Halima El Kaakour, la députée féministe et laïque qui bouscule le Parlement libanais
Élue en 2022, cofondatrice du parti social-démocrate Lana, Halima El Kaakour est l'une des rares voix ouvertement féministes et laïques de la vie politique libanaise. Juriste formée en France, elle défend un État débarrassé du confessionnalisme. Portrait.

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Dans un Parlement libanais encore largement organisé selon les équilibres confessionnels, Halima El Kaakour détonne. Élue en mai 2022, cette juriste née en 1976 revendique un positionnement féministe, laïque et social-démocrate, rare dans la vie politique du pays. Formée au droit en France, elle fait partie de la poignée de députés issus du soulèvement d'octobre 2019 qui tentent de porter au Parlement les mots d'ordre de la contestation.
Une juriste formée en France
Avant la politique, Halima El Kaakour est une universitaire. Titulaire d'un doctorat en droit public international obtenu à l'université de Montpellier, où elle a soutenu en français une thèse consacrée à l'universalité des droits de l'homme et aux spécificités culturelles dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen, elle enseigne le droit et les sciences politiques à l'Université libanaise. Elle a également travaillé comme consultante-chercheuse pour des organisations de défense des droits humains et pour ONU Femmes, notamment sur les obstacles rencontrés par les candidates aux élections législatives.
L'élection de 2022, une première
Aux législatives du 15 mai 2022, Halima El Kaakour est élue sur le siège sunnite de la circonscription du Mont-Liban IV (Chouf-Aley), avec près de 6 700 voix. Elle se présentait sur la liste d'opposition Tawahadna lel-Taghyir (Unis pour le changement), l'un des regroupements nés de la contestation du 17 octobre 2019. Son élection marque une première : elle est la première femme originaire de l'Iqlim el-Kharroub, la région du village de Baassir dont elle est issue, à entrer au Parlement. À son arrivée, elle est aussi l'une des très rares femmes de la Chambre.
Lana, un parti social-démocrate né de la contestation
Halima El Kaakour est cofondatrice de Lana, un parti qui se définit comme social-démocrate et se situe au centre-gauche de l'échiquier politique. Né dans le sillage du soulèvement de 2019, il met en avant la lutte contre les inégalités structurelles, la couverture santé universelle, l'éducation publique et la défense des libertés individuelles. La députée avait auparavant participé au bureau politique de Tahalof Watani (Alliance nationale), une coalition qui portait déjà une ambition transcommunautaire, d'où l'étiquette wataniyé, nationale, qu'on lui associe.
Féminisme, laïcité, anticonfessionnalisme
Sur le fond, Halima El Kaakour assume des positions qui la placent à contre-courant du système confessionnel libanais. Elle milite pour le droit des Libanaises à transmettre leur nationalité à leurs enfants, dont elles restent privées, et a soutenu un projet de loi visant à criminaliser les violences numériques faites aux femmes. Elle défend un État laïque et l'instauration d'un mariage civil optionnel, sujets particulièrement sensibles dans un pays où le statut personnel relève des autorités religieuses.
« J'ai subi beaucoup de pressions durant ma campagne pour avoir été en faveur d'un État laïque et du mariage civil optionnel », confiait-elle à L'Orient-Le Jour au lendemain de son élection. Partisane d'une séparation stricte des pouvoirs, elle se dit également opposée au cumul des fonctions législatives et exécutives.
La souveraineté du Liban, un combat porté jusqu'en Europe
Juriste de droit international, Halima El Kaakour est devenue l'une des voix libanaises les plus actives sur la question de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale face à Israël. Fin janvier 2025, invitée à s'exprimer devant des parlementaires au Royaume-Uni, elle a appelé à une solidarité internationale pour mettre fin à l'occupation israélienne du Sud-Liban, dénonçant les violations de la résolution 1701 des Nations unies et le maintien de forces israéliennes dans des villages frontaliers libanais.
En juin 2026, après la signature d'un accord-cadre entre le Liban, Israël et les États-Unis, elle conteste publiquement l'article 13 du texte, qui prévoit de renoncer aux actions devant les instances judiciaires internationales. Elle y voit une consécration de l'« impunité » pour les crimes de guerre et un abandon du droit des victimes libanaises à la justice et à réparation, une position relayée par Le Monde et Middle East Eye. Quelques semaines plus tôt, elle avait déposé avec le député Michel Moussa une proposition de loi visant à adapter la législation libanaise au droit international pénal, afin de rendre possible la poursuite des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.
Un ancrage francophone
Le lien de Halima El Kaakour avec la France ne se limite pas à ses années d'études à Montpellier. Francophone, elle a signé des textes dans les colonnes de L'Orient-Le Jour, le grand quotidien francophone de Beyrouth. Elle se déplace régulièrement en Europe pour y défendre les intérêts du Liban, de Paris à Bruxelles, où elle s'est rendue en juin 2026. Pour une élue qui défend une lecture non confessionnelle de la citoyenneté, la diaspora libanaise de France, l'une des plus nombreuses d'Europe, constitue un interlocuteur naturel.