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France–Liban· Coopération

Soigner chez soi : le modèle français d'hospitalisation à domicile arrive au Liban pour désengorger les hôpitaux

L'Hôtel-Dieu de France de Beyrouth et le groupe montpelliérain Adène ont signé le 23 septembre une convention pour implanter au Liban l'hospitalisation à domicile, un dispositif qui n'y existe pas encore. Objectif : libérer des lits dans des hôpitaux saturés par six ans de crises, en soignant les patients chez eux. Une coopération franco-libanaise née à Montpellier, et revendiquée comme non lucrative.

Vue d'ensemble du complexe hospitalier de l'Hôtel-Dieu de France à Beyrouth

Naxh, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Pour sauver l'hôpital libanais, il faudrait commencer par en repousser les murs. C'est le pari d'une convention signée le mercredi 23 septembre 2026, près de Montpellier, entre l'Hôtel-Dieu de France, l'un des principaux hôpitaux de Beyrouth, et le groupe montpelliérain Adène. Son objet : implanter au Liban l'hospitalisation à domicile, un dispositif qui n'existe pas encore dans le pays et qui consiste à prendre en charge chez eux des patients qui occuperaient sinon un lit hospitalier. Derrière la technique, un enjeu de souveraineté sanitaire pour un système de santé qui encaisse les chocs depuis six ans.

Un hôpital saturé, pilier d'un système à bout

Crise économique et bancaire depuis 2019, explosion du port de Beyrouth en 2020, pandémie, puis nouveaux conflits : le système de santé libanais a absorbé les crises en série, souvent en première ligne. L'Hôtel-Dieu de France n'y échappe pas. « Notre hôpital est plein. C'est 100 % d'occupation depuis cinq ans et 3 000 passages par jour », résume son directeur général, Nassib Nasr. L'établissement a notamment accueilli des blessés et des patients transférés d'hôpitaux eux-mêmes en difficulté.

Dans ce contexte, chaque lit libéré compte. L'idée est donc de déplacer une partie des soins hors des murs. « Nous importons une idée française d'hospitalisation à domicile qui n'existe pas au Liban », explique Nassib Nasr. Le projet n'est pas un plan sur le papier : environ 2 000 patients ont déjà été suivis à domicile et 150 professionnels sont mobilisés.

Ce qu'apporte le partenaire français

Basé à Montpellier, le groupe Adène revendique des dizaines d'années d'expérience de la prise en charge de patients, y compris lourds, à leur domicile. Il exploite plusieurs établissements présentés comme des « cliniques à domicile » en Auvergne-Rhône-Alpes et en Occitanie. Son rôle au Liban ne sera pas d'opérer directement, mais d'accompagner l'Hôtel-Dieu sur les procédures, la logistique, le matériel et surtout la formation des soignants. « Nous avons des dizaines d'années d'expérience de ces différentes activités à domicile », souligne son directeur général, Pierre Coulot.

L'ambition affichée n'est pas de dupliquer le système français, mais de l'adapter aux réalités libanaises : réseau de soins fragmenté, contraintes logistiques, financement du soin bouleversé par l'effondrement monétaire. À terme, les partenaires veulent élargir les prises en charge vers des soins très lourds, jusqu'à la dialyse à domicile. « Comme en France, les gens préfèrent être chez eux qu'à l'hôpital », estime Nassib Nasr, à condition que la sécurité et la qualité des soins suivent.

Une coopération née à Montpellier, revendiquée non lucrative

Cette convention n'est pas sortie de nulle part. Elle prolonge des liens noués de longue date entre Montpellier et le Liban. La rencontre entre les deux hommes a été facilitée par l'ancien député Élie Aboud, engagé depuis l'explosion du port de Beyrouth auprès des hôpitaux libanais via l'association Cèdre de France, qui a acheminé du matériel médical et financé des soins pour des patients libanais.

Le partenaire français insiste sur la dimension non commerciale de l'opération. « Nous n'allons évidemment pas au Liban pour gagner de l'argent », affirme Pierre Coulot. Si l'activité venait à dégager des bénéfices, ceux-ci seraient reversés à un fonds de dotation pour financer des actions de santé publique au Liban.

Un lien franco-libanais qui se joue aussi au chevet des malades

La relation entre la France et le Liban se lit souvent à travers la diplomatie, l'armée ou la francophonie. Elle passe aussi, plus discrètement, par la médecine. L'Hôtel-Dieu de France, hôpital universitaire de l'Université Saint-Joseph depuis 1923 et héritier d'une fondation française, est l'un des points d'ancrage historiques de cette coopération médicale. En important un modèle d'organisation des soins plutôt qu'une simple aide d'urgence, l'accord du 23 septembre déplace le curseur : il ne s'agit plus seulement de secourir, mais de transférer un savoir-faire pour renforcer durablement un système de santé libanais qui reste, malgré tout, debout.

France-LibanSantéCoopérationBeyrouth
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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