La FINUL entre dans ses derniers mois : la France au cœur de la bataille sur l'après
Pour la première fois depuis 1978, la force de l'ONU déployée au Liban-Sud a une date d'expiration. La résolution 2790 programme sa fin au 31 décembre 2026. La vraie question de cet été n'est plus de savoir si la FINUL reste, mais ce qui la remplacera, et Paris, porte-plume au Conseil de sécurité, se trouve au centre du jeu.

Irish Defence Forces / Flickr, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Depuis 1978, les casques bleus de la Force intérimaire des Nations unies au Liban patrouillent le sud du pays. Ils n'avaient jamais eu, jusqu'ici, de date de péremption. C'est chose faite : en adoptant la résolution 2790, le Conseil de sécurité a fixé au 31 décembre 2026 la fin du mandat de la FINUL, suivie d'un retrait ordonné et sûr en un an. À cinq mois de l'échéance, la question qui agite les chancelleries n'est plus celle du maintien de la mission, mais celle de sa succession. Et sur ce dossier, la France, porte-plume historique du texte au Conseil, joue un rôle de premier plan.
Un compte à rebours voté à l'unanimité
Créée par le Conseil de sécurité en 1978 pour confirmer le retrait des forces israéliennes, rétablir la paix et aider l'État libanais à restaurer son autorité dans le Sud, la FINUL a vu sa mission redéfinie par la résolution 1701 de 2006, qui a mis fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah. Depuis, les casques bleus en surveillent l'application le long de la Ligne bleue, tracée par l'ONU en 2000, et appuient le déploiement de l'armée libanaise au sud du fleuve Litani.
Le 28 août 2025, le Conseil de sécurité a renouvelé ce mandat une dernière fois, à l'unanimité de ses quinze membres. La résolution 2790 acte la fin des opérations au 31 décembre 2026, puis un désengagement progressif étalé sur douze mois. Un tournant : après près d'un demi-siècle de présence, l'ONU acte le principe de son départ du Liban-Sud.
Trois options sur la table, aucune tranchée
La même résolution demandait au secrétaire général de l'ONU de présenter, avant le 1er juin 2026, des pistes pour l'avenir de la mise en œuvre de la résolution 1701. Le 2 juin, António Guterres a transmis au Conseil trois scénarios, tous fondés sur une réduction sensible des effectifs déployés dans le Sud : une présence légère, moyenne ou plus substantielle, dont les formats évoqués vont de 900 à 1 500, voire 3 000 casques bleus, complétés par des observateurs militaires et des forces de réserve.
À ce jour, le Conseil n'a arbitré aucune de ces options et pourrait retenir une formule différente. La priorité affichée par la mission reste d'assurer la continuité de son mandat jusqu'à la dernière semaine et de préparer une transition sans rupture. Reste que le calendrier se resserre, et qu'aucun dispositif de relais n'a encore été formellement désigné.
La France porte-plume, face à Washington
Au Conseil de sécurité, c'est la France qui tient la plume sur le dossier libanais : elle a rédigé et piloté la négociation de la résolution 2790. Paris défend une ligne constante, celle du maintien d'une présence internationale au sud tant que les conditions de sécurité ne sont pas réunies. Lors du vote, son représentant a averti que tout retrait prématuré risquait de compromettre, voire d'affaiblir, les efforts du gouvernement libanais pour étendre son autorité sur le territoire. La mission française auprès de l'ONU a depuis réaffirmé son soutien à la FINUL jusqu'à l'expiration du mandat, en insistant sur la nécessité d'éviter tout vide sécuritaire.
La position américaine est différente. Lors des négociations, Washington a jugé venu le temps pour les forces libanaises d'assumer une part accrue de responsabilités, sans les casques bleus onusiens. Cette divergence d'approche entre les deux principaux parrains occidentaux du Liban structure aujourd'hui le débat sur l'après-FINUL.
L'après-FINUL : coalition européenne, Ankara ou armée libanaise
Plusieurs pistes circulent pour combler le vide. Lors d'un sommet bilatéral à Antibes fin juin, la France et l'Italie ont avancé l'idée d'une coalition multinationale post-FINUL ; l'Allemagne s'est jointe à cet appel en faveur d'une force européenne dans la zone frontalière. En parallèle, le Service européen pour l'action extérieure a proposé une mission civilo-militaire de trois ans, non pas pour remplacer la FINUL, mais pour renforcer les autorités libanaises et l'armée dans le contrôle du territoire et la sécurité de la frontière.
D'autres acteurs se positionnent. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a fait savoir qu'Ankara était prête à contribuer à la souveraineté du Liban et à la reconstruction du Sud une fois la mission onusienne achevée. Ces initiatives se heurtent toutefois à un obstacle de taille : les discussions techniques sur les zones pilotes de l'accord-cadre conclu entre le Liban et Israël se déroulent sans que la FINUL y soit associée, et les options impliquant les casques bleus ont été écartées côté israélien.
Le risque d'un vide sécuritaire au sud
Pour Beyrouth, l'enjeu dépasse la seule présence de bérets bleus. La FINUL est, depuis des décennies, un point d'ancrage de la présence internationale au Liban-Sud et un appui logistique et politique au déploiement de l'armée libanaise. Son départ, s'il n'est pas accompagné d'un relais crédible, ferait peser un risque de vide sécuritaire dans une région où l'armée israélienne maintient des positions et poursuit des opérations au nord de la Ligne bleue.
C'est précisément cette perspective que la diplomatie française cherche à conjurer : préserver un cadre international garantissant la souveraineté libanaise et le retour de l'État dans le Sud, plutôt que de laisser un espace ouvert. Les prochains mois diront si le Conseil de sécurité parvient à dessiner cette succession, ou si le 31 décembre 2026 marquera la fin d'une ère sans que rien n'ait été arrêté pour la suivre.


