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France–Liban· Analyse

Soutien à l'armée libanaise : la France promet une conférence, et la repousse encore

Emmanuel Macron a annoncé que Paris réunirait une conférence de soutien à l'armée libanaise, mais seulement après les élections israéliennes. Le report intervient à six semaines du départ de la FINUL, au moment précis où Beyrouth a le plus besoin d'un relais financé.

Un soldat de l'armée libanaise à l'entraînement.

U.S. Marine Corps, domaine public (Wikimedia Commons)

La France soutiendra l'armée libanaise. Un jour. Emmanuel Macron l'a redit cette semaine depuis le Qatar, mais en repoussant encore l'échéance : la conférence internationale destinée à financer la montée en puissance de l'armée se tiendra seulement après les élections israéliennes. Le président français l'a jugée inutile avant ce scrutin, tout en la disant inévitable. Pour Beyrouth, l'annonce a le goût d'une promesse déjà entendue, et cette fois le calendrier joue contre le Liban.

Une conférence promise, puis renvoyée

Interrogé lors d'un déplacement dans le Golfe, Emmanuel Macron a qualifié la situation du Liban d'intenable et affirmé que la France était prête à y contribuer, aux côtés du Qatar. Mais il a estimé qu'il n'y avait aucun intérêt à réunir la conférence de soutien à l'armée avant les élections israéliennes, renvoyant l'événement à un horizon de quelques semaines. C'est la deuxième fois que le rendez-vous glisse : une précédente conférence envisagée à Paris au printemps avait déjà été reportée après la reprise des hostilités avec Israël.

Le principe, lui, n'est pas nouveau. La France se présente depuis des années comme le parrain diplomatique du Liban et de son armée. En octobre 2024, l'Élysée organisait déjà une conférence internationale de soutien à la population et à la souveraineté du Liban. Entre le discours de soutien et le versement effectif, l'écart ne cesse de se creuser.

Le calendrier qui inquiète : la FINUL part le 31 décembre

Le report serait anecdotique si l'horloge ne tournait pas. Le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la FINUL, s'achève le 31 décembre 2026 après près d'un demi-siècle de présence. À cette date, l'armée libanaise est censée assumer seule la sécurité du Liban-Sud et le contrôle de la frontière, une mission que les Casques bleus assuraient en appui depuis 1978.

Or cette armée manque de moyens. C'est précisément ce que la conférence française doit financer : solde, équipement, déploiement de milliers d'hommes supplémentaires au sud du Litani. Reporter la réunion à une date indéterminée, c'est demander à Beyrouth de tenir le terrain sans savoir quand, ni avec quel budget, le relais international arrivera. Le vide institutionnel que crée le départ de la FINUL n'attendra pas le résultat d'un scrutin étranger.

Deux conférences, un même conditionnement

Du côté libanais, le chef du gouvernement Nawaf Salam a indiqué travailler avec Paris à la tenue de deux conférences distinctes : l'une consacrée à l'armée et aux forces de sécurité, l'autre à la reconstruction du pays. Devant le Parlement, Salam a chiffré les pertes des guerres récentes à plus de 27 milliards de dollars, une facture hors de portée des finances publiques libanaises.

Mais l'aide internationale reste suspendue à une condition répétée par Paris : l'adoption des réformes réclamées par le Fonds monétaire international, dont la loi sur la répartition des pertes du secteur bancaire, toujours bloquée. Le Liban se retrouve ainsi pris en étau : il lui faut réformer pour obtenir l'aide, et l'aide pour réformer. Chaque report de conférence prolonge cette attente.

Ce que le report dit du Liban

Lier le soutien à l'armée libanaise au calendrier politique israélien envoie un signal que Beyrouth lit sans peine : la reconstruction du Liban reste tributaire d'agendas qui ne sont pas les siens. La souveraineté que la France dit vouloir renforcer passe pourtant par une armée nationale financée, équipée et déployée, seule institution capable de tenir le Sud une fois les Casques bleus partis.

Le soutien diplomatique de Paris est réel et utile, et le Liban aurait tort de le bouder. Mais un soutien qui se mesure en conférences annoncées puis ajournées ne protège pas une frontière. À six semaines du départ de la FINUL, l'urgence n'est pas de fixer une date symbolique après un scrutin : elle est de donner à l'armée libanaise les moyens de son mandat, maintenant.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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