épreuve de la crise

Avec quelque 62 000 élèves, le Liban est le premier pays du réseau scolaire français à l'étranger. Un maillage plus ancien que le mandat, plus durable que les gouvernements, et aujourd'hui mis à l'épreuve par l'effondrement économique. Décryptage d'un patrimoine que la France et le Liban ont un intérêt commun à protéger.

Le campus de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, institution francophone fondée en 1875

Eddy.dossantos2 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

À l'approche de chaque rentrée, une statistique dit l'essentiel du lien entre Paris et Beyrouth mieux qu'un communiqué diplomatique. Ce n'est ni le montant d'une aide, ni le calendrier d'une visite officielle : c'est le nombre d'enfants libanais qui feront leur rentrée dans une école à programme français. Ils sont des dizaines de milliers, et ils font du Liban le premier pays du réseau scolaire français dans le monde. Ce maillage, patiemment tissé depuis un siècle et demi, est la colonne vertébrale la plus discrète et la plus solide de la relation franco-libanaise. C'est aussi un patrimoine libanais à part entière, que la crise économique menace et que les deux pays ont un intérêt partagé à défendre.

Le premier pays d'un réseau unique au monde

Le réseau d'enseignement français à l'étranger rassemble, à la rentrée 2025, 612 établissements implantés dans 138 pays, qui scolarisent plus de 400 000 élèves, selon l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE). Emmanuel Macron l'a qualifié de « trésor national ». Dans cet ensemble, le Liban occupe une place à part : la zone Proche-Orient de l'AEFE, pour l'essentiel constituée d'établissements libanais, regroupe 69 écoles, collèges et lycées et plus de 60 000 élèves de la maternelle à la terminale.

Le poids du Liban est tel qu'il devance tous les autres pays. Devant la commission des affaires étrangères du Sénat français, en 2020, le Liban était décrit comme « le premier pays du réseau » avec 62 000 élèves. Rapporté à la taille du pays, moins de six millions d'habitants, la densité est sans équivalent : nulle part ailleurs l'école française ne pèse autant dans le paysage éducatif d'une nation souveraine.

Une histoire antérieure au mandat

Contrairement à une idée reçue, l'enseignement français au Liban n'est pas né du mandat français (1920-1943). Il le précède de plusieurs décennies. L'Université Saint-Joseph de Beyrouth, matrice de la francophonie savante libanaise, a été fondée dès 1875 par les jésuites. En 1909 naît le Grand Lycée franco-libanais, créé par la Mission laïque française, aujourd'hui encore l'un des plus grands établissements du réseau avec 2 702 élèves en 2024-2025. Autour d'eux, congrégations religieuses, associations et opérateurs laïques ont bâti au fil du XXe siècle un tissu dense d'écoles homologuées.

Cette antériorité change tout. Elle explique que la langue française ne soit pas au Liban une importation administrative, mais une composante intime de la formation des élites, de la vie intellectuelle et de la culture juridique du pays. Des générations de médecins, d'avocats, d'ingénieurs et d'écrivains libanais sont sorties de ces bancs. C'est aussi de là qu'est partie une large part de la diaspora, qui a essaimé en France et dans le monde francophone en gardant cette langue comme trait d'union.

La crise, un test pour un patrimoine partagé

Depuis 2019, l'effondrement économique a frappé ce réseau au cœur. La livre libanaise a perdu la quasi-totalité de sa valeur, pulvérisant le pouvoir d'achat des familles, tandis qu'une partie des coûts des établissements reste indexée sur les devises. Résultat : des milliers de foyers de classe moyenne, longtemps colonne vertébrale de ces écoles, ont vu la scolarité de leurs enfants devenir un fardeau, voire un luxe hors de portée.

Face au risque d'effondrement, la France a réagi. Elle a engagé un plan d'urgence de 50 millions d'euros pour l'enseignement français à l'étranger, dont une part significative a été fléchée vers le Liban. Selon les documents budgétaires du programme 185, la première phase, à l'été 2020, a mobilisé 25,3 millions d'euros, avec 5 millions pour les familles libanaises des établissements partenaires, 5 millions pour les établissements conventionnés de la Mission laïque française, et 6,9 millions pour la reconstruction d'écoles de Beyrouth. Car à la crise financière s'est ajoutée l'explosion du port, le 4 août 2020 : le Sénat a chiffré à sept millions d'euros l'aide à la trentaine d'établissements libanais endommagés par le souffle. L'ambassade de France au Liban a par ailleurs mis en place un fonds spécifique pour la scolarisation des élèves non français des écoles du réseau.

Un enjeu de souveraineté et de diaspora

On aurait tort de voir dans ce réseau un simple instrument d'influence française. Pour le Liban, il est un actif stratégique. Il forme une partie des cadres du pays, entretient un multilinguisme qui est un avantage compétitif rare dans la région, et nourrit le pont humain avec la diaspora et avec l'Europe. Préserver l'école française, c'est préserver un ascenseur social, un vivier de compétences et un canal d'ouverture au monde, à l'heure où l'émigration des jeunes diplômés vide déjà le pays de ses forces vives.

L'intérêt est donc doublement partagé. Pour Paris, ce maillage est le socle concret de sa présence culturelle au Proche-Orient. Pour Beyrouth, il est l'un des rares services publics de fait à avoir tenu quand l'État vacillait. La vraie question de la décennie n'est pas de savoir si la France doit défendre ce réseau, mais si l'effort suffira à le maintenir accessible aux familles libanaises, et pas seulement à une élite. C'est à cette aune que se mesurera la solidité réelle du lien franco-libanais : non dans les discours, mais dans le nombre d'enfants du Liban qui pourront encore, l'an prochain, s'asseoir dans une salle de classe française.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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