« Habibi Beyrouth » : le roman d'exil d'une Franco-Libanaise primé une deuxième fois en France
Le lien franco-libanais ne se joue pas qu'au Quai d'Orsay. Le 25 septembre, le festival « Villeneuve se livre » a couronné « Habibi Beyrouth », premier roman de Manal Salamé sur le retour au pays, déjà lauréat du Prix du roman France Télévisions 2026.

Ahmed Abouaiana / Wikimedia Commons, CC BY 4.0
Le lien entre la France et le Liban ne se mesure pas qu'aux communiqués du Quai d'Orsay ou aux conférences de l'Elysée. Il s'écrit aussi en librairie. Le 25 septembre 2026, le festival littéraire « Villeneuve se livre », organisé par la ville de Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, a décerné son Prix du jury à Habibi Beyrouth, premier roman de l'autrice libano-française Manal Salamé. Une consécration de plus pour un texte qui avait déjà obtenu, plus tôt dans l'année, le Prix du roman France Télévisions 2026. En quelques mois, un récit d'exil venu de la diaspora libanaise s'est ainsi frayé un chemin jusqu'au cœur des prix littéraires français.
Un premier roman sur le retour au pays
Publié en mars 2026 aux éditions La Tribu, Habibi Beyrouth suit Amal, une jeune Franco-Libanaise qui revient au Liban après dix-sept ans passés en France, officiellement pour refaire sa carte d'identité. Ce qui devait être une formalité administrative se transforme en voyage intérieur, de Beyrouth jusqu'au sud du pays, dans le village familial. La quête des papiers devient une quête des origines, de la filiation et de la place d'une femme entre deux rives.
Selon l'éditeur, le roman raconte « un pays qui se délite et une génération en quête de racines ». L'ouvrage de 320 pages aborde frontalement la condition des femmes non mariées et sans enfants, la pression des apparences et le poids des non-dits. La narratrice porte cette double appartenance jusque dans sa langue : le livre s'ouvre sur le rêve d'une femme qui, un matin, ne parle plus l'arabe et comprend qu'il faut rentrer.
Une autrice entre Paris et Beyrouth
Manal Salamé se présente comme écrivaine, poète et photographe. Libano-française, elle vit entre Paris et Beyrouth. Après plusieurs années dans la mode, elle s'est tournée vers la photographie de rue, avec un travail artistique tourné vers l'exil, l'absence et la quête identitaire. Habibi Beyrouth est son premier roman, et il concentre ces obsessions dans une fiction largement nourrie de l'expérience de la diaspora.
Ce parcours illustre une réalité concrète du lien franco-libanais : une communauté installée en France qui continue de raconter le Liban en français, et de le faire lire au public français. La francophonie n'est pas ici un héritage figé, mais un canal vivant par lequel une voix libanaise trouve son lectorat de l'autre côté de la Méditerranée.
Deux jurys français, un même choix
À Villeneuve-sur-Lot, le choix a été serré. « Le choix a été cornélien », a reconnu Angélique Muller, de la direction de l'action culturelle de la ville, citant deux romans finalistes très différents. La balance a penché pour Manal Salamé parce que le livre « traite d'un sujet sociétal et d'actualité, avec beaucoup d'humour ». Le jury a par ailleurs attribué un Coup de cœur des lecteurs, à titre exceptionnel, à Chasse gardée de François Pieretti.
Ce Prix du jury s'ajoute au Prix du roman France Télévisions 2026, déjà obtenu par l'ouvrage. Deux distinctions décernées par des instances françaises pour un même premier roman, ce n'est pas anodin : cela signale qu'un récit sur le Liban contemporain, écrit par une autrice de la diaspora, parle bien au-delà du seul lectorat concerné.
Un rendez-vous ce week-end
Le festival « Villeneuve se livre » se poursuit ce week-end. Manal Salamé est annoncée en débat sur la scène du théâtre Georges-Leygues, à Villeneuve-sur-Lot. Pour un média du lien France-Liban, ce genre de rendez-vous compte autant qu'une réunion diplomatique : c'est là, dans une ville moyenne du sud-ouest de la France, que le Liban continue d'exister dans l'imaginaire français, par la voix de celles et ceux qui l'ont quitté sans jamais vraiment partir.


