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France–Liban· Décryptage

À Nabatieh, le lycée français va rouvrir : la France refuse de déserter le Sud

Fermé depuis les bombardements, le lycée franco-libanais de Habbouche-Nabatieh doit rouvrir ses portes après les vacances de la Toussaint, selon une annonce faite début octobre à l'Assemblée nationale. Au moment où la FINUL plie bagage, ce retour d'une école française dans une ville martyre du Sud dit quelque chose que nul communiqué ne dit aussi bien : Paris ne lâche pas le Liban-Sud.

Vue de la ville de Nabatieh, au Liban-Sud

Photographe inconnu / Domaine public (Liban) via Wikimedia Commons

Il y a des gestes qui pèsent plus lourd que les déclarations. Rouvrir une école française à Nabatieh, ville du Liban-Sud pilonnée pendant la guerre, en est un. L'annonce est passée presque inaperçue : le 1er octobre 2026, lors d'un colloque consacré au lien France-Liban à l'Assemblée nationale, le directeur général de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), Alexandre Morois, a confirmé la réouverture du lycée franco-libanais de Habbouche-Nabatieh après les vacances de la Toussaint. Derrière cette ligne d'agenda scolaire se joue une question politique : au moment où la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) s'apprête à quitter le terrain, la France choisit de revenir au Sud par la porte de l'école.

Une école de la Mission laïque française, au cœur d'une ville meurtrie

Le lycée franco-libanais de Habbouche-Nabatieh n'est pas un établissement anecdotique. Ouvert en 1997 et rattaché à la Mission laïque française (MLF), il scolarise de la maternelle à la terminale, en français, les enfants de Nabatieh et de sa région, un chef-lieu de district du Liban-Sud. Avant la guerre, il accueillait de l'ordre de 700 élèves, selon les données de l'établissement. C'est l'un des maillons de ce réseau scolaire français qui fait du Liban, depuis des décennies, le premier pays au monde pour la densité de l'enseignement français hors de France.

La guerre a brisé cette continuité. Nabatieh a été l'une des villes les plus touchées du Sud : son souk historique a été détruit, des quartiers entiers éventrés. L'école a dû suspendre son enseignement en présentiel, et une partie des classes a été relocalisée à Beyrouth pour ne pas sacrifier une année scolaire. La réouverture annoncée n'est donc pas une formalité administrative : elle suppose que le bâtiment soit à nouveau sûr, que les familles reviennent, que la ville elle-même recommence à vivre.

Le choix de l'école comme acte de présence

La portée de ce retour tient à son calendrier. Le mandat de la FINUL, présente au Liban-Sud depuis 1978, prend fin le 31 décembre 2026, décision entérinée par le Conseil de sécurité. La question qui obsède Beyrouth est simple : qui occupera l'espace laissé vacant, et le Sud ne va-t-il pas redevenir une zone grise ? Les réponses sécuritaires se négocient entre l'armée libanaise, l'Union européenne, qui a lancé en octobre une mission de soutien, et les parrains du cessez-le-feu. Mais la sécurité ne suffit pas à faire revenir une population. Pour qu'une ville renaisse, il faut que les écoles rouvrent, que les enfants retrouvent une salle de classe, que les parents aient une raison de ne pas partir.

C'est exactement là que l'école française joue un rôle qui dépasse l'éducation. Réinstaller un lycée à Nabatieh, c'est réimplanter une institution civile stable, financée et encadrée par la France, dans une zone que beaucoup avaient rayée de la carte. C'est un signal adressé aux habitants du Sud : on ne vous abandonne pas. Et c'est, pour le Liban, exactement ce qu'il attend de Paris, non pas seulement des blindés et des promesses de conférence, mais une présence qui tienne dans la durée, au ras du quotidien.

L'école, dernier rempart contre l'exil de la jeunesse

Le colloque du 1er octobre, organisé à l'initiative de la députée Amélia Lakrafi et placé sous le haut patronage de la présidence de la République, a martelé un même avertissement : la première ressource du Liban, c'est sa jeunesse, et cette jeunesse est tentée par l'exil. Depuis des années, le pays forme une élite qui s'en va. Chaque école qui ferme au Liban est une raison de plus de boucler ses valises ; chaque école qui rouvre est une raison de rester.

Les chiffres de l'engagement français disent l'effort consenti. La France a mobilisé 17 millions d'euros d'aide humanitaire au Liban en 2026. Près de cent tonnes de matériel médical et de première nécessité ont été acheminées depuis le mois de mars, et douze convois ont ravitaillé neuf villages du Sud, selon les données présentées lors du colloque. L'ambassadeur de France au Liban, Patrick Durel, a salué l'engagement du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam dans les réformes. Mais c'est la phrase d'Amélia Lakrafi qui résume le mieux la doctrine affichée : « Le Liban peut compter sur la France, dans toutes ses composantes. »

Ce que Nabatieh mesure vraiment

La réouverture du lycée de Nabatieh sera le test concret de cette promesse. Entre une annonce faite à Paris et une salle de classe effectivement remplie au Liban-Sud, il y a la réalité du terrain : la sécurité, l'état réel du bâtiment, la confiance des familles. Si l'école rouvre pour de bon et se remplit à nouveau, la France aura prouvé que son soutien au Liban ne s'arrête pas aux frontières de Beyrouth et ne se limite pas aux dossiers militaires. Si elle reste vide, l'annonce n'aura été qu'un symbole de plus. Pour le Sud, et pour le Liban, l'école qui rallume ses lumières vaut mieux qu'un long discours sur la souveraineté.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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