Information LibanInfo : Creil se jumelle avec Naqoura, ville martyre du Liban-Sud, en présence de la députée Halima Kaakour
Selon les informations de LibanInfo, recueillies par nos journalistes en France, la commune de Creil, dans l'Oise, engage un jumelage avec Naqoura, localité côtière du Liban-Sud presque entièrement détruite par les opérations israéliennes. La démarche s'est déroulée en présence de la députée libanaise Halima Kaakour.

Bastian Fischborn / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Une ville de l'Oise et un village du Liban-Sud viennent de lier leur destin. Selon les informations de LibanInfo, recueillies par nos journalistes en France, la commune de Creil engage un jumelage avec Naqoura, cette localité côtière du Liban-Sud qui abrite le quartier général de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et qui a été presque entièrement rasée par les opérations israéliennes. Le rapprochement s'est déroulé en présence de la députée libanaise Halima Kaakour.
La démarche n'a rien d'anecdotique. Jumeler une ville française à Naqoura, aujourd'hui champ de ruines à trois kilomètres de la frontière, c'est inscrire noir sur blanc une solidarité concrète avec le Sud libanais au moment précis où sa souveraineté est la plus contestée. Peu de communes françaises ont osé un tel geste vers cette partie du pays.
Naqoura, un nom qui résume le Liban-Sud
Naqoura n'est pas une localité comme les autres. Depuis le 23 mars 1978, elle héberge le quartier général de la FINUL, la force de l'ONU déployée pour faire respecter la souveraineté libanaise dans le Sud. Située à trois kilomètres de la frontière, sur le littoral méditerranéen, c'est une position stratégique, en première ligne de tous les affrontements de la région.
La guerre récente l'a défigurée. Selon la municipalité, la localité a été « presque entièrement détruite ». Un responsable local, cité par l'AFP au début de 2025, chiffrait les destructions à environ 90 % après le retrait israélien, contre 35 % au moment du cessez-le-feu. Au printemps 2026, la FINUL a rapporté que plus d'une centaine de bâtiments avaient été détruits dans les seules deux premières semaines d'avril, et que des forces israéliennes avaient retiré dix-sept caméras de surveillance braquées sur le siège de l'ONU. Se jumeler avec Naqoura, c'est donc s'engager auprès d'une ville à reconstruire de fond en comble.
Creil, une ville de solidarités
Côté français, Creil n'est pas un choix neutre. Sous-préfecture ouvrière et cosmopolite des Hauts-de-France, la commune de l'Oise compte quelque 36 000 habitants et une longue tradition d'accueil et de brassage. C'est une ville populaire, habituée à faire de la diversité de sa population un ciment plutôt qu'une fracture. Nouer un lien officiel avec une commune du Liban-Sud s'inscrit dans cette histoire de solidarités qui dépassent les frontières.
Halima Kaakour, une voix réformatrice au Parlement libanais
La présence de Halima Kaakour donne au geste une portée politique. Députée élue en 2022, docteure en droit international public, elle est la première femme envoyée au Parlement par l'Iqlim al-Kharroub, une région du Chouf. Figure du courant réformateur et indépendant issu du soulèvement de 2019, elle a bâti sa notoriété sur les droits humains, la gouvernance et l'égalité. Sa participation à un jumelage franco-libanais illustre le rôle de passerelle que peut jouer une parlementaire entre les institutions libanaises et les collectivités françaises.
Le jumelage, un outil diplomatique sous-estimé
On réduit souvent les jumelages à des échanges folkloriques entre municipalités. C'est une erreur. La coopération décentralisée, née au lendemain des guerres du XXe siècle, est un canal diplomatique à part entière : elle permet de faire circuler de l'aide, de financer de la reconstruction, d'organiser des échanges scolaires et culturels, et d'ancrer des relations de peuple à peuple que les aléas des chancelleries n'emportent pas. Entre la France et le Liban, ces liens sont anciens et profonds ; un jumelage avec Naqoura leur donne un point d'application au cœur du territoire le plus meurtri.
Un signal politique autant qu'humain
Le calendrier donne au geste un relief particulier. Alors que l'avenir de la FINUL est en discussion, avec un retrait complet évoqué à l'horizon 2027, et que la reconstruction du Sud reste suspendue aux tractations, une municipalité française qui lie son nom à celui de Naqoura envoie un message clair : le Sud libanais n'est pas seul, et sa souveraineté mérite d'être défendue jusque dans les jumelages entre villes. LibanInfo suivra la concrétisation de ce partenariat et ses premiers projets.


