La Maison du Liban à Paris : le pavillon qu'une Libanaise a arraché à la Sorbonne
Au cœur de la Cité internationale universitaire de Paris, un bâtiment porte le cèdre depuis soixante ans. La Maison du Liban n'est pas née d'un traité mais de l'obstination d'une femme, Victoria Khouzami, première Libanaise docteure de la Sorbonne. Elle reste l'un des ancrages les plus concrets du Liban en France.

Guilhem Vellut / Flickr, CC BY 2.0
Le lien le plus solide entre la France et le Liban n'est inscrit dans aucun accord bilatéral. Il tient dans un bâtiment du 14e arrondissement de Paris, à la Cité internationale universitaire, où le cèdre flotte depuis six décennies au-dessus d'un patio. La Maison du Liban n'a pas été offerte par un État à un autre : elle a été arrachée par une femme, Victoria Khouzami, première Libanaise à décrocher un doctorat à la Sorbonne. C'est une histoire libanaise avant d'être une histoire diplomatique, et c'est ce qui la rend précieuse.
Une idée de 1946, portée par une seule femme
En 1946, à peine arrivée en France, Victoria Khouzami présente son projet à Louis Joxe, alors directeur général des relations culturelles au ministère de l'Éducation nationale. L'homme est conquis et accepte la présidence d'honneur de l'Association culturelle franco-libanaise, créée en 1948 pour défendre, entre autres, la construction d'un pavillon libanais au sein de la Cité internationale universitaire de Paris.
Il faudra dix ans pour que la Cité donne son accord. En 1959, le gouvernement libanais s'engage à son tour et finance un pavillon prévu pour 130 chambres. Des fonds privés et une contribution de la Fondation Calouste-Gulbenkian complètent le budget. La première pierre est posée le 24 janvier 1961.
Charles Hélou inaugure, le cèdre s'installe
Le bâtiment est inauguré le 8 mai 1965 en présence du président de la République libanaise, Charles Hélou. Il ne prendra officiellement le nom de Maison du Liban qu'en 1969. La guerre civile qui déchire le pays entre 1975 et 1990 n'entame pas la cohésion du pavillon parisien, maintenu à flot par l'Association culturelle franco-libanaise. Dans un Liban fracturé, la maison de Paris reste un point fixe.
L'architecture, confiée à Jean Vernon et Bruno Philippe, assume la modernité des années 1960 : façade de grès rose en opus incertum, panneaux polychromes en couleurs primaires évoquant la palette de Mondrian, porche incliné de béton reposant sur un double appui en V. Deux volumes reliés par un grand hall vitré s'articulent autour d'un jardin. Le seul élément traité selon la tradition est le patio central et son cèdre, symbole national. La maison compte aujourd'hui 136 logements.
Un morceau de Liban en gestion libanaise
La Maison du Liban a le statut de fondation reconnue d'utilité publique. Son conseil d'administration est présidé par l'ambassadeur du Liban en France. Ce n'est donc pas une vitrine culturelle administrée par Paris, mais un bien que les Libanais gèrent eux-mêmes, au cœur du plus grand campus international de la capitale française. Après une longue vie de service, le pavillon a fait l'objet d'une réhabilitation complète menée par l'architecte Daniel Kahane.
Chaque génération d'étudiants libanais qui y passe prolonge un pari posé il y a près de quatre-vingts ans : que la place du Liban en France ne se mesure pas seulement à ses ministres et à ses conférences de soutien, mais à ces lieux discrets où une jeunesse francophone continue de se former. À l'heure où le lien franco-libanais se joue surtout sur le terrain sécuritaire et diplomatique, la Maison du Liban rappelle que l'attache la plus durable est souvent la plus modeste : un toit, une bibliothèque, un cèdre dans une cour parisienne.


