Du 12 au 15 novembre, le cinéma français revient gratuitement à Beyrouth : la France qui ne se raconte pas
L'Institut français du Liban relance son Grand Week-end du cinéma français, sept films projetés gratuitement au Cinéma Montaigne. Derrière l'événement, le vrai pilier franco-libanais : un réseau de neuf antennes qui tient la langue et la culture françaises debout, même quand tout vacille.
Benjamin Carret, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Pendant que la diplomatie compte les positions israéliennes au Liban-Sud et que Paris cherche à caler une conférence de soutien à l'armée libanaise, un autre lien franco-libanais continue, lui, de fonctionner sans bruit. Du 12 au 15 novembre 2026, l'Institut français du Liban relance son Grand Week-end du cinéma français : sept films, quatre jours, entrée gratuite. L'événement tient en une affiche. Mais il dit l'essentiel : la France la plus présente au Liban n'est pas celle des communiqués, c'est celle d'un réseau culturel qui refuse de fermer.
Quatre jours, sept films, zéro ticket à payer
La troisième édition du Grand Week-end se tient au Cinéma Montaigne, la salle de l'Institut français du Liban, rue de Damas à Beyrouth. Au programme, selon l'Institut, sept longs-métrages présentés comme « parmi les plus gros succès du box-office France 2026, tous inédits au Liban ». L'entrée est gratuite sur réservation.
La soirée d'ouverture, jeudi 12 novembre, met à l'affiche La Bataille de Gaulle d'Antonin Baudry, en avant-première, en présence de l'acteur Simon Abkarian et de la productrice Axelle Boucai, une semaine avant la sortie du film dans les salles. Le reste de la programmation ratisse large : la comédie de Nakache et Toledano, le polar de Jean-Paul Salomé, du cinéma d'animation et des films pour le jeune public comme Marsupilami ou Les Enfants de la Résistance. Les séances sont projetées en version originale française, sous-titrées en anglais, et en arabe pour deux d'entre elles.
L'intérêt n'est pas dans le casting. Il est dans le principe. Dans un pays où le pouvoir d'achat s'est effondré et où une place de cinéma est devenue un arbitrage, la France propose du cinéma récent, gratuitement, en français, à qui veut pousser la porte. C'est une politique culturelle qui ne se décrète pas depuis un salon doré du Quai d'Orsay : elle se tient dans une salle de la rue de Damas.
Neuf antennes : le maillage que personne ne voit
Le Grand Week-end n'est que la partie visible. L'Institut français du Liban se définit comme « à la fois centre d'enseignement de la langue française, lieu de diffusion de la culture, et plateforme d'échanges artistiques », avec pour mission « de renforcer et de promouvoir les échanges culturels entre la France et le Liban ». Surtout, il revendique neuf antennes réparties sur tout le territoire : Beyrouth, Jounieh, Deir el-Qamar, Tripoli au Nord, Tyr, Saïda et Nabatieh au Sud, Baalbeck et Zahlé dans la Bekaa.
Ce détail géographique n'est pas anodin. La France n'a pas concentré sa présence culturelle dans les beaux quartiers de la capitale : elle l'a poussée jusqu'au Sud frontalier et dans la Bekaa, des régions que la guerre et la crise rendent difficiles d'accès. Peu de pays entretiennent un réseau culturel aussi dense au Liban. C'est ce maillage, plus que n'importe quelle déclaration, qui fait tenir la francophonie libanaise dans la durée.
Une programmation qui ne s'arrête jamais
Le cinéma n'est qu'un volet. À l'automne 2026, l'Institut a aussi porté Beyrouth Livres, du 9 au 18 octobre, conduit avec l'Institut français du Proche-Orient, et il pilote la Villa Al Qamar, programme de résidence dont le sixième appel à candidatures court jusqu'au 3 novembre. Cours de français, bibliothèques, expositions, concerts, résidences d'artistes : l'activité est continue, répartie sur les neuf antennes, et elle ne s'interrompt pas quand l'actualité s'assombrit.
C'est précisément là que se joue la différence entre la coopération culturelle et la diplomatie d'urgence. Une conférence de soutien se reporte, un déplacement ministériel s'annule, un calendrier se cale sur celui d'un voisin. Un cours de français du mardi soir à Zahlé, lui, a lieu. Cette régularité est un choix politique : la France a décidé que son lien avec le Liban ne dépendrait pas seulement des sommets, mais d'une présence de terrain qui survit aux crises.
Pourquoi cela compte pour le Liban
Du point de vue libanais, cette présence n'est pas un geste de générosité à sens unique. Le français fait partie de l'identité du pays, inscrit dans ses écoles, ses tribunaux, sa vie intellectuelle. Maintenir un accès gratuit et décentralisé à la langue et à la culture françaises, c'est entretenir une ressource que la crise économique menace directement : celle d'une jeunesse libanaise qui garde une fenêtre ouverte sur le monde francophone, un passeport culturel vers les universités, le travail et la mobilité.
Un week-end de cinéma gratuit ne compense ni l'effondrement bancaire ni l'insécurité au Sud. Mais il rappelle une chose simple et trop souvent oubliée dans le vacarme diplomatique : le lien le plus solide entre la France et le Liban n'est pas un traité, ni une livraison de blindés. C'est une salle de classe, une bibliothèque, un écran. Rendez-vous rue de Damas, du 12 au 15 novembre.


